Action FDSEA-JA : la sécheresse persiste et accable

Didier BOUVILLE

La FDSEA et les JA ont organisé une action d'ampleur mardi 27 septembre dans le sud-Aveyron afin d'alerter les pouvoirs publics des conséquences de la sécheresse persistante qui accable les éleveurs. La profession agricole demande des mesures à la hauteur de la situation dramatique que subissent les élevages.

Environ 150 éleveurs se sont rendus en tracteur sur une parcelle dominant la région de Brousse le Château - Broquiès ce mardi à l'appel de la FDSEA et des JA. La DDT a répondu à l'invitation de la profession agricole en rencontrant les responsables syndicaux et les éleveurs rassemblés en surplomb de l'embranchement de la Borie de Caze et de Colombie, un site dominant les terres brûlées de la région. De nombreux maires du secteur ainsi que le député-conseiller général de St-Rome de Tarn Alain Marc et la conseillère générale de Belmont sur Rance Monique Aliès s'étaient joints à l'action pour s'inquiéter du désarroi des éleveurs de leurs cantons et communes. Pour Dominique Fayel, président de la FDSEA, «il est insupportable d'entendre à la radio qu'il a plu partout alors que dans certains secteurs, comme ici, la sécheresse se poursuit depuis le printemps. Même si l'Aveyron a été déclaré département sinistré (neuf communes des Monts de Lacaune seront présentées prochainement) (1), nous constatons que la pluviomètrie reste cette année très inférieure aux années 1976 et 2003, comme le confirme la station Météo-France de Soulobre-Millau avec seulement 225 mm entre le 1er janvier et le 15 septembre». Il y avait en effet 343 mm en 2003 et 509 mm en 1976. Selon Météo-France, c'est «du jamais vu depuis au moins 1965» sur la région de Millau.

Logiciel ISOP

Le président de la FDSEA est revenu sur le dispositif de mesure de la procédure de calamité agricole qui combine le résultat des missions d'enquête de terrain, l'observation satellitaire et les calculs du logiciel ISOP conçu pour évaluer la pousse de l'herbe, «et sous estimer les pertes» ironise Dominique Fayel. Lors de la sécheresse de 2003, la hauteur des pertes fourragères avait été fixée finalement à 50 % dans ce secteur. «Le logiciel a calculé au 20 août dernier un taux de 32 %» note le président de la FDSEA, «alors que nous avons cette année une pluviomètrie inférieure de plus de 20 % !». Pour lui, «la situation du sud Aveyron est exceptionnelle depuis le mois de mars. L'année est sans doute pliée, on ne fera pas de fourrage à Noël... Quant aux semis, rien n'assure qu'ils soient opérationnels pour le printemps prochain. Il y a donc une spécificité bien marquée ici qu'il faudra faire comprendre au ministère de l'Agriculture !». C'était l'objectif de l'action comme l'a souligné Jean-Pierre Verlaguet, secrétaire général de la FDSEA : «ici nous sommes encore en limite mais ailleurs, les chênes sont rouges et les haies ont perdu leurs feuilles».

"Drame humain"

Pour François Giacobbi, président du Comité de Développement Agricole du Sud Aveyron, «la Chambre d'agriculture a joué son rôle en venant en appui technique pour la conduite à tenir sur les élevages et les cultures. Mais il est temps d'interpeller les pouvoirs publics sur le drame humain que vivent les éleveurs. Nous devons être attentifs à ceux qui baissent les bras, à ces personnes découragées et démoralisées».

Alain Marc comme Monique Aliès ont appuyé le propos. Le premier rapportant le désir de certains éleveurs d'arrêter le métier, la seconde pour tirer la sonnette d'alarme : «Dans le secteur du Rougier de Belmont, la terre est recouverte de cailloux ! Depuis le 1er juillet, il n'a plu que 38 mm ! L'agriculture est la richesse de notre canton, il faut la conserver et sensibiliser tous les autres habitants, car peu se rendent compte de la catastrophe actuelle. La Rance est à sec !». Bernard Maritan, délégué régional FDSEA et Dominique Fayel ont tenu à évoquer la production de lait de brebis majoritaire ici. Les prochaines négociations du prix du lait devront prendre en compte le caractère exceptionnel de la situation. «Les industriels veulent désaisonnaliser la production. Les prix du lait de roquefort devront prendre en compte les aléas climatiques. Une exploitation agricole ne peut pas fonctionner normalement en achetant la totalité de ses fourrages».

DDT : situation non définitive

Au nom de la DDT, Brigitte Anglade a rassuré les éleveurs sur la procédure de calamité agricole, indiquant que «l'état actuel de la situation n'était pas définitif». Elle a précisé à son tour le principe des mesures relatives au seuil de 13 % de perte financière théorique par rapport au chiffre d'affaires. Concernant le seuil des 30 % de perte de fourrage retenu pour le moment et sur lequel s'appuie la procédure, celui-ci est «susceptible d'évoluer» a-t-elle poursuivi. Elle a par ailleurs répondu aux questions d'éleveurs soucieux d'avoir des réponses appropriées à leur situation personnelle, notamment sur le zonage par commune. «Pour octobre, nous allons travailler sur des expertises individuelles, en lien avec la Chambre d'agriculture, afin d'avoir un zonage le plus précis possible» a- t-elle assuré. «L'objectif est d'adresser les dossiers à la commission nationale qui se réunira le 15 décembre prochain puis définira le taux de perte définitif». Enfin, la représentante de la DDT est revenue sur la procédure exceptionnelle qui accompagne cette sécheresse «marquée depuis le printemps», insistant sur les 30 % de taux de perte reconnus dans les dossiers bouclés le 19 août ayant donné lieu à un premier acompte le 20 septembre. Dominique Fayel a complété en précisant que la FDSEA et la FNSEA ne lâcheront pas la pression : «Elle pourra être plus politique ensuite car nous ne voulons pas connaître la même déconvenue que l'an dernier. Il faut que l'agriculture de ce département soit cette fois bien traitée !» a-t-il prévenu.

Paradoxalement, se déplaçait à quelques kilomètres du site la première mission d'enquête suite aux orages et aux pluies diluviennes du 3 septembre sur le secteur de Lestrade (2). «Il y est tombé entre 150 et 200 mm d'eau en 1h30» rapporte Thierry Contastin, représentant la FDSEA dans cette mission d'enquête orage.

(1) Ce dossier des neufs communes non classées sera présenté lors de la prochaine commission nationale à la mi-octobre.

(2) Les communes concernées sont Lestrade, Villefranche de Panat, Durenque et Alrance.

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