Adopter une gestion holistique pour sortir de l’ornière

Lise Monteillet

Adopter une gestion holistique pour sortir de l’ornière
A droite, Victor Leforestier en voyage d'étude aux États-Unis.

Pendant plusieurs mois, grâce à la bourse Nuffield, Victor Leforestier a étudié la gestion holistique aux quatre coins du monde. Il est aujourd’hui revenu avec des solutions nouvelles pour l’agriculture française. Son ambition : faire partager son expérience.

Comment en êtes-vous arrivé à étudier la gestion holistique ? 

Victor Leforestier : J’ai connu ce concept lorsque je faisais des recherches sur la gestion du pâturage. Je suis alors tombé sur les travaux d’Allan Savory et j’ai décidé de consacrer ma bourse Nuffield, à ce sujet, en 2016. J’ai voyagé pendant trois mois en Australie, deux mois aux États-Unis et quinze jours au Québec. Les réseaux les plus dynamiques sur la gestion holistique se trouvent dans ces pays.

La gestion holistique est un concept qui peut paraître abscons. Comment le définissez-vous ?

V.L : Il s’agit d’un outil de prise de décision pour assurer un équilibre entre la rentabilité économique, la qualité de vie et la recherche d’un impact positif sur l’environnement.

Cela commence par le fait d’écrire et de formuler une vision. L’agriculteur réfléchit à très long terme. Il se questionne : comment je veux me sentir dans mon travail ? L’humain est au centre de la réflexion. Il peut alors en déduire des moyens de production du revenu. Par exemple, si un éleveur estime avoir besoin de pouvoir devoir faire un break tous les ans, il va choisir s’organiser pour que saune production agricole qui le lui permette. L’objectif est d’assurer le bien-être social de l’agriculteur.

Qu’est-ce que cette gestion implique au quotidien ?

V.L : Avant chaque décision d’investissement ou d’embauche, l’agriculteur vérifie que cette orientation amène la ferme vers l’objectif défini à long terme.

En quoi ce concept diffère-t-il d’un raisonnement classique de chef d’entreprise ?

V.L : D’habitude, le raisonnement d’un agriculteur se base essentiellement sur le calcul de la rentabilité. La surcharge de travail est souvent mal évaluée et l’impact environnemental presque jamais pris en compte. Par exemple, des maraichers aux États-Unis ont choisi de réduire leur surface car ils travaillaient trop et craignaient que cela engendre des problèmes de santé. Leur niveau de stress et la charge physique étaient élevés. Ils ont préféré gagner en qualité de vie. Leur revenu a diminué, mais grâce à un travail de brainstorming, ils ont eu l’idée de produire du gingembre sous serre. Cette nouvelle culture, un peu farfelue, mais à très haute valeur ajoutée, leur a permis de compenser leur chute de revenu et leur a dégagé du temps libre..

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Victor Leforestier a entrepris ces voyages avec sa femme. 

Existe-t-il des structures d’accompagnement, en France, pour adopter une gestion holistique ?

V.L : Je n’ai trouvé que des morceaux incomplets. C’est pour cela que je suis parti à l’étranger étudier ce sujet. Je suis en train de rédiger un rapport qui sera mis en ligne en accès libre. A terme, j’aimerais bien former des gens sur le sujet.

Pensez-vous que la gestion holistique puisse améliorer le sort des agriculteurs français ?

V.L : Beaucoup d’agriculteurs sont en difficulté n’arrivent déjà pas à savoir ce qu’ils veulent pour eux-mêmes. Ils ne sont pas à l’écoute de leurs propres besoins. On assiste en ce moment à un matraquage médiatique au niveau du numérique. Tout le monde veut en vendre ! Mais les personnes qui ne savent pas où elles vont n’ont pas besoin d’outils d’aide à la décision. Sénèque dit : « il n’y a pas de vent favorable pour celui qui ne sait pas où il va ». La gestion holistique propose d’aider les personnes à mieux connaître ce qu’elles veulent accomplir, et grâce à ça elles peuvent juger de la pertinence des outils et services qu’on leur propose. Sans ça, au final, ce sont les autres acteurs de l’agriculture qui amènent les agriculteurs où cela les arrange.

Nous avons construit des systèmes agricoles spécialisés qui n’offrent aucune souplesse. Avec la gestion holistique, on revient sur des pratiques qui coûtent peu, via un écrasement des charges. Et nous aboutissons sur des systèmes basés sur l’agroécologie. Pas pour faire plaisir au ministre, mais pour être au service de l’agriculteur.

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