Agriculteurs et recherche démunis face aux campagnols terrestres

Patricia Olivieri

Avec la fin annoncée de la bromadiolone et l'absence de recherche sur d'autre moyen de lutte chimique, c'est l'impuissance qui prévaut au sein des groupements de défense.

C'est un scénario à faire pâlir d'envie les auteurs hollywoodiens les plus fertiles : la prolifération incontrôlable d'un rongeur dont la science a encore du mal à bien comprendre la physiologie et les mécanismes de pullulation et que rien, pas même la lutte chimique, ne semble plus mettre en échec. Un nuisible ravageur dont les dégâts occasionnés à un secteur économique - l'agriculture - laisseraient longtemps indifférentes les autorités avant que des problématiques sanitaires ne viennent les inquiéter. Tous les ingrédients vous dit-on d'une bonne fiction-catastrophe. Mais le scénario n'a rien de la fiction, comme l'ont rappelé les responsables des groupements de défense contre les organismes nuisibles (Gdon) réunis ce jeudi en assemblée générale à Laveissière. De fait, si le département connaît depuis le printemps dernier sans doute l'une - voire la - plus forte invasion de campagnols terrestres (60 000 ha infestés, soit plus d'un hectare sur six de la surface agricole utile cantalienne) de son histoire, jamais les moyens de lutte n'ont semblé si dérisoires. Dans neuf mois, il sera ainsi définitivement interdit d'utiliser les derniers stocks de bromadiolone, le seul produit encore autorisé. S'il se murmure que “la broma” pourrait encore être tolérée au-delà, la fédération départementale des Gdon ne se fait aucune illusion : si elle l'est, ce serait seulement sous la forme d'appâts enfermés dans de petites boîtes en bord de champs dont chacun s'accorde à dire que l'efficacité sera nulle.

La recherche ne cherche plus

Finie aussi l'alphachloralose utilisée pour lutter contre les taupes, qui servent souvent de cheval de Troie aux rats taupiers. Seule arme disponible : le gaz PH3 qui suppose par ailleurs un protocole très strict et un agrément des utilisateurs. Et aux éleveurs, dont certains dans la salle ont dû acheter pour 25 000 euros de fourrage, qui auraient encore l'espoir de voir la recherche plancher sur d'autres pistes, le message a été clair : faute de moyens - et de véritable ambition nationale sans doute - il n'existe plus de travaux sur ce dossier. “ça fait 30 ans qu'on tourne autour du pot, c'est aujourd'hui un grand constat d'échec et la survie de nos exploitations qui est en jeu”, a ainsi résumé un des participants à l'assemblée générale de la FDGDon, présidée par André Dampeyrou. Ne restent donc à cette heure que deux voies : celle d'une lutte raisonnée mêlant un certain nombre de méthodes alternatives (voir ci-dessous) et la mobilisation engagée par la profession agricole pour faire prendre en charge au moins partiellement les pertes des exploitations les plus touchées. Des pertes qu'une étude coordonnée par la Chambre d'agriculture et la DDT a chiffrées à quelque 13 millions d'euros l'an dernier. “Apparemment il y aura une enveloppe”, a indiqué Géraud Fruiquière, vice-président de la Chambre d'agriculture, qui a néanmoins précisé qu'elle serait bien loin de renflouer les trésoreries amputées. Avant d'apporter la seule bonne nouvelle peut-être de cette réunion : l'accord récent donné par l'Union européenne pour intégrer la “calamité rats taupiers” au sein du nouveau fonds de garantie sanitaire instauré dans le cadre du bilan de santé de la Pac et qui sera co-alimenté par les éleveurs et l'État.

 

« On est sur la voie »

“On est en bonne voie”, a-t-il ajouté. Un message porteur d'espoir qui n'enlève pourtant pas le sentiment d'impuissance des éleveurs face à leur ennemi public numéro 1. D'ailleurs, même les plus déterminés et ouverts d'entre eux à des méthodes de lutte alternatives montrent aujourd'hui des signes de découragement.
Plus d'infos à lire cette semaine dans L'Union du Cantal.
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Source L'Union du Cantal

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