Agriculture conventionnelle et apiculture : rien d’antinomique

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Agriculture conventionnelle et apiculture : rien d’antinomique
Monsieur et Madame Aillerie, apiculteurs (à gauche), entretiennent de très bonnes relations avec Bruno Bioret, agriculteur (à droite) : les abeilles y trouvent leur compte. © FNSEA 44

Souvent mises en opposition, l’agriculture et l’apiculture sont pourtant indissociables et indispensables l’une à l’autre. À Nort sur Erdre, les relations entre Bruno Bioret, agriculteur, et la famille Aillerie, apiculteurs, en sont un bon exemple.

Que faut-il pour produire du miel ? Des abeilles évidemment. Mais aus­si des fleurs pour que les ouvrières y récupèrent le précieux pollen. Ensuite, tout est affaire de temps et de savoir-faire, que l’apiculteur s’applique à mettre en œuvre. Monsieur et Madame Aillerie de Nort sur Erdre descendent d’une famille d’apiculteurs passionnés. Ils produisent et vendent leur miel depuis bientôt vingt ans, même si cela ne constitue pas leur activité principale. Souhaitant optimiser la production de miel, ils se sont mis à la recherche de parcelles de colza pour y disposer leurs ruches. « Le colza fournit beaucoup de miel en principe », expliquent-ils. « Sauf cette année, à cause de la météo et du froid que nous avons connus au printemps. Mais c’est pour tout le monde pareil ». En début d’année, ils ont donc contacté Bruno Bioret, agriculteur à Nort, dont l’associée est une amie de la famille Aillerie. Sa mère connaît aussi les apiculteurs depuis longtemps. « Elle me prenait du miel pour le mettre sur les plaies des va­ches », se souvient Madame Aillerie. « Cela aide à cicatriser et éloigne les mouches ».

Quelques précautions à prendre

Avant d’accepter, l’agriculteur ne leur a pourtant pas caché son inquiétude. « Je craignais pour la santé des abeilles », déclare-t-il. « On entend tellement de choses sur les risques des traitements phytosanitaires pour les ruches ». Mais il n’a pas modifié ses pratiques pour autant. « Je suis dans un groupe cultures dans lequel je m’informe de toutes les précautions à prendre. Par exemple, je m’interdis de mélanger l’insecticide avec le fongicide. Sinon, les effets néfastes sont multipliés et on constate une certaine rémanence. D’autant plus que les périodes d’application du fongicide épandu en même temps que l’insecticide ne correspondent pas forcément à une période à risques. Mais j’ai aussi des seuils d’intervention en fonction du nombre d’insectes présents sur les plantes ». Autre principe mis en œuvre par l’agriculteur : la période d’application du traitement. « En règle générale, j’interviens seulement à partir de la tombée de la nuit pour limiter l’impact sur les abeilles ».

Des bénéfices partagés

Cette obligation de moyens que s’impose Bruno Bioret semble bénéfique, à tout point de vue. « Les abeilles butinent plus donc cela permet de produire plus de miel pour Monsieur et Madame Aillerie. Mais j’en tire aussi un bénéfice puisque la floraison du colza est plus longue. Il s’agit en plus de variétés hybrides et la floraison dure 45 à 50 jours, au lieu de 30 ou 35 habituellement. Cela permet d’optimiser la production et j’obtiens régulièrement des rendements de 40 quintaux ». N’imposant au­­cu­ne con­trainte à l’agriculteur, si ce n’est de pouvoir disposer les ruches dans un endroit accessible facilement, la famille Aillerie est elle aussi satisfaite de cette collaboration, même si cela fait deux ans que les rendements ne sont pas au rendez-vous à cause des mauvaises conditions climatiques. Basées essentiellement sur la con­fiance et le respect mutuels, les relations entre les apiculteurs et l’agriculteur sont résolument tournées vers une volonté partagée d’en tirer le meilleur parti. Et les abeilles y trouvent leur compte.

Jean-Philippe Arnaud

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