Agriculture : quoi ressemblera l'exploitation agricole du futur ?

Patricia Olivieri, d'après Agra-Presse

Certains pourraient relever des films de science-fiction. D'autres devraient prochainement entrer en application : les projets de la recherche pour l'agriculture de demain.

Difficile de s'aventurer dans la projection tant l'agriculture semble prise dans un tourbillon de bouleversements depuis la fin du XXe siècle : réformes de la Pac qui s'enchaînent, spectre de négociations internationales ouvrant la voie à une plus grande libéralisation, accidents sanitaires et émergence d'épizooties jusqu'alors cantonnées à l'hémisphère Sud, nouvelles attentes sociétales en matière d'environnement, raréfaction des ressources naturelles... Les repères s'effacent et les frontières s'estompent. D'autres évolutions sont en germe, qui pourraient bien obliger les fabricants de jouets à revoir leur modèle de fermes miniatures. Des tracteurs modulaires à la ferme verticale : ingénieurs de l'agro-équipement, agronomistes ou encore architectes planchent sur des innovations pour l'agriculture du futur. Des projets réalistes pour certains, plus proches des scénarios de films d'animations futuristes pour d'autres auxquels l'Agence d'information agro-économique Agra-Presse vient de consacrer un dossier spécial.

Tout en hauteur

La plus impressionnante, mais aussi moins immédiate, prend des noms variables : Dragonfly, Harvest green project, Projet Tour vivante... Le point commun de ces projets, imaginés par des équipes d'architectes : répondre à une pénurie potentielle de terres arables en concevant une ferme verticale alliant des techniques de production hypermodernes à une gestion inédite des fluides et des produits. La plus aboutie de ces fermes virtuelles est peut-être celle d'une jeune étudiante en architecture, Charlotte Avignon, qui propose une tour de 150 mètres de haut sur 5 000 m2 d'emprise au sol et qui serait positionnée Porte de Charenton, en plein Paris ! L'empilement des étages de cette “Serre de très grande hauteur” pourrait correspondre à une surface de 63 000 m2, dédiée pour l'essentiel à la production de fruits et légumes à cycles courts (hors vergers). La production totale atteindrait l'équivalent de 274 ha “traditionnels”, de quoi répondre aux besoins de 10 000 personnes selon le porteur de projet. Les cultures y seraient éclairées en lumière naturelle le jour et par un système de lumière artificielle “à spectre complet” la nuit, afin de reproduire la lumière solaire. L'ensemble serait hermétique aux insectes, animaux et champignons porteurs de maladies. Deux cents personnes environ feraient fonctionner la tour qui disposerait de magasins de vente de la production et générerait sa propre énergie grâce à des capteurs photovoltaïques et des éoliennes au sommet.

 

Stocker des calories

Moins futuriste, la technologie visant à stocker les calories de l'été pour chauffer les serres l'hiver sera elle testée dès le mois prochain par le CTIFL (Centre technique interprofessionnel des fruits et légumes) en serres légumières. Les recherches progressent également sur les méthodes alternatives aux traitements chimiques de synthèse des cultures. Avec des produits parfois surprenants : extraits de prêle et saule contre les moisissures, champignons en symbiose avec les racines des plantes pour remplacer les engrais, pulvérisation de sucres pour protéger arbres et légumes contre nombre d'agressions, argile pour lutter contre le puceron du pêcher... Autant de travaux prometteurs qui n'occulteront toutefois pas la question de l'homologation de ces “nouveaux” produits. Mais les productions animales ne sont pas en reste de ces réflexions : au-delà de la génomique déjà à l'oeuvre, des travaux ont mobilisé généticiens, zootechniciens et chercheurs en sciences humaines et sociales pour étudier les modalités de choix de nouveaux critères et objectifs de sélection animale (projet Cosadd). Si l'économie reste une priorité pour les acteurs de la filière consultés, ces derniers se retrouvent également sur des objectifs sociétaux : résistance aux maladies, résilience, robustesse, qualités nutritionnelles, environnement et bien-être animal. Ainsi, deux nouveaux critères de sélection vont être mis au point : la réduction du stress animal et la limitation des rejets dûs aux déjections.
Plus d'infos à lire cette semaine dans L'Union du Cantal.
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Source L'Union du Cantal

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