Agroalimentaire : La colère monte en Bretagne

Agroalimentaire : La colère monte en Bretagne
5.000 suppressions de postes sont redoutées dans l'agroalimentaire en 2013

Après le séisme provoqué par la suppression de près de 900 emplois à l'abattoir Gad de Lampaul-Guimiliau (Finistère), les salariés de plusieurs entreprises agroalimentaires mais aussi le monde agricole se mobilisent pour défendre leur secteur.

Des salariés des entreprises  Doux et Tilly-Sabco (volaille), Marine Harvest (poisson) et Gad (abattage et découpe de porc), ont ) bloqué ce matin l'aéroport de Brest et plusieurs routes nationales du département pour protester contre les lourds plans sociaux frappant leur secteur.

Depuis quinze mois dans la région, les mauvaises nouvelles frappent de plein fouet l'agroalimentaire, un secteur qui représente avec l'agriculture environ un tiers des emplois en Bretagne. "Au total, ce sont 5.000 suppressions de postes qui sont redoutées dans l'agroalimentaire en 2013", explique le président de l'association des industries alimentaires (Ania), Jean-Philippe Girard. "On a jamais eu autant de dépôts de bilan à 70% dans le secteur de la viande et en Bretagne", première région agroalimentaire de France, poursuit-il.  En 2012, le secteur a déjà  perdu 3.900 emplois.

"La Bretagne est en train de s'effondrer"

 «C'est réellement une hécatombe qui est en train de se produire en Bretagne", estime  Corinne Nicole, porte-parole de la CGT du groupe volailler Tilly-Sabco qui évalue la suppression de postes bretons à 8.000 avec les emplois induits.  "La Bretagne est en train de s'effondrer", assure Nadine Hourmant déléguée FO du groupe Doux .

Les professionnels de l’agroalimentaire montrent du doigt les distorsions de concurrence avec l’Allemagne et les contraintes administratives de plus en plus lourdes. Pour la Chambre d’agriculture du Finistère, « ce démantèlement industriel n’est pas le fruit du hasard. Plus la production baisse, plus les industries agroalimentaires seront menacées. Un sursaut est possible mais seule une économie productive est à même de l'assurer. »

Le cheptel porcin a perdu 2 millions de têtes depuis 2010, passant de 25 millions de porcs à 23 millions aujourd'hui. Même chose pour la viande bovine où la production a baissé de 6% depuis le début de l'année. Quant à la  filière volailles, elle  subit de plein fouet l'arrêt brutal d'aides à l'exportation. Deux entreprises sont directement touchées : Doux et Tilly-Sabco. 4.000 emplois liés au poulet grand export (23% de la production de poulet en France) sont menacés.

Distorsion de concurrence  avec l’Allemagne

En réaction, le gouvernement assure être au chevet des entreprises. La mise en place du CICE (crédit d'impôt compétitivité emploi), devrait notamment  permettre une baisse du coût du travail de 4% en 2013 et de 6% en 2014.

Sur la distorsion de concurrence avec l'Allemagne, le ministre de l’agroalimentaire Guillaume Garot  assure que la France plaide en faveur d'un meilleur encadrement de la directive détachement des travailleurs (qui permet à un pays d'embaucher un travailleur de l’UE en bénéficiant du niveau de charges sociales du pays d'origine). "Cette directive ne peut pas être la porte ouverte à tous les abus", explique Guillaume Garot. De nombreux travailleurs détachés, notamment polonais, sont embauchés  dans les abattoirs allemands.

Samedi dernier, ce sont les acteurs économiques et agricoles de la Bretagne qui ont manifesté contre l'écotaxe qui doit entrer en vigueur au 1er janvier prochain. La mobilisation générale continuera mercredi, avec Produit en Bretagne (PeB), qui regroupe quelque 300 entreprises et plus de 100.000 salariés, ainsi que l’Association bretonne des entreprises agroalimentaires (Abea) qui appellent leurs membres à «sonner le tocsin» en faisant résonner leurs alarmes incendie sur les lieux de travail, pour alerter sur la gravité de la situation.

Source avec AFP

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Commentaires 4

geo

Si les outils sont surdimensionnés par rapport à la production alors dans ce cas, la restructuration est obligée. On rejoint alors le schéma des restructurations de l'industrie automobile par exemple, et à coup de plans sociaux, les IAA arriveront à se restructurer.
Mais le problème ne serait-il pas à chercher du côté du développement à l'export? Les abattoirs n'ont pas forcément réussi à trouver de bons débouchés. C'est à ce titre qu'ils doivent être accompagnés par les pouvoirs publics. Débouchés = écoulement des stocks = fin de la surproduction = prix qui augmente pour le producteur = maintien de l'agriculture bretonne et de ses IAA. En ce sens, une réorientation des aides PAC pour aider les IAA à se mettre aux normes et (surtout) à trouver de nouveaux débouchés serait bien plus pertinente qu'un soutien direct aux éleveurs bretons qui ne fait que laisser l'industrie dans la même impasse.

AVI51

@ geo
ce sont bien les politiques et pas seulement les écolos qui ont fait baisser le nombre de porcs de volailles et de bovins pour des raisons "environnementales" et aujourd'hui malheureusement ce qui devait arriver arrive, les outils sont surdimensionnés par rapport à la production. Ce n'est pas en piquant un peu plus de primes aux agri que les abattoirs survivront!
Pour conserver une industrie agro alimentaire puissante il faut des éleveurs qui vivent de leur métier. Quand la FNSEA demandait plus de considération pour les agriculteurs, cela ne rencontrait pas beaucoup d'échos chez nos politiques (pour être honnête, l'administration en était plus consciente), est ce que le tsunami économique qui se produit depuis 18 mois en Bretagne va les faire réagir? Espérons le, mais il est possible d'en douter avec l'écotaxe qui va rajouter un boulet supplémentaire pour nos exploitations...

geo

Avant d'identifier les "écolos et autres" comme cible idéale, ne croyez-vous pas que la profession elle-même à sa part de responsabilités? Pourquoi le syndicat majoritaire n'a t'-il pas fait pression lors des négociations PAC pour attribuer des crédits PAC dans le mise aux normes et le développement des abattoirs bretons? Bon nombre de producteurs de volailles et de porc préfèreraient des abattoirs aux normes qui se dotent de vrais outils pour l'export et assurent un débouché de leur production à un prix correct plutôt que des paiements directs et des IAA menacées...
Le discours incriminant l'administration et les écolos n'est pas le bon, surtout quand on connait le poids de la puissante FNSEA dans les négociations avec l'administration!

franc 81

les eleveurs sont mort o tour des autres bravo les ecolo et autre

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