Algues vertes : Les éleveurs à cran défendent leurs pratiques agricoles

Anne Meyer, AFP

Après un été marqué par une polémique sur les marées vertes à l'origine d'une hécatombe de sangliers dans les Côtes d'Armor, les éleveurs défendent bec et ongles leurs pratiques agricoles, en invoquant un partage de responsabilités.

Le président du Salon international de l'élevage (Space) de Rennes, Jean-Michel Lemétayer, a dégainé le premier mardi, dans son discours d'ouverture: « qu'on ne charge pas la barque, qu'on n'accuse pas (les éleveurs) de tous les maux! », a-t-il insisté.

Dans la foulée, une quinzaine d'agriculteurs de la Coordination Rurale (CR) de Bretagne ont arpenté mercredi les allées du Space avec des panneaux portant l'inscription « Algues vertes : arrêtez vos salades », ornés de photos prises en Chine, représentant des enfants nageant dans une mer d'algues vertes.

« Les agriculteurs ont leur part de responsabilité dans ce phénomène, une responsabilité qu'ils ont assumée », affirme Pierre Lec'hvien, président de la CR des Côtes d'Armor. « Les nitrates agricoles nourrissent les algues vertes, mais la genèse de ces algues vient des phosphates qui sont d'origines diverses, pas seulement agricoles », tempère-t-il, en pointant une responsabilité partagée avec les stations d'épuration du littoral, dont certaines ne sont pas aux normes, selon lui.

La plupart des éleveurs croisés au Space restent dubitatifs sur les conclusions d'un rapport de l'Agence de sécurité sanitaire de l'environnement (Anses), liant la prolifération des algues vertes aux « concentrations élevées de nitrates dans les eaux apportées par les activités humaines, en particulier l'agriculture ».

Ils évoquent plus volontiers la redécouverte d'un livre de 1920 faisant référence à une étude qui montre que des ulves envahissaient déjà la baie de Belfast en 1911.

Depuis quinze ans, « les éleveurs ont fait beaucoup de travaux et d'investissements de long terme » pour mettre leurs exploitations aux normes environnementales, insiste Michel Bloc'h, président de l'Union des groupements de producteurs de viande de Bretagne.

Mais dans les allées du Space où les équipementiers porcins vantent leurs technologies de pointe sur « l'alimentation électronique des truies » ou « la surveillance automatique » de leur mise bas et promettent « plus 10% de poids de carcasse par m2 de bâtiment », les stands liés à la préoccupation environnementale restent minoritaires.

« C'est parce que les techniques de traitements d'effluents sont intégrées directement et depuis longtemps » dans les matériels, rétorque Jacques Crolais, directeur du comité régional porcin.

Du côté des bovins, une bonne centaine de personnes « intéressées » viennent chaque jour au stand de la luzerne déshydratée, une légumineuse qui a des vertus épuratrices et peut contribuer, selon ses promoteurs, à résoudre le problème des algues vertes.

Les visiteurs « sont surtout préoccupés par l'autonomie en fourrage », mais « la préoccupation liée à l'environnement est une problématique qui monte », affirme Thierry Maleplate, du syndicat Coop de France des déshydratateurs.

Publié par Anne Meyer, AFP

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