Alimentation : La viande brésilienne persona non grata en terres cantaliennes

Patricia Olivieri

Vingt-quatre heures après avoir médiatisé leur demande d'inspection sur de la viande brésilienne en promotion, les éleveurs ont obtenu son retrait de l'hypermarché Géant Casino.

Dans le jargon militaire, cela s'appelle la “Blitzkrieg”, traduisez la guerre éclair, en référence à l'offensive allemande de 1939 censée éviter une guerre d'usure. Chez les syndicalistes agricoles, le vocabulaire n'est pas le même mais les effets tout aussi immédiats, même si l'ennemi désigné trônait pour le coup dans des bacs réfrigérés d'un hypermarché. Le début du conflit remonte au milieu de la semaine dernière quand des éleveurs relèvent dans un prospectus commercial de l'enseigne Géant Casino une promotion pour de l'entrecôte grillée, tout droit débarquée du Brésil.
Une promotion vécue comme une provocation à l'heure où les producteurs de vaches allaitantes cantaliens ont bien du mal à boucler leurs fins de mois et où s'intensifie la menace d'un nouvel accord commercial entre Union européenne et Mercosur (voir ci-dessous). Il n'en fallait pas plus aux états majors de la FDSEA et des JA pour organiser une contre-offensive.
Jeudi, un courrier était ainsi diligenté au directeur de la toute récente DDCSPP (Direction départementale de la cohésion sociale et de la protection des populations) pour requérir une intervention des services des fraudes afin de contrôler à l'hypermarché d'Aurillac si les conditions d'élevage, d'abattage et de transformation des animaux concernés étaient bien conformes à la réglementation européenne. Un courrier dont la copie a été adressée à la presse, histoire de déstabiliser les troupes adverses.

Échanges musclés

Faute d'avoir obtenu gain de cause, le mot d'ordre était lancé vendredi matin à l'aube, malgré la pleine période de fenaison, avec l'intention de sortir les barquettes incriminées des rayons. Si les premiers échanges se voulaient cordiaux entre les éleveurs et Christian Millette, patron de l'enseigne, accompagné de son chef boucher, le ton est ensuite monté d'un cran au rayon boucherie, devant des clients interrogatifs et un service d'ordre interne imposant.
“Soit vous retirez cette viande illégale, soit on revient avec les tracteurs. C'est nos emplois qui sont en train d'être bafoués ici”, tonnait Patrick Bénézit, avant que la délégation ne tente de déchirer le cellophane des barquettes objet du litige. De son côté, Christian Millette essayait de convaincre les manifestants qu'ils se trompaient de cible : “C'est à vous de peser au niveau national, de l'État et de l'Union européenne, pour que ces produits ne rentrent pas en France”.
Le responsable de l'hypermarché tentant également de relativiser la place de la viande étrangère dans son magasin et son pouvoir décisionnel : “Ce qui est dommage, c'est qu'on investit au maximum pour que les produits du département soient valorisés, on travaille énormément avec Covial. Après, on est dans un cadre national, je vais donc faire remonter les informations au niveau de mon groupe.” Et le message a visiblement fait mouche puisque dès le début d'après-midi, l'ensemble des 200 kilos d'entrecôte disparaissait des rayons, tout comme les viandes estampillées sous origine Union européenne.

 

Contrôle

Interrogé, le directeur de la DDCSPP, Christian Salabert, confirmait avoir fait procéder le jour-même à un contrôle au Géant Casino d'Aurillac, se défendant pour autant d'un lien de cause à effet avec la missive des syndicats agricoles. “C'est un contrôle qui intervient dans le cadre d'une “opération interministérielle vacances”, expliquait le chef de service. Des contrôles estivaux renforcés conjoints des services “régulation et protection de l'économie” et “sécurité alimentaire” réalisés dans les établissements de la grande et moyenne distribution mais aussi de la restauration collective (villages vacances...) et sur les points touristiques de restauration appelés à voir une affluence accrue durant cette période. Mais pas question d'en savoir plus sur la teneur du rapport établi à l'issue de ce contrôle global de l'enseigne “qui reste la propriété de l'inspecté et n'a pas à être rendu public”, souligne C. Salabert.
La question n'avait au final plus guère d'importance pour les éleveurs, qui affichaient eux vendredi soir la satisfaction du devoir accompli.
Plus d'infos à lire cette semaine dans L'Union du Cantal.
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Source L'Union du Cantal

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