Alléger la facture énergétique : Les petits ruisseaux font les grandes rivières

Arnaud Carpon

Alléger la facture énergétique : Les petits ruisseaux font les grandes rivières

A force d'investissements et d'évolutions dans ses pratiques, Julien Perron, céréalier dans le Loir-et-Cher, a réduit de 17 % sa consommation de fioul en cinq ans.

Dans la cour de la ferme, une cuve de 25 000 litres attend d'être repeinte avant d'être mise en service. Prochainement remplie de fioul, elle sera équipée d'une pompe avec compteurs. « Avec cet investissement, nous connaîtrons notre consommation avec précision », assure Julien Perron. Installé en Gaec avec son père et son frère au sud de Vendôme (Loir-et-Cher), le jeune agriculteur cultive 413 ha de grandes cultures et produit 660 000 litres de lait avec environ 75 vaches Prim'Holstein. Comme dans la grande majorité des exploitations, la consommation de fioul constitue une lourde charge. En 2005, l'année précédant l'installation de Julien, le Gaec Perron en a englouti 63 000 litres. En 2009, pour une production et une surface comparables, il n'en a consommé que 52 000, soit 17 % d'économies en cinq ans.

Mise aux normes profitable

Alors qu'il n'avait pas encore obtenu son BTS, Julien aurait pu accepter un poste de gérant d'exploitation agricole au Brésil, proposition qu'on lui a faite à la suite d'un voyage d'études. Mais il a préféré saisir une autre opportunité. «J'ai repris 156 ha d'un agriculteur partant à la retraite à Villerable, à huit kilomètres de Saint-Anne, siège historique de l'exploitation familiale », précise-t-il. Et d'emblée, il a voulu faire la chasse aux dépenses de fioul. «Notre Gaec est découpé en quatre sites distincts assez distants les uns des autres, détaille le jeune agriculteur. Le site de Lunay, où se trouve l'atelier laitier et 92ha repris par mon frère aîné à son installation en 2003, est à 8 km de Villerable, à 16 km de Saint-Anne et à 22km de Lisle.» Des distances entre lots de parcelles qui engendrent, outre une organisation bien huilée entre les associés, une multiplication des déplacements – souvent en convoi exceptionnel – alourdissant d'autant la facture énergétique. Pour faire des économies, la famille Perron a d'abord regroupé les deux ateliers d'élevage existants sur le même site. La stabulation libre paillée a été remplacée par des logettes moins gourmandes en paille. «Auparavant, nous raclions avec le tracteur trois fois par jour. Au total, nous y passions une bonne heure, calcule Julien. En tenant compte d'une consommation horaire d'environ 9 litres, nous consommions au moins 63 litres par semaine.» Sans compter le coût de la manutention lié à l'épandage du fumier dans les parcelles des différents sites. «Avec les logettes, nous avons opté pour un racleur hydraulique.» Certes, la machine consomme de l'électricité, mais, Julien l'assure, le montant de la facture reste bien inférieur à celui des 3 200 litres de fioul qu'engloutissait le tracteur réservé à cette tâche chaque année.

 

Pratiques et investissements raisonnés

Si, pour l'atelier élevage, le coût de fonctionnement a été le critère de choix numéro un concernant le système de raclage, la consommation de fioul constitue aussi, côté champ, une donnée déterminante quant au choix des pratiques culturales. «Nous avons sérieusement diminué notre surface labourée, poursuit Julien. Un choix qui, s'il économise un passage dans les champs, n'est pas sans risque sanitaire. On arrive à gérer la pression des adventices en optimisant la rotation des cultures, et surtout en adaptant la préparation du sol en fonction du type de terre.» Sur les cultures de printemps, le jeune agriculteur sème directement après un labour. Sur les têtes de rotation (pois, tournesol, maïs, colza), il choisit un simple passage de chisel ou de covercrop, voire les deux en fonction de l'état du sol. Dans tous les cas, il limite au maximum l'utilisation d'outils animés, généralement plus gourmands en énergie que les autres. Le cas échéant, il anticipe ses apports azotés. «Après la récolte en vert du maïs doux, je laboure systématiquement pour faire profiter le sol de l'azote contenu dans la plante.»

Des passages de tracteurs en moins

Depuis l'installation de Julien, des matériels ont été remplacés par des modèles plus larges. En 2007, les associés ont troqué leur pulvérisateur porté de 24m d'une capacité de 1 200 litres – auquel ils avaient relié une seconde cuve de 1000 litres à l'avant du tracteur – par un engin traîné de 28 mètres équipé d'une cuve de 5 000 litres. Avec, à la clé, beaucoup moins de passages dans les champs et d'allers et retours au local phytos. « Le covercrop et le chisel faisaient à peine 4 mètres. Nous avons aujourd'hui des outils d'au moins 5,40 mètres. » Dans le hangar, la barre de coupe de la moissonneuse s'est allongée de plus de 2 mètres en 2008. «Notre ancienne machine de 180 ch n'était pas faite pour récolter plus de 400 ha. Nous l'avons remplacée par une John Deere T660 de 370 ch équipée d'une barre de coupe de 6,70 mètres. Le débit de chantier est plus important avec une consommation moindre de fioul.» Sur les huit tracteurs que compte le Gaec – jusqu'à 200 ch pour le plus puissant –, la plupart sont récents, voire neufs, car plus économes en carburant que les plus anciens. A chaque remplacement, les associés optent systématiquement pour le relevage avant. «Cela nous permet de faire un passage avec deux outils en même temps, mais aussi de pouvoir transporter du matériel d'un site à un autre.» Depuis qu'ils ont investi dans un GPS, ils tirent tous les bienfaits de l'agriculture de précision.

«Nous avons choisi un modèle doté de la coupure des tronçons. Nous l'utilisons pour les semis, les traitements et la préparation du sol. Sans GPS, nous faisions des recoupements de passage allant jusqu'à 50 cm. Aujourd'hui, nous avons une précision de 20cm.» Leur prochain tracteur a été commandé avec le précablage pour que l'application soit plus facile à installer. «Et prochainement, on passera à un système Autotrac avec une précision de 3 cm, ce qui limitera encore les recoupements.» Ce système tourne automatiquement le volant en fonction des données GPS et permet au chauffeur de se consacrer totalement à l'outil attelé. Après avoir réduit sensiblement leur consommation de fioul ces cinq dernières années, les associés du Gaec Perron comptent trouver encore de nouvelles solutions. «Depuis que nous avons installé les logettes, nous avons moins de fumier à épandre mais plus de lisier. Nous allons étudier la possibilité de l'épandre grâce à un enrouleur d'irrigation au lieu de le faire avec une classique tonne à lisier. Nous savons déjà que ce système nous permettrait de diviser par deux la consommation pour ce chantier.» Le pulvérisateur, pourtant récent, pourrait par ailleurs être remplacé par un Spra Coupe pour effectuer des traitements en bas volumes. Avec, en perspective, de futures économies d'intrants et de carburant.

Dès que le tracteur est laissé inactif, même pour quelques minutes, les associés coupent systématiquement le contact. Un petit geste qui, répété, est une source d'économies.

Dès que le tracteur est laissé inactif, même pour quelques minutes, les associés coupent systématiquement le contact. Un petit geste qui, répété, est une source d'économies.

 

Source Ja Mag

Publié par Arnaud Carpon

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