Alternatives au glyphosate : la recherche dans une impasse

Lise Monteillet

Alternatives au glyphosate : la recherche dans une impasse

Pour Jean-Paul Bordes, directeur RD chez Arvalis, il n’existe pas d’alternative « équivalente » au glyphosate. L’institut technique du végétal ne dispose pas de solution de remplacement, en cas d’interdiction.

Jean-Paul Bordes - ARVALIS

« Il n’y a pas d’alternative équivalente au glyphosate », estime Jean-Paul Bordes, le directeur RD d’Arvalis. Interrogé sur les solutions de remplacement de la molécule, ce dernier n’identifie aucun autre produit chimique qui présente un meilleur profil que le glyphosate. Seul le travail du sol peut être une alternative, avec une répercussion importante sur le coût et le temps de travail.

C’est là où le bât blesse. Les ingénieurs d’Arvalis n’ont pas de réponse technique à apporter à la demande pressante des agriculteurs. Avec les dernières annonces gouvernementales, ces derniers craignent de tomber dans une impasse si le glyphosate venait à être brutalement interdit. 

« En France, le glyphosate est quasi exclusivement utilisé pour gérer l’interculture », précise Jean-Paul Bordes. Les agriculteurs y ont recours pour détruire des couverts, gérer les repousses qui engendrent des maladies et maîtriser les plantes vivaces, telles que le chardon, le liseron ou le chiendent. Dans certains pays, le glyphosate est utilisé pour la dessication des cultures. Ce n'est pas le cas en France, affirme Jean-Paul Bordes. « Il arrive qu’une application avant récolte ait lieu pour détruire les vivaces, notamment dans le blé, mais tout cela réglementé ».

Retour au labour 

Il est possible de remplacer le glyphosate par du désherbage mécanique. Jean-Paul Bordes estime que cela coûterait beaucoup plus cher à l’agriculteur. Ce surplus est évalué à 70€ par hectare en grandes cultures par Arvalis. En France, tous les ans, cela représenterait une facture de 900 millions d’euros. « Économiquement, cela ne va pas être tenable pour les agriculteurs. Cela va mettre en difficulté la compétitivité des productions », indique-t-il. Cela conduirait aussi à consommer des millions de litres de gasoil, autant que si 60 000 voitures supplémentaires étaient mises en service.

« Il y aura des effets indirects, plus importants que les effets directs », poursuit-il. L’arrêt du glyphosate donnera ainsi « un gros coup de frein à toutes les techniques de conservation des sols », souligne le directeur. Ces techniques ne peuvent pas se passer d’une application pour gérer l’enherbement sur l’interculture. Plus de 40 % des surfaces sont aujourd’hui cultivées sans labour. Or, ce mode de production présente beaucoup d’avantages aux yeux de Jean-Paul Bordes : optimisation de la main d’œuvre, limitation des problèmes d’érosion, concentration de la matière organique en surface… « Une interdiction de glyphosate entre en contradiction avec le programme 4 pour 1000 », note-t-il.

La solution agronomique se trouve-t-elle auprès des agriculteurs bio ? La plupart d'entre eux régulent l'enherbement par l'usage de la charrue et la rotation de leurs cultures. « Certains essaient de supprimer le labour », indique Jean-Paul Bordes, notamment pour préserver le stock de matière organique. Ce dernier peut être affaibli quand le système d'exploitation ne dispose pas d'élevage. Les producteurs combinent alors les couverts végétaux avec un travail très superficiel du sol.  « Cela reste encore exploratoire », tempère le directeur. 

Pas de substitut chimique

Enfin, Jean-Paul Bordes se montre pessimiste sur la possibilité de trouver une alternative chimique au glyphosate, d’autant que « le profil toxicologique du glyphosate ne pose pas beaucoup de problème », selon lui. « Il faudrait un produit systémique total non rémanent », explique-t-il.

Il existe bien le sulfatase ou le glufosinate d'ammonium. Le premier est un dérivé du glyphosate, tandis que le second est moins efficace, plus cher et classé comme un produit toxique. Les firmes n’ont–elles pas un produit miracle dans leurs laboratoires de recherche ? « Le glyphosate est utilisé depuis 1974 », rappelle Jean-Paul Bordes. Et personne n’a encore trouvé l’alternative tant désirée.  

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Commentaires 28

norman3294

on va peut-être revoir du brulis sur chaumes !

POTEAU3716

le mieux , serai peu étre de trouver une alternative de remplacement a nicolas hulot , ce serait bon pour notre agriculture ; on pourrai essayer de le fourguer sur leboncoin un petit prix !!!! a l'exportation .

CRASH38

Si les écoles d'agriculture formatent leurs élèves alors je n'ai pas tout compris ! A moins que leurs élèves soient incapables de réfléchir et aient été sélectionnés comme les veaux !

CRASH38

le but de l'interdiction du glyphosate est de casser l'agriculture (comme les élevages de canards). Des agriculteurs aident cet objectif en conservant sur leurs terres des flores de malacologie et de maladies. Ils diffusent des informations sur des résultats d'analyse sur des céréales, cornflakes etc. qui contiendraient du glyphosate. Mais chez nous personne n'utilise le glyphosate sur des cultures mais sur des terres. Les céréales utilisées pour les cornflakes sont importées des US où cet épandage est autorisé ! Que font les organisations professionnelles et techniques pour casser ces ragots ? Que Hulot indemnise les agriculteurs des dépenses supplémentaires qui pourraient être entrainées par l'interdiction du glyphosate!

a laitbio35

Laitbio35, on va voir si tu fera autant le matin quant ton lait sera payé moins cher que le conventionnel. Le marché arrivera bientôt à saturation alors tu ira pleurer pour encore toucher des aides pour tenir le coup. Et au final tu vas vendre tes vaches et degager tes prairies pour faire des céréales quelques années puis passage au conventionnel puis arret du labour et là avec la couverture hivernale des sols tu vas te retrouver au printemps sans trop savoir quoi faire. On verra dans 10ans si tu y arrives encore aussi bien...

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