Analyse financière des Entreprises de la filière Viandes

Les Experts du Pôle Agriculture et Agroalimentaire de Crédit-Agricole S.A

Analyse financière des Entreprises de la filière Viandes

Ce qu'il faut retenir

La médiatisation des difficultés de la filière porcine au cours de l’été 2015 a porté sur la place publique les fragilités de l’Abattage :

 . Pour la première fois, en 2014 le chiffre d’affaires Abattage est en recul (- 2,3 %) sous l’effet conjugué :

- de la baisse des volumes en production, notamment de porc ;

- de la lente baisse structurelle de la consommation en volume ;

- de l’arbitrage en faveur des produits carnés les moins onéreux ;

- de la chute des exportations avec une part du CA international en recul de 3 points en 3 ans et l’ouverture accrue aux viandes étrangères.

. L’amélioration de la rentabilité en 2014 doit être considérée avec prudence étant donné son caractère conjoncturel : d’une part, à 2,6 % le ratio EBITDA/CA reste l’un des plus faibles des métiers agroalimentaires de transformation, d’autre part, il revient simplement à son niveau de 2009.

. En 2014, un quart des entreprises Abattage présentent une rentabilité des capitaux investis négative.

. L’investissement est faible et le vieillissement de l’outil de production se détériore (+ 5 points en 4 ans).

 Hors Leaders, les entreprises de Volailles connaissent également une situation difficile : en 2014 la rentabilité économique n’émerge que très légèrement (EBITDA/CA = 1,3 %) après plusieurs exercices à zéro. Ce retour à l’équilibre est lié à l'allégement des charges de personnel (CICE) ainsi qu’à la baisse du coût de l’aliment.

Seule la Charcuterie bénéficie d’un CA en croissance (+ 2,7 %) et parvient à dégager une rentabilité correcte (EBITDA/CA = 6 %), dans un contexte de progression des importations en provenance d’Espagne et d’Allemagne.

Faute d’une rentabilité suffisante et de perspectives à moyen terme, la plupart des entreprises Viandes investissent peu. Leur outil de production vieillit : les trois-quarts des entreprises ont un outil amorti au-delà de la moyenne des IAA (59 %). Les deux tiers des investissements se concentrent sur 10 entreprises. En conséquence, la filière est peu endettée (Dettes/bilan = 16 %), et de ce fait, seulement 10 % des entreprises ont une capacité théorique de désendettement dégradée (> 10 ans).

Le profil de risque Filière s’améliore légèrement : le « risque fort » retrouve son niveau de 2009, avec 13 % des entreprises de la filière. Un tiers d’entre elles sont des petites entreprises Découpe et 20 % des petites entreprises Charcuterie.

Tendances 2015/2016

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❙ L’année 2015 s’annonce contrastée pour les industriels des viandes bovines et porcines :

- Avec une activité viandes bovines plutôt bien orientée. La consommation intérieure et les exportations de viandes fraîches résistent, alimentées par une offre en animaux moins tendue que par le passé.

- Avec une activité porcine en souffrance. Contrairement à 2014, la consommation française marque un recul en 2015 (- 3 à - 4 % en volume) et les effets indirects de l’embargo russe mettent sous pression les prix de vente industriels. Parallèlement, la mise en place d’un prix administré (à 1,4 €/kg carcasse) sur le Marché du Porc Breton durant la période estivale a renchéri le coût des approvisionnements. Dans ce contexte, les marges des entreprises, en premier lieu celles spécialisées Porc, devraient subir un redoutable effet ciseau. Alors que les prix du vif ont tendance à baisser en Allemagne, aux Pays-Bas et en Espagne, les facteurs de concurrence s’accentuent sur les marchés internationaux, mais aussi entre production nationale et importations. Enfin, l’augmentation des flux vers l’Asie ne compense que partiellement le débouché russe toujours sous embargo : l’activité porcine devrait subir en 2015 une baisse de son CA à l’international et de la rentabilité correspondante, malgré l’effet favorable des parités de change sur le grand export.

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❙ En Volailles, les tendances 2015 sont dans la lignée des fondamentaux de 2014 : en France, les volumes abattus évoluent positivement (+ 2 % de janvier août 2015/2014) ainsi que la consommation (+ 1 %) ; la pénétration du poulet standard d’importation ne ralentit pas (+ 6 %, provenance Union Européenne). (source FranceAgrimer). Avec un marché intérieur durablement bien orienté, mais à reconquérir, les facteurs de compétitivité nécessitent une approche intégrée (amont + aval). En 2014 et 2015, plusieurs acteurs majeurs (LDC, Terrena, Doux, Agrial) ont initié des alliances et des investissements susceptibles de consolider leur compétitivité.

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❙ La Charcuterie devrait connaître un exercice 2015 correct, malgré la poursuite de la dégradation des échanges extérieurs (importations intra européennes). En terme de rentabilité, la baisse des prix des matières premières (pièces de découpe) devrait compenser l’impact sur les marges et la stagnation du marché domestique (achats des ménages + 0,1 % en valeur, de janvier à août 2015) et d’un taux d’internationalisation faible.

❙ A l’exception des Volailles, les métiers Viandes risquent une nouvelle contraction de la consommation à partir du 4e trimestre 2015, suite à la communication de l’Organisation Mondiale de la Santé rappelant les dangers pour la santé humaine d’une surconsommation de produits carnés.

Pour plus de détails, voir l'Observatoire Financier des Entreprises Agroalimentaires - Novembre 2015

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