Application des produits phytosanitaires : a se délègue aussi

Thierry Guillemot

Application des produits phytosanitaires : a se délègue aussi

Au catalogue des offres de services de l'ETA (Entreprise de Travaux Agricoles) Lecarpentier : la protection phytosanitaire de vos céréales “clés en main”. Une nouveauté pour laquelle se croisent les compétences en phytotechnie de Wilfrid et la technologie d'un drôle d'engin : le Spra Coupe.

C'est le fait d'être avant tout éleveur qui m'a poussé à faire ça. J'aime mieux traire que passer du temps sur le tracteur et m'abîmer le dos”. Jacques Guesnet, éleveur à Arganchy près de Bayeux, délègue pour la première fois ses traitements phytosanitaires à l'entreprise. La délégation du labour date déjà de 3 ou 4 ans. “J'ai envie de travailler moins”, lâche-t-il non sans une pointe d'humour. Le volet organisation du travail a donc pesé dans son choix d'autant plus que la période chronophage au niveau des traitements tombe au moment des semis de maïs.

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Questions d'organisation, de technique et de coût

Mais les arguments techniques pointent également au bout de la buse.“Les bons créneaux horaires pour traiter, c'est le matin ou le soir quand il n'y a pas de vent. Ça tombe forcément au moment de la traite”. Alors entre bien traire ou bien traiter, Jacques Guesnet a tranché, fatigué “de courir 36 lièvres à la fois. Je délègue. Ça dégage du temps au bon moment et c'est mieux fait.” Notre éleveur n'a d'ailleurs plus de pulvérisateur. Il l'a vendu.Une réponse radicale à la mise aux normes obligatoires.Wilfrid assure ainsi le suivi phytosanitaire des 45 ha de céréales de Jacques mais aussi les épandages d'azote liquide. “C'est lui qui fait tout. Il se débrouille tout seul. Je n'ai même pas besoin de savoir quand il intervient dans mes parcelles”, précise l'éleveur. C'est donc une relation de confiance absolue (mais pas aveugle) qui s'est établie entre l'agriculteur et son prestataire de service.Confiance qui devra se confirmer avec le rendement à l'hectare au moment de la moisson. “Tout ce qui dépassera les 100 quintaux, c'est pour toi”, plaisante encore Jacques Guesnet. A quelques kilomètres de là, François Desaunais, à la tête d'une ferme de polyculture/élevage, a fait le même choix. “J'aime bien faire travailler les autres !” Décidément, on a le sens de l'humour dans le Bessin.Plus sérieusement, pratiquant la vente directe, c'est en réponse à un problème de main-d'oeuvre salariée que l'idée a germé puis mûri. La délégation s'est donc profilée comme solution dans la problématique de la gestion du temps. Dans ce coin de bordure de mer, les fenêtres d'intervention sont plus serrées qu'à l'intérieur des terres. François se souvient du stress par rapport à sa disponibilité en ces moments.L'an dernier, il a semé de l'azote trop tard. “J'ai perdu de l'argent”, reconnaît notre agriculteur. Autre argument avancé : “je dispose bien d'un pulvé mais pas forcément d'un tracteur en permanence”.

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Faire mieux et à moins cher

La pression est donc sur les épaules de Wilfrid Lecarpentier. “Nous avons une obligation de résultats”, reconnaît notre jeune entrepreneur. L'objectif est identifié : “faire mieux en étant plus complet avec un programme passe-partout”.Un peu de pression mais pas de véritables inquiétudes. Agriculteur et entrepreneur, il a testé sur ses parcelles son programme phyto.L'originalité de cette offre de service est double : “prestation d'application et groupement d'achats”. Mais pourquoi un programme unique et commun aux 5 clients qui lui ont fait confiance cette année plutôt qu'un service à la carte ? “En regroupant les surfaces autour des mêmes produits, on peut bénéficier d'un effet volume et donc d'un effet prix qui représente dès le départ 10 % d'économies sur la facture”.L'autre raison, c'est la logistique dans la gestion des chantiers. “Je fais le plein de la barrique et je passe d'un client et d'une parcelle à l'autre”. Les déplacements sur la route sont donc optimisés. Un gain de temps qui lui permet d'intervenir très tôt le matin ou tard le soir en fonction des conditions météo.
Pour l'agriculteur, cela signifie parallèlement pas de local phyto, pas de gestion de stocks de produits, pas d'air de lavage, pas de tracteur mobilisé, éventuellement plus de pulvérisateur ni d'entretien et, bien sûr, du temps dégagé.Ce fonctionnement suppose une confiance réciproque. “Je fais le suivi des cultures comme s'il s'agissait des miennes et c'est moi qui décide d'intervenir”, insiste Wilfrid. Un peu déconcertant pour une profession dans laquelle on est plus habitué à prendre ses décisions et assumer ses responsabilités.

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Bien armé pour assumer ses responsabilités

Mais justement, notre entrepreneur est également lui aussi très bien armé pour assumer ses responsabilités : sa formation agronomique, son expérience professionnelle notamment dans les immenses plaines australiennes, son perfectionnisme (plusieurs fois champion de France et d'Europe en karting)... Et désormais, avec ses 450 hectares de céréales à suivre, il est en veille permanente. Il bénéficie de la sorte de points de comparaison entre les différentes parcelles et s'aguerrit à la vitesse grand V.
Il participe également tous les 6 mois aux réunions du club Spra Coupe : un lieu de rencontre où les afficionados du bas volume venant de toutes les régions françaises échangent leurs expériences. Car le bas volume, c'est l'autre marque de fabrique de la maison Lecarpentier. “30 l/ha soit 2 arrosoirs”, fait remarquer Wilfrid. Un choix technique assumé et applicable grâce à sa drôle de machine (lire ci-contre), qu'on croirait presque sortie d'un film de Spilberg. “Cette technique m'a fait économiser 5 000 e sur mon exploitation. En foliaire, on peut baisser les doses de 30 %, voire jusqu'à 50 % en conditions climatiques optimales, juge-t-il. Il faut pour cela s'adapter en fonction du vent et de l'hygrométrie”. C'est d'ailleurs pour cela qu'il dispose en cabine d'une véritable station météorologique et qu'on peut le croiser, dès 6 heures du matin, dans les parcelles histoire de ne pas rater la bonne fenêtre de pulvérisation. Mais Wilfrid Lecarpentier ne promet pas pour autant le paradis. “Oui, on s'achemine inélucatblement vers une diminution des doses. Mais les mentalités doivent évoluer. Il faudra peut-être accepter demain d'avoir une parcelle un peu plus sale”. Alors, le bas volume : une réponse à Ecophyto 2018 ou pas ? Les organismes techniques avancent prudement (lire ci-contre). Ils expérimentent. Ils lèvent quand même une partie du voile : “oui, sous conditions, on peut réduire les doses sans pénaliser les rendements”.

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Source Réussir l'Agriculteur Normand

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