Après un automne doux les agriculteurs espèrent le retour du froid

Après un automne doux les agriculteurs espèrent le retour du froid

Entre un repos végétatif perturbé dans les vergers et une croissance désordonnée pour les légumes d'hiver, la météo clémente de cet automne a chamboulé la nature et ceux qui en vivent, les agriculteurs, qui attendent le retour du froid.

"C'est la bérézina chez les producteurs" de légumes d'hiver, s'exclame Angélique Delahaye, dont l'exploitation maraîchère près de Tours produit surtout des endives et la mâche. "Déjà d'habitude ce n'est pas une période favorable pour nos produits, mais ce temps de printemps avec plus de luminosité et plus de chaleur fait que ça pousse plus vite et qu'il y a plus de produits sur le marché", explique-t-elle. "L'endive, les gens ont l'habitude de la manger avec du jambon et de la béchamel, mais ils n'ont pas envie de plats chauds en ce moment", raconte Mme Delahaye, du coup elle "attend le froid avec beaucoup d'impatience".

Les fêtes de fin d'année ne sont déjà pas une période faste pour les producteurs de légumes d'hiver: poireaux, navets, chou, mais alors que la surproduction s'annonce, les températures plus élevées ne favorisent pas le commerce. "Les gens sont un peu déboussolés et les ventes ne sont pas en adéquation avec ce qu'on pourrait espérer. Aujourd'hui, il faudrait presque plus avoir de la tomate que du poireau", souligne Jacques Rouchaussé, président de Légumes de France.

De plus, pour les maraîchers, les températures plus élevées favorisent la précocité de certaines productions et chamboulent le calendrier commercial. Ainsi, "les températures trop clémentes ont provoqué une pousse excessive de la salade dans le Midi". Et comme ce sont des produits qui ne sont pas stockables et ne se conservent pas éternellement, une partie de la production part au "broyeur", selon M. Rouchaussé. "Beaucoup de production est arrivée en même temps alors qu'on aurait dû avoir un échelonnement et il risque d'y avoir des manques dans certaines cultures au mois de janvier-février, notamment pour les salades ", explique-t-il.      

Noël au balcon

Dans les vergers, "pour l'instant il n'y a pas d'inquiétude" souligne pour sa part Bruno Dupont, président de l'Association interprofessionnelle des fruits et légumes frais (Interfel) et lui même arboriculteur dans les Pays de la Loire. "Mais on commencerait à s'inquiéter si on n'avait pas un retour du froid dès les premiers jours de l'année car alors on n'aurait pas la période de dormance des arbres", nuance-t-il. Les arbres fruitiers, comme les poiriers ou les cerisiers, ont en effet besoin d'une période de températures négatives d'au moins quelques semaines pour permettre l'arrêt de la montée de la sève et garantir ainsi une bonne floraison au printemps suivant.

M. Dupont espère que le dicton "Noël au balcon, Pâques au tison", ne se vérifiera pas "car les arbres pas reposés redémarreraient beaucoup plus tôt et ce serait catastrophique qu'il gèle quand les poiriers seront en bouton". "Nous sommes très heureux du climat doux et sec qui a permis de faire nos plantations avant l'hiver, mais maintenant on voudrait avoir de l'eau et du froid", déclare lui aussi Daniel Sauvaitre, président de l'association nationale pomme-poire et pomiculteur en Charente car "la crainte, c'est d'avoir du gel sur fleurs". L'arboriculteur évoque ainsi le spectre de l'année 1991 "de triste mémoire pour nous tous" car il avait gelé un 21 avril sur tout l'Europe et "en France nous avions perdu plus de la moitié de la récolte". Autre victime du temps doux et sec: la récolte de truffes noires dans le sud-est de la France, où le "diamant noir" se faisant rare et et donc cher a atteint 130 euros les 100 grammes au marché de Rognes en Provence, ce week-end.

Source AFP

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