Attaque de taupins : les agriculteurs démunis

Jean-Philippe Arnaud

La larve du taupin, de couleur jaune paille, prolifère dans des lieux de pontes favorables telles que les prairies. Mais elle ne cause des dégâts visibles que sur les cultures qui suivent, comme ici sur une orge.
La larve du taupin, de couleur jaune paille, prolifère dans des lieux de pontes favorables telles que les prairies. Mais elle ne cause des dégâts visibles que sur les cultures qui suivent, comme ici sur une orge.

Les attaques de taupins provoquent des dégâts importants aux cultures. Le Gaec de la Renardière à Saint-Gildas des Bois en a fait l’amère expérience récemment.

Il y a quelques jours, les associés du Gaec de la Renardière à Saint-Gildas des Bois ont eu la désagréable surprise de constater une attaque de taupins sur une parcelle d’orge de printemps. « Au départ, nous pensions que la culture manquait d’eau », admet Sébastien Guéno, un des associés. Mais rapidement, le constat est sans appel : le responsable est bien le taupin. « Nous n’avions jamais connu cela », fait remarquer l’agriculteur.
La larve du taupin, de couleur jaune paille, dont la taille varie de 3 à 25 mm selon le stade et l’espèce, prolifère dans des lieux de pontes favorables telles que les prairies. « J’ai repris cette parcelle au moment de mon installation en début d’année et elle était en maïs l’an passé. Mais avant, c’était en effet une vieille pâture ». Cela coïncide d’ailleurs avec l’analyse d’Arvalis : dans une note publiée en juin 2013, l’Institut du végétal relève un risque accru en deuxième année après le retournement d’une prairie, les larves se nourrissant la première année de la matière végétale enfouie. Il est possible que l’acidité de la terre ait aggravé le phénomène, le taupin semblant éviter les terres à pH élevé. « Cela fait dix ou quinze ans que la parcelle n’a pas eu un gramme de chaux », reconnaît le jeune agriculteur.

Une perte conséquente

Sur les huit hectares semés, cinq ont été détruits par le ravageur qui coupe la tige de la plante juste au-dessus de la graine. Ils seront réensemencés en maïs. « Nous allons conserver les trois hectares restant car ils sont partis en végétation et ils sont sauvés en principe », estime Sébastien Guéno. Mais la perte est conséquente. « Cela représente plus de 600 € de semence, sans compter le temps passé ni les frais supplémentaires de réimplantation de maïs ». Mais rien ne garantit au Gaec qu’il sera préservé à l’avenir. « Le traitement de semence de maïs Sonido ne tue pas le taupin, il s’agit seulement d’un répulsif », regrette Sébastien Guéno. « S’il ne trouve pas à s’alimenter dans une parcelle, le taupin ira dans celle à côté ». Quelque peu démuni, l’agriculteur redoute une persistance dans le temps et aimerait pouvoir disposer de produits de traitements appropriés. L’interdiction d’emploi d’insecticides comme le lindane depuis 1998 explique probablement la recrudescence des attaques constatée depuis une dizaine d’années.
Pour Guy Papion, responsable de la section Grandes cultures de la FNSEA 44, cet exemple illustre « l’aberration des interdictions successives, souvent décidées par idéologie plus que par pragmatisme. On va rapidement aboutir à des impasses car nous ne pourrons bientôt plus protéger nos cultures. Si nous utilisons des produits, ce n’est pas par plaisir, ni pour engraisser des multinationales comme on l’entend parfois. C’est bien parce que la situation sanitaire l’exige. On constate d’ailleurs l’apparition dans nos régions d’une nouvelle espèce de taupin, le sordidus, en provenance du sud de la France. Son cycle de développement est beaucoup plus rapide, d’environ deux ans au lieu de cinq pour les espèces que nous connaissons, donc sa prolifération l’est aussi ». Le pire est donc peut-être à venir.

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