Auvergne : L'agriculture pour baptême de terrain

Sophie Giraud

Francis Lamy, nouveau préfet du Puy-de-Dôme et de l'Auvergne, s'est rendu sur une exploitation à Madriat, dans le Puy-de-Dôme. Sécheresse et revenus agricoles s'invitaient à la discussion.

Faut-il y voir un signe ? Ou est-ce pur hasard du calendrier ? N'empêche que pour son tout premier déplacement sur le terrain, le nouveau préfet d'Auvergne et du Puy-de-Dôme, Francis Lamy, a choisi de se pencher sur le secteur agricole, en visitant l'exploitation de la famille Pélissier, à Madriat (63). Une aubaine pour les responsables agricoles régionaux, qui ont bien évidemment profité de ce déplacement pour lui brosser le portrait de l'agriculture du territoire et aborder largement les sujets sensibles du moment. En premier lieu, la sécheresse, dont l'ampleur semble encore devant nous. Claude Raynaud, président de l'UDSEA du Puy-de-Dôme, prévoit que “pour passer ce cap difficile qui ne fait que commencer, les agriculteurs seront probablement obligés à un moment ou à un autre de se tourner vers les collectivités locales et l'État”.

Dérogation jachère opérationnelle

Le préfet, qui s'est montré très à l'écoute des différents intervenants, a confirmé que la dérogation permettant le fauchage des jachères étant une mesure décrétée au niveau national, ne fera pas l'objet d'arrêté préfectoral. Autrement dit, cette décision s'applique d'ores et déjà, de fait. Globalement, Francis Lamy a estimé que le département n'était pas dans une situation qui justifie, pour le moment, des mesures restrictives d'usage de l'eau, même si la vigilance reste de mise. D'une manière transversale, la plupart des intervenants ont souligné la complexité du secteur agricole. “Aujourd'hui, aucun agriculteur ne peut dire qu'il dispose de la trésorerie pour faire face à un accident climatique ou économique. Ce qui témoigne bien d'un appauvrissement général de l'agriculture”, a résumé Pascal Servier, président des producteurs de lait du Puy-de-Dôme. En cause : la volatilité des prix, l'augmentation inexorable des charges et la pression de la grande distribution, dont le pouvoir a été renforcé par la Loi de modernisation de l'économie. “Nous appelons à davantage de régulation”, ont martelé les responsables professionnels des quatre départements auvergnats.

 

Des cours et des coûts

Aujourd'hui, même dans un secteur porteur comme celui du lait, où les cours sont soutenus avec des prévisions à 350 euros/tonnes d'ici l'été, les producteurs restent extrêmement vigilants, car comme l'a très bien perçu le préfet, “il y a les cours, mais il y aussi les coûts”. Et des investissements toujours plus conséquents pour faire face à la mise aux normes, pour être plus efficaces, sans pour autant gagner davantage, comme en a témoigné Mathieu Pélissier, le plus jeune associé du Gaec des Moulins : “Nous avons doublé notre quota, pour au final ne pas gagner plus.” Sur les raisons des difficultés rencontrées par la filière viande bovine, le Cantalien Patrick Escure, président de la FRSEA Auvergne, a expliqué au préfet : “Nous n'avons pas les outils dans la filière capable de peser face à la grande distribution.” Et de qualifier de double peine pour les éleveurs le fait d'avoir à absorber la hausse des charges sans pour autant pouvoir la répercuter sur les prix de ventes.





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Source L'Union du Cantal

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