Aux p’tits soins des belles brunes

P.Olivieri

Aux p’tits soins des belles brunes
Le travail génétique pointu du Gaec Vital-Piccoli n’empêche pas les deux jeunes éleveurs de reconnaître un fort attachement sentimental à l’égard de leurs brunes. P.O

Sabine Vital et Baptiste Piccoli ont croisé il y a quelques années la route des brunes. Une race qu’ils ont adoptée en venant s’installer à la Grange Neuve de Pierrefort.

Pas si vite, pas si vite !” À peine Sabine a-t-elle franchi le fil de la parcelle que ses “belles” entreprennent de descendre le pré pour la rejoindre et commencer à la lécher. Et même si la jeune femme a sa préférée, elle a un mot affectueux pour chacune des brunes du troupeau. Elle le reconnaît : elle en est fan. “Quand vous les avez vues une fois, vous ne pouvez plus les quitter.” C’est ce qui est arrivé aussi à son compagnon, Baptiste Piccoli, un ancien inséminateur qui a croisé la trajectoire de la race en Lozère, “chez des cadors de la brune”, le Gaec de Fraissinet à La Canourgue, au début des années 2000. Installé ensuite à Venède au sud-est de Mende, il introduit à son tour des brunes dans le cheptel laitier tandis que sa blonde, Sabine Vital, délivre ses conseils au GDS 48.

 

Une reprise “au culot”

“Je souhaitais m’installer mais la structure de Baptiste était trop petite et on avait envie tous les deux de partir voir ailleurs.” Ailleurs, ce sera du côté des terres pierrefortaises natales de Sabine. Cette dernière a écho que Raymond et Jean Combelle cherchent un repreneur pour leur exploitation laitière. “On est venu les voir au culot”, raconte la jeune agricultrice. “On ne voulait pas que ça aille à l’agrandissement ou que l’exploitation soit démantelée”, explique Raymond qui continue avec son frère de donner un sérieux coup de main au jeune couple. Pourtant, l’affaire ne s’est pas faite du jour au lendemain : “Il a d’abord fallu se faire à l’idée qu’on allait arrêter l’élevage”, confient les deux retraités alertes. Et accepter que de jeunes éleveurs exploitent leur ferme. Au terme d’un an de discussions, Sabine et Baptiste débarquent un matin de janvier 2009 par -17°C “avec tous les soucis d’une nouvelle installation”. La première année va en effet réserver son lot d’aléas. Moins de deux mois après l’entrée sur l’exploitation louée aux Combelle (bail de carrière), cinq vaches blessées lors du transport doivent être euthanasiées. Au terme de ce premier hiver, cinq autres le seront après des difficultés d’acclimatation à l’étable à logettes pour ces vaches ramenées de Lozère. Depuis, le couple a reconstitué un cheptel de qualité, aux deux tiers bruns, le reste en holstein.

Mais il a aussi fallu aménager les bâtiments en refaisant les logettes équipées depuis de matelas, casser les crèches pour agrandir la nurserie... Le Gaec loue en sus une vingtaine de places à l’attache dans un bâtiment à Trénac pour les génisses faute
de   pouvoir   envisager   pour l’heure la construction d’une nouvelle stabulation. La cinquantaine de laitières valorisent 58 ha de SAU et le Gaec tente d’être le plus autonome possible même s’il doit acheter soja et céréales. Baptiste réalise lui-même les inséminations avec des taureaux dont il regarde d’abord la morphologie, “plus que l’Isu(1)”, confie l’éleveur. Les vêlages s’étalent sur l’année avec un pic à l’automne. Le Gaec Vital-Piccoli dispose par ailleurs d’animaux acquis en copropriété avec quatre éleveurs de Lozère, Aveyron et Côte d’Or. Un groupement Génétique Passion constitué il y a quatre ans et qui fonctionne parfaitement. “Nous avons acheté cinq animaux en 2010, aujourd’hui il y en a une vingtaine sachant que celui qui a la mère garde sa cinquième fille. Cela nous permet de bénéficier de bonnes références génétiques”, explique Baptiste, devenu un adepte des transplantations embryonnaires. L’éleveur a par ailleurs fait géno- typer une dizaine de ses meilleures génisses avec le technicien de Brune Génétic Services, Jérôme Lagarde.

 

Éleveurs sentimentaux

Mais cet attachement à la race et à ses dignes représentantes a son revers de médaille : “On ne casse pas une vache parce qu’elle ne vêle pas dans les clous. On fait un peu de sentiments. C’est vrai, on   a   du   mal   à   réformer...”, conviennent les deux associés(2). “Les holstein ont beaucoup de qualité mais les brunes sont sympas, adorables, elles sont robustes et parfaitement adaptées à notre système tout à l’herbe”, justifie Sabine. Cet engouement dépasse le seul cadre de la ferme puisque le couple adhère depuis son installation au syndicat Brune Avenir(3) que préside aujourd’hui Baptiste et dont il a accueilli les membres vendredi pour l’assemblée générale. “On faisait beaucoup de concours en Lozère, pour nous c’était une grande famille, on n’a pas pu quitter ça, poursuit Sabine. Au-delà de l’ambiance, ça nous apporte énormément : en termes d’index, de ventes...”

Si leur participation aux concours est moins intense, quasiment chaque sortie du Gaec fait mouche : Vanessa est revenue en 2012 de l’Interrégional à Aumont Aubrac avec un titre de championne jeune, Chantelle a fini meilleure mamelle à Saint-Flour ce printemps... Et déjà la relève se prépare comme ont pu le constater vendredi leurs collègues de Brune Avenir lors d’un tour d’étable commenté par BGS.

 

(1) Index synthèse unique.
(2) Le taux de renouvellement est inférieur à 20 % sur les deux dernières campagnes.
(3) Comme au syndicat prim’holstein.

 

Plus d'infos à lire cette semaine dans L'Union du Cantal.

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