Avortements et mortinatalités. Agir avec méthodologie face à toute alerte

Dr Didier GUERIN

Avortements et mortinatalités. Agir avec méthodologie face à toute alerte

Augmentation des avortements et mortinatalités => Cette campagne débute avec une forte augmentation du nombre d'avortements et de mort-nés déclarés par rapport à la campagne précédente. Une méthodologie est à suivre face à toute alerte.

Avortements et mortinatalités. Agir avec méthodologie face à toute alerte

Les avortements sont des pathologies anciennes et persistantes. Tous les élevages sont concernés, 2 % des femelles avortent chaque année. En présence de causes infectieuses, parasitaires, alimentaires… des avortements en série peuvent apparaître.

Des causes infectieuses et parasitaires redoutables, un recours aux analyses

Parmi toutes les causes, celles d’origine infectieuse (bactérienne ou virale) ou parasitaire (toxoplasmose, néosporose…) sont les plus redoutables car contagieuses et douées d’un grand pouvoir d’expansion intra et inter élevage. Connaître la cause d’une épidémie est indispensable pour mettre en place la thérapeutique curative et élaborer la stratégie préventive. Lors d’avortements, les manifestations cliniques et les caractéristiques épidémiologiques ne sont jamais suffisamment spécifiques. Le recours aux analyses est donc un passage obligé. Il fait appel à des méthodes directes avec recherche de l’agent causal ou indirectes avec recherche des anticorps.

Un diagnostic direct facilité par la CRSSA

Pour faciliter l’utilisation des nouvelles techniques de diagnostic direct (PCR), le GRASL a décidé de consacrer la CRSSA au diagnostic direct des avortements dans les élevages bovins, ovins et caprins. Un kit PCR, adapté à chaque espèce, avec une prise en charge de 75 % (cf. tableau « CRSSA – Kit diagnostic direct avortements ruminants ») est à disposition. En cas de nécessité de recherches sérologiques complémentaires, le plan régional « maladies émergentes » permet la poursuite de la prise en charge de 50 % des frais d’analyses et de la visite vétérinaire de mise en place du plan de lutte et de prévention.

Des résultats… mais des précautions d’utilisation à respecter : intervenir 48 h maxi après l’avortement avec prélèvement de sang et d’avorton ou de placenta ; à compléter avec des recherches sérologiques

Mis en place au 1er semestre 2012, ce kit a été utilisé dans plus de 200 élevages en Creuse (158 bovins, 33 ovins et 14 caprins). Pour 1/3 des cas, une pathologie a été identifiée : ehrlichiose (cf. article du 23/05/2014), néosporose (cf. article de la semaine prochaine), BVD, chlamydiose ou toxoplasmose. Trois éléments conditionnent le taux d’élucidation : la précocité d’intervention (prélèvement dans les 48 heures, maximum, suivant l’avortement pour le diagnostic direct), la présence d’avorton, de placenta ou d’écouvillon vaginal et les recherches complémentaires (autres pathologies, sérologies chez les avortées depuis plus 15 jours). La réalisation d’un diagnostic direct adéquat multiplie par quatre le nombre de chances d’obtenir un résultat de certitude. Cela implique une application stricte de la « conduite à tenir lors de tout avortement » par le couple éleveur/vétérinaire (cf. encadré« Conduite à tenir lors de tout avortement »). C’est une composante de la « Sanitaire’ Attitude ». N’hésitez pas à contacter votre vétérinaire ou GDS Creuse.

Mortinatalité chez les bovins – kit diagnostic

La mortinatalité correspond au vêlage à terme d’un veau mort-né ou périssant dans les 48 heures suivant la naissance. Le kit diagnostic est à mettre en place dès la 2ème mortinatalité non-explicable dans un élevage.

Composition du kit diagnostic :

1-    Statut nutritionnel en oligo-éléments et inflammatoire : contrôle sanguin sur 10 % des vaches avec un minimum de 5 : dosage des oligo-éléments cuivre, zinc, sélénium et iode ; indication état inflammatoire par dosage de l’haptoglobine. Prise en charge du coût des analyses à hauteur de 50 %.

2-    Recherche hypothyroïdie : pesée de la thyroïde.

3-    Recherche facteurs infectieux :en cas de résultats élevés d’haptoglobine ou de présence d’autres éléments orientant vers une origine infectieuse, application du plan « avortement » avec les prises en charges correspondantes.

Avortements et mortinatalités. Agir avec méthodologie face à toute alerte

Conduite à tenir lors de tout avortement

1)    L’isolement impératif de l’avortée, de l’avorton et du placenta

Dès la constatation d’un avortement, on isolera de façon systématique, l’avortée, l’avorton et le placenta expulsé (en prenant les mesures d’hygiène nécessaires). En élevage ovin, on ne fera pas adopter des agneaux bien portants à des brebis avortées. Cela représente les premières dispositions à prendre pour éviter la contamination des congénères étant donné la forte charge infectieuse que peuvent présenter ces éléments.

2)    Le contrôle de l’eau et de l’alimentation

L’eau et l’alimentation (ensilages mal conservés et contaminés par des rats (cf. article du 31/10/2014), aliments avec des moisissures) peuvent être de formidables relais de contamination.

3)    Le recueil des commémoratifs

Le recueil des commémoratifs a pour objectifs de définir la nature des avortements, de recueillir des renseignements cliniques (stade d’avortement) et épidémiologiques (lot concerné, mouvement d’animaux, signes particuliers) permettant d’orienter les recherches. Le calcul du taux d’avortement permet de se situer par rapport aux seuils d’alerte de chaque espèce (cf. tableau « Avortements – Seuils d’intervention »).

4)    La prescription des analyses

Les grands principes retenus face à un épisode d’avortements répétés sont les suivants :

  • Rechercher l’agent pathogène sur l’avortée et/ou l’avorton : prélèvement d’avorton, de placenta ou d’écouvillon vaginal dans les 48 heures, maxi, après l’avortement.
  • Rechercher les anticorps chez les avortées depuis plus 15 jours. L’échantillon pourra être complété par les mères de mort-nés et des femelles ayant présenté des troubles de la reproduction compatibles avec l’intervention de l’agent pathogène.

5)    L’interprétation des résultats

Les résultats d’analyses ne donnent pas forcément « la » réponse : l’interprétation doit être faite de façon rigoureuse en tenant compte de la nature du prélèvement, du contexte… Seuls, un choix rigoureux des animaux prélevés, des prélèvements, une prescription méthodique, une rigueur dans l’interprétation des résultats permettent de poser sinon un diagnostic de certitude, au moins un diagnostic de forte présomption, ou, et cela est loin d’être négligeable, d’éliminer certaines causes.

6)    Le “ plan de prévention ”, quelles suites ?

Les suites à donner seront fonction du diagnostic mais également d’autres critères pour l’utilisation d’une politique basée sur la mise en place des seules mesures sanitaires ou associées à des mesures médicales (vaccinations, antibiotiques…).

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