Campagnols : Comment lutter contre l'ennemi public n°1 des prairies ?

PATRICIA OLIVIERI

Friands des vastes zones herbagères cantaliennes, les campagnols terrestres pullulent selon des cycles de plus en plus fréquents. Un fléau pour l'élevage.

On les appelle ici rats taupiers, ailleurs mulots : quel que soit leur surnom, les campagnols terrestres font chaque année des ravages sur quelque 10 000 ha en France, plus particulièrement dans les zones de prairies de moyenne montagne (entre 400 et 2 400 m d'altitude) avec une nette préférence pour la Franche-Comté et le Massif central, bien que des pullulations moins étendues soient également enregistrées dans les deux Savoie, les Pyrénées, mais aussi dans des zones de grandes cultures (Lorraine, Champagne) jouxtant des prairies.
Le “pays vert” volcanique s'avère depuis une trentaine d'années une terre de prédilection pour ces rongeurs herbivores, qui y pullulent selon des cycles qui ont une nette tendance à se rapprocher. “On enregistre des pullulations de campagnols terrestres en France mais aussi chez nos voisins du Jura suisse depuis les années 50, avec des cycles de pullulation en tant que tels depuis la fin des années 60”, analyse Denis Truchetet, expert référent national auprès du ministère de l'Agriculture en matière de lutte contre les vertébrés.

Facteurs favorables

Une apparition de cycles de pullulations qui correspond à l'époque des grands remembrements. “Il y a sans doute une conjoncture de facteurs, dont tous ne sont pas connus, indique Christophe Chabalier, animateur de la FDGdon (Fédération départementale des groupements de défense contre les organismes nuisibles) : les modifications paysagères, l'agrandissement des exploitations, leur spécialisation herbagère ont conduit à des zones tout en herbe particulièrement propices au rat taupier. Le manque de main d'oeuvre fait aussi qu'il y a moins de personnes sur les exploitations pour lutter. L'évolution du machinisme agricole, avec la fin des motofaucheuses, a aussi joué”. Pour faire face à ces invasions qui peuvent aller jusqu'à compromettre de 50 à 80 % le rendement fourrager d'une prairie, la lutte chimique se résume pour l'heure à la bromadiolone. Un anticoagulant dont l'utilisation agricole est très encadrée (voir ci-dessous) et qui est aujourd'hui en phase de réévaluation. Le phosphure d'hydrogène (PH3), agréé pour la lutte contre les taupes, pourrait potentiellement un jour être homologué pour les rats taupiers. Mais la FDGdon, comme l'ensemble des experts d'ailleurs, insiste sur une lutte préventive raisonnée. À commencer par une action contre la taupe : “La taupe c'est le génie militaire, le campagnol terrestre l'infanterie”, image Christophe Chabalier. En clair : laisser la taupe se développer, c'est faire le lit du campagnol terrestre qui va emprunter son réseau de galeries. Un réseau qui peut ainsi abriter une centaine de rats taupiers sans que ces derniers soient observables, les deux espèces cohabitant jusqu'à une certaine densité de rats, qui vont chasser la taupe. La FDGdon constate d'ailleurs qu'une parcelle envahie de campagnols terrestres et où la taupe revient est le signe généralement d'une pullulation de campagnols en déclin.

 

Des auxiliaires de lutte

Si la taupe est l'alliée premier du rat taupier, les prédateurs sont ceux de l'éleveur : préserver l'habitat des rapaces, hermines et autres renards en maintenant ou réimplantant des haies, des perchoirs,... contribue ainsi à maintenir une pression de prédation. Dans la boîte à outil de cette lutte raisonnée figurent également le pâturage sur une majorité des surfaces, ainsi qu'un sujet encore tabou il y a peu : le piégeage qui retrouve, selon D. Truchetet, un peu ses lettres de noblesse. Lui y croit et prône pour des groupements d'employeurs qui pourraient recréer des emplois de taupiers. D'autres pistes sont envisagées, tel ce rouleau expérimental visant à reproduire les effets du piétinement. De son côté, la FDSEA revendique la possibilité pour les éleveurs d'émarger au Fonds national de garantie des calamités agricoles et a demandé au ministre de l'Agriculture une dérogation afin que les exploitants touchés puissent, à titre exceptionnel, implanter sans pénalité des céréales fourragères en lieu et place d'une prairie temporaire ou permanente.
Plus d'infos à lire cette semaine dans L'Union du Cantal.
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Source L'Union du Cantal

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