Canada : une agriculture performante à vocation exportatrice

Raphaël Lecocq

Canada : une agriculture performante à vocation exportatrice

Le Canada compte environ 205 000 exploitations, d’une surface moyenne de 315 ha. Le pays exporte des céréales, des oléagineux et des protéagineux, ainsi que de la viande bovine et porcine. Le lait, la volaille et les œufs sont des secteurs protégés par une politique de gestion de l’offre, limitant les échanges.

Les agriculteurs vieillissent, les exploitations grandissent

D’après le recensement agricole de 2011, l’âge moyen des agriculteurs canadiens est de 54 ans. En 2011, 48,3 % des exploitants agricoles avaient 55 ans et plus, contre 40,7 % en 2006. Entre 1991 et 2011, le nombre d’exploitations est passé 280 043 à 205 730 et le nombre d’exploitants 390 875 à 293 925, ce qui représente une baisse de 24,8 %. Depuis 1991, la superficie agricole moyenne est passée de 241 ha à 315 ha. La baisse du nombre d’exploitations affecte celles réalisant moins de 500 000 $ CAN de revenus bruts tandis le nombre de celles réalisant plus de 500 000 $ CAN progressent. Elles représentent 11,4 % de l’effectif en 2011 contre 8,6 % en 2006.

Champ de canola dans la province du Manitoba

55,4 milliards de dollars canadiens (1 $ CAN = 0,70 €) : tel est la montant des exportations de produits agricoles et agroalimentaires réalisées par le Canada en 2015, hors produits de la mer.. Dans le secteur végétal, les cinq principaux produits exportés étaient, en 2015 et par ordre décroissant, le blé tendre (5,8 Mds $ CAN), le canola (colza, 4,9 Mds $ CAN), les lentilles (2,4 Mds $ CAN), le soja (2,2 Mds $ CAN) et le blé dur (2 Mds $ CAN). En ce qui concerne les productions animales, les exportations se concentrent sur deux produits que sont la viande de porc (3,4 Mds $ CAN) et la viande de bœuf et de veau (2,2 Mds $ CAN). Dans le même temps, le Canada importait des produits agricoles et agroalimentaires à hauteur de 43,5 Mds $ CAN, notamment de la viande (en provenance des Etats-Unis), du vin (français notamment) et des fruits et légumes. En 2015, le Canada a porté l’excédent de sa balance commerciale agricole et agroalimentaire à 11,9 Mds $ CAN (= 8,3 Mds €), soit légèrement en dessous de celui de la France (9,4 Mds € pour la France).

Critères d'évaluation des grains à leur réception dans les silos

Faibles rendements, haute qualité

La production de céréales, oléagineux et protéagineux est concentrée à 85 % dans trois provinces de l’Ouest que sont l’Alberta, le Saskatchewan et le Manitoba, frontalières des Etats-Unis. Elle concerne 86 000 exploitations, soit 4 exploitations sur 10. La rigueur hivernale interdit de fait les cultures d’hiver, à l’exception d’une partie du blé tendre. Cette contrainte n’est pas sans incidences sur le rendement moyen des cultures : 30 q/ha pour le blé tendre déployé sur 7,5 M ha, 25 q/ha pour le blé dur sur 2,4 M ha, 34 q/ha pour l’orge sur 2,6 M ha, 100 q/ha pour le maïs sur 1,3 M ha, 20 q/ha pour le canola (colza) sur 8 M ha, 21 q/ha pour le soja sur 2,1 M ha. Côté espèces, le Canada se distingue par la production de protéagineux, notamment de pois secs (1,5 M ha à 2,1 q/ha) et de lentilles (1,6 M ha à 15 q/ha), ce qui lui confère une place importante dans les échanges internationaux. Les agriculteurs canadiens compensent la relative faiblesse de leurs rendements par la qualité de leur production, qu’il s’agisse des céréales (protéines des blés) ou du canola (faibles taux de glucosinolates et d’acides gras saturés), sans pour autant s’embarrasser de pratiques culturales sorcières. Illustration : les céréaliers canadiens voient dans le fractionnement de l’azote une intervention superflue, source de dépense sans contrepartie avérée. Il faut préciser que le blé de printemps est intrinsèquement riche en protéines. En colza, ce sont les gros efforts consentis sur la sélection génétique depuis une vingtaine d’années qui expliquent en bonne partie la différence. A noter que plus de 95 % du colza est OGM (résistant aux herbicides totaux). Dernière explication et non des moindres : l’adoption d’un système de classement des grains extrêmement pointilleux, doublé de la mise sur le marché international des meilleurs grades. Résultat : le Canada s’arroge plus de 60 % du commerce mondial du blé dur, 65 % du colza, 65 % du pois et 88 % des lentilles.

Canada : une agriculture performante à vocation exportatrice

Hormones et ractopamine

En ce qui concerne les productions animales, le Canada développe sa puissance exportatrice dans deux secteurs principaux que sont la viande bovine et la viande bovine. La production de bovins viande concerne 37 406 exploitations, localisées pour l’essentiel dans l’ouest du pays, en particulier en Alberta et dans la Saskatchewan, autour de races telles que Black Angus et Hereford. L’élevage bovin viande est de type américain :  l’élevage commence le plus souvent dans des prairies naturelles et s’achève dans des « feed-lots », des structures spécialisées dans l’engraissement. L’utilisation des hormones, interdites dans l’UE, est autorisée sans être systématique. En production porcine, c’est la ractopamine, également interdite dans l’UE et dans de nombreux pays, qui peut être utilisée par les éleveurs pour obtenir une viande plus maigre et plus protéinée. Développée par environ 7500 éleveurs situés au Québec, en Ontario, au Manitoba, en Alberta et dans la Saskatchewan, la production de porcs est intensive et compétitive. 

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Commentaires 1

ESCHENMANN PHILIPPE OU MME "CLOCHE215"

avez-vous bien lu ???protectionniste vis à vis de soi mais agressif envers nous paysans français....

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