Cantal : Court-circuit pour les projets solaires des éleveurs cantaliens

Patricia Olivieri

Le gouvernement vient de modifier les tarifs de rachat de l'électricité solaire. L'agriculture, et en particulier, l'élevage se voit ainsi amputer de revenus complémentaires.

Ca a le goût amer du gâteau tendu qu'on retire au moment même où la main s'apprête à le saisir. Mercredi 13 janvier, après plusieurs mois de suspens, le MEEDM, ministère de l'Écologie, de l'Énergie, du Développement durable et de la Mer, a publié les nouveaux tarifs de rachat de l'électricité photovoltaïque, venant remplacer ceux fixés en 2006. À la fois attendue et redoutée, l'annonce a fait l'effet d'une douche froide dans le monde agricole et plus particulièrement chez les éleveurs. Et pour cause : si le prix du kilowattheure (kWh) est fixé à 58 cE - “le plus élevé au monde”, rappelle le ministère dans son communiqué - pour les installations avec “intégration au bâti” lorsqu'elles sont insérées à des bâtiments d'habitation, d'enseignement ou de santé, pour les autres bâtiments clos existants depuis plus de deux ans, le tarif désormais en vigueur n'est plus que de 50 cE. Quant aux installations avec “intégration simplifiée au bâti” (panneaux simplement fixés), c'est la dégringolade à 42 cE/kWh (soit - 30 %). Idem pour les bâtiments neufs.

Trahison

Si ces nouvelles dispositions vont affecter les bâtiments industriels, les bureaux, entrepôts, la grande distribution..., l'agriculture est la grande perdante, d'autant que la mesure se veut rétroactive au 1er novembre 2009 : ainsi les projets déposés depuis cette date et non encore autorisés, sont purement et simplement annulés, et devront donc faire l'objet d'une nouvelle demande, à des conditions bien moins avantageuses. “Chez nous c'est l'incompréhension et la colère au moment où la loi de modernisation de l'agriculture nous incite à diversifier nos sources de revenus” expliquait Didier Marteau, chargé de la commission Environnement à l'APCA (Assemblée permanente des chambres d'agriculture) dans Le Monde du 15 janvier. La FNSEA s'est elle déclarée “pas du tout contente”, déplorant “le manque de cohérence de la décision” et l'inégalité de traitement entre agriculteurs. “On pourrait être payé 50 centimes sur un bâtiment existant mais si je construis un nouveau bâtiment le prix descend à 42 centimes”, a déclaré Dominique Barrau, secrétaire général de l'organisation. “Le MEEDDM confisque le soleil au profit des businessmen” : à la Fédération nationale bovine (FNB), c'est un sentiment de “trahison” qui prévaut. Trahison sur le fond et sur la forme, comme en sont eux aussi convaincus les responsables de la FDSEA du Cantal évoquant “une décision prise en douce”. “Le vendredi précédent cette annonce que nous avons apprise via les médias, les professionnels concernés par le sujet avaient été rassurés par les représentants du MEEDDM, confirme l'un des membres du bureau de la FNB. On ment à l'opinion publique en privilégiant les sociétés industrielles”.

 

La goutte d'eau...

Et c'est cette “inéquité” de traitement que la FDSEA dénonce avec véhémence : “Pour être écouté par ce gouvernement, il faut être une multinationale. C'est vrai pour les tarifs de rachat de l'électricité solaire, c'est vrai pour la crise économique puisqu'on n'a pas hésité à donner 6 milliards d'euros aux constructeurs pour aller fabriquer des voitures à l'étranger ; c'est vrai pour l'agriculture, secteur qui a connu sa plus grave crise depuis 30 ans et qui n'a bénéficié que de quelques emprunts ; c'est vrai sur les questions sanitaires avec des privilèges accordés aux vétérinaires et surtout aux grands laboratoires...”. Chez les JA, on s'insurge d'une décision qui pourrait remettre en cause un certain nombre de projets d'installation de jeunes éleveurs ou encore de modernisation ou mise aux normes. La charge est à la mesure du ras-le-bol ressenti par une profession qui avait vu dans la valorisation de ses bâtiments d'élevage via l'installation de panneaux photovoltaïques une éclaircie dans un ciel bien assombri. De son côté le ministère se justifie en invoquant “une bulle spéculative” qui se serait développée depuis le mois de novembre. Le chiffre de 3 000 demandes de contrats de rachat est ainsi avancé par le cabinet du ministre Borloo. Faux rétorque la FDSEA : “La spéculation n'est pas le fait des agriculteurs mais de certaines boîtes qui souhaitent investir dans ce secteur. L'État diminue les tarifs pour les bâtiments mais augmentent ceux des parcs au sol, c'est le choix du développement de l'énergie par des multinationales type EDF, qui s'achètent par ce biais une image écolo”. Un choix jugé en totale contradiction avec la volonté affichée dans le Loi de modernisation agricole de préserver le foncier agricole. La profession demande donc la suppression de la notion de rétroactivité, jugée illégale, et la réévaluation du tarif pour les bâtiments neufs.
Plus d'infos à lire cette semaine dans L'Union du Cantal.
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Source L'Union du Cantal

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