Cantal : Un schéma pluriannuel pour une chasse gestionnaire

PATRICIA OLIVIERI

Fruit de trois ans d'échanges intenses, le Schéma départemental cynégétique du Cantal vient d'être officialisé par le préfet. Un document cadre opposable à tous les chasseurs.

C'est en quelque sorte une espèce à gestation longue qui vient de mettre bas : après trois ans de réflexions “intenses”, le préfet du Cantal a approuvé le 28 octobre par arrêté le Schéma départemental de gestion cynégétique du Cantal. Un document établi pour une durée de six ans (à compter de sa signature), renouvelable, mais surtout opposable aux chasseurs, sociétés de chasse, groupements et associations de chasseurs exerçant leur activité sur le territoire cantalien. Trois ans donc pour “donner à la chasse une politique structurée et dynamique”, selon les termes du président de la fédération départementale de la chasse (FDC), Jean-Pierre Picard, pour qui ce document doit pas être perçu comme “une chance de valoriser nos actions et de tracer une feuille de route pour l'avenir”. Un chemin vers une chasse que Jean-Pierre Picard veut “gestionnaire” des espèces de gibier, de la faune sauvage dans son ensemble, et au-delà, de la qualité des milieux naturels.

Gestion territorialisée

Un message qui semble avoir servi de fil conducteur partagé aux travaux préalables conduits par l'ensemble des acteurs et partenaires de la chasse : fédération de chasse bien sûr, associations spécialisées, mais aussi représentants des propriétaires privés ruraux, des agriculteurs et des intérêts forestiers. D'ailleurs, le préfet Mourier n'a pas manqué de saluer “le climat serein et de confiance” dans lequel ce dialogue “constructif” s'est inscrit, rappelant au passage que cette “oeuvre collective” avait été votée à l'unanimité au sein de la commission départementale de la chasse et de la faune sauvage. Une façon sans doute d'inviter le monde de la chasse à tourner les pages sombres qui l'ont agité récemment sur le dossier du lièvre. Une volonté d'apaisement que l'on retrouve d'ailleurs dans l'un des éléments phare de ce schéma : l'instauration de pays de chasse (14 en tout), qui constituent désormais la base de référence physique et territoriale de gestion cynégétique. “Le schéma donne des orientations départementales mais chaque région va pouvoir discuter et adapter ces orientations et la gestion des espèces”, a ainsi précisé M. Nicolaudie, directeur de la FDC, indiquant que ces pays seraient dotés chacun d'un comité de pilotage associant l'ensemble des interlocuteurs de la chasse. Quant à la définition du périmètre de ces pays, elle s'est faite en tenant compte d'abord du relief (en partant donc des Monts du Cantal) de sorte à délimiter des ensembles territoriaux cohérents au sein desquels toutes les espèces puissent être gérées, contrairement aux unités préexistantes, jugées peu ou pas homogènes et souvent de trop petite taille.

 

Pas de révolution

Le schéma définit, espèce par espèce, des propositions et objectifs de gestion. Ainsi, concernant le grand gibier, l'instauration d'un plan de chasse triennal pour le chevreuil (4 000 prélèvements actuellement), avec définition au sein de chaque pays de chasse d'un niveau de prélèvement après analyse des données collectées, a été actée. Pour le sanglier, seconde espèce chassée dans le Cantal (1 500 prélèvements environ), il est prévu de maintenir les effectifs à un seuil tolérable vis-à-vis de l'impact agricole, avec interdiction absolue de lâchers et un suivi de la situation de l'espèce par pays de chasse. Le maintien du cerf élaphe est lui envisagé sur les seuls secteurs du Cantal où un accord est intervenu - ou pourrait intervenir - entre agriculteurs, forestiers et chasseurs. La gestion de l'espèce se fera par unité de gestion départementale ou interdépartementale dans le cadre du plan de gestion déjà approuvé. Pour le chamois (180 prélèvements) et le mouflon (120), il s'agit de maintenir les effectifs et d'intégrer les représentants agricoles et forestiers à la structure de gestion (Gic des Monts du Cantal). Point de plan de de gestion, ni de limitation de prélèvements ou de période d'ouverture décalée pour le lièvre (dont les effectifs sont en chute libre depuis 2000), conformément au vote de la dernière assemblée générale de la FDC : la gestion se fera à l'échelle de chaque pays de chasse. Néanmoins, le président Picard a tenu à relever que les mesures contestées prises lors de la précédente campagne avaient eu des incidences favorables sur la population de lièvres dès 2009. “Ce conflit a eu le mérite de faire prendre conscience qu'il fallait gérer cette espèce”, a-t-il ajouté. Et le préfet de confirmer, indiquant qu'un grand nombre d'Acca semblent avoir pris des mesures de gestion “plus rigoureuses que celles proposées”, et de glisser, aussi, que ce schéma n'avait rien de figer et qu'il pouvait être amendé au cours des six ans.

Source union du Cantal

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