Ces éleveurs cantaliens qui ne jurent que par leur chien

Patricia Olivieri

Leur dressage demande rigueur et persévérance mais les résultats sont très largement supérieurs à l’investissement. David Defargues témoigne de l’atout d’un chien comme Elsy.

Elsy a un défaut, elle est trop douce. A priori un gros handicap pour ce border collie dont le métier est de s’imposer face à un troupeau pour le guider. Un défaut avec lequel son maître, David Defargues, a su composer : il n’y a qu’à voir pour s’en convaincre ces deux-là à l’œuvre au milieu d’une parcelle où pâturent des brebis. En à peine trois minutes montre en main, en quelques mots et consignes données à voix posée, sans aboiement, les agnelles sont rassemblées autour de l’éleveur. Un résultat impressionnant acquis au terme de plusieurs années d’entraînements très réguliers. “Pour qu’un chien soit prêt à travailler, il faut qu’il ait autant d’années que de pattes”, explique David Defargues. Justement, Elsy fêtera d’ici quelques mois ses quatre printemps.

Elsy aura bientôt la maturité d’un bon chien de troupeau. Le curseur : avoir autant d’années que de pattes.

Un outil, pas un toutou

Et pour rien au monde son maître ne se séparerait de cet outil de travail devenu indispensable. À tel point qu’il a décidé d’acquérir il y a un an un second chiot border “au cas où il arriverait quelque chose à Elsy”. David s’est installé en 2006 à Malbert en production allaitante (80 mères aubracs conduites pour partie en croisement avec du bleu blanc belge) et en Gaec avec ses parents. Depuis, son frère a remplacé sa mère dans la société et mis en place un atelier caprin avec transformation fromagère. “Personne dans le coin ne travaillait avec un chien, j’ai décidé d’en acheter un d’abord pour le plaisir”, explique l’agriculteur. Il réserve sur internet un chiot né dans l’Aveyron et Elsy, une chienne inscrite et achetée 350 €, fait son entrée sur l’exploitation en février 2010. Mais pas question de faire du chiot un animal de compagnie. Une règle d’or délivrée dès les premiers contacts par l’Acuct, l’Association cantalienne des utilisateurs de chiens de troupeau, vers laquelle David Defargues s’est tourné pour le dressage d’Elsy. Et parmi les premières préconisations de Pascale Lauby, animatrice de l’Acuct : le chien doit loger dans un chenil, interdiction aux enfants de le caresser... Ensuite, maître et chien ont suivi un premier stage d’initiation au dressage conduit par Thierry Lemorzadec. Un formateur “exceptionnel”, souligne l’éleveur. “En voyant arriver un chien, il perçoit déjà ses atouts et ses faiblesses.” Et son enseignement repose sur des bases simples : comprendre le caractère de son chien, lui apprendre à se positionner dans un axe 12 heures - 6 heures par rapport à son maître afin d’encercler le troupeau, et à se déplacer en fonction de cet axe et des directions...

Que des bénéfices

“Au départ, ça prend un peu de temps”, concède David, pour qui trop d’éleveurs s’imaginent qu’un chien sera opérationnel de suite. Lui a travaillé avec Elsy à raison de trois entraînements hebdomadaires de 30 minutes pendant près d’un an et demi avant d’obtenir des résultats. Et pour se donner toutes les chances, le jeune éleveur a même acheté des agnelles plus commodes pour le dressage “car on voit mieux le chien”. Un dressage qui requiert donc du temps “mais qu’on récupère très largement par la suite”, estime le trentenaire. “Pour savoir si le chien est prêt, il faut qu’il s’arrête à nos pieds, qu’il exécute un ordre, qu’un animal qu’il fixe dans les yeux se détourne, qu’il ne morde ni n’aboie pas afin de ne pas affoler le troupeau”, développe l’agriculteur qui accueillera les 13 et 14 juillet sur ses parcelles de Bourcenac les journées amicales de l’Acuct (lire ci-contre). Elsy répond à tous ces critères et depuis un peu plus d’un an, elle accompagne David pour déplacer des animaux qu’ils s’agissent de vaches, génisses, velles... “Aujourd’hui, j’arrive même à faire embarquer seul les animaux au champ dans une bétaillère”, relève David Defargues. Pour lui, cela ne fait aucun doute : Elsy remplace trois personnes et sa présence a aussi modifié l’attitude du troupeau. “Nous avions déjà des animaux calmes, là ils le sont encore plus et on en fait ce qu’on en veut.” Mais Elsy ne connaît qu’un maître, David, qui confie que quand il travaille avec sa chienne, il ne veut personne d’autre... La jeune border collie participera pour la première fois à une journée amicale le samedi 13 juillet en terrain connu donc mais pas encore au concours du dimanche : “J’ai encore un peu trop d’appréhension”, glisse David Defargues pour qui sa chienne vaut aujourd’hui tous les tracteurs du monde...

Plus d'infos à lire cette semaine dans L'Union du Cantal.

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Commentaires 1

cassis753

j,ai eu dans ma carriere 2 borders collies, je peus affirmer que ça vaut une fortune moi aussi je chargeai seul au milieu d,un pres avec mon chien et une ficelle des génisses qui obéissais tant le chien les dominaient

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