Claude Cochonneau : des "crash tests systématiques" pour les nouveaux installés

Lise Monteillet

Claude Cochonneau : des "crash tests systématiques" pour les nouveaux installés

« Voir des jeunes en difficulté dans les premières années d’installation, cela pose un problème de conscience », affirme le nouveau président de l’Assemblée permanente des chambres d’agriculture (APCA). Il souhaite qu’un crash test soit systématiquement intégré à l’étude économique réalisée avant l’installation.

Votre prise de fonction arrive au terme d’une année noire pour l’agriculture française. Les chambres d’agriculture en font-elles assez pour accompagner les agriculteurs en difficulté ?

Claude Cochonneau : J’ai senti durant tout l’été une vraie prise en compte de la détresse du monde agricole. Nos techniciens se sont trouvés face à des situations un peu nouvelles et nous disaient : « on n’est pas armé pour répondre à un agriculteur qui s’effondre en larme ».

Nous avons incité nos chambres d’agriculture, pour celles qui n’auraient pas réagi assez vite, à former les techniciens ou à les réunir pour évoquer ce problème. Nous avons apporté un peu de méthode, sans rien inventer.

C’était plus un problème de repérage que de suivi. Il existe des cellules de crise dans les départements auxquelles participent l’ensemble des OPA* et où les chambres ont un rôle moteur. Notre inquiétude était de passer à côté de personnes isolées qui risquent de faire une bêtise ou de s’enfoncer. Des mailings ont été envoyés, des coups de fil systématiques ont été passés... Il y a eu des échanges.

Quelles sont les pistes pour améliorer le revenu des agriculteurs ?

C.C : Dans l’ordre de priorité, nous déplorons une mauvaise répartition de la valeur ajoutée. Nous revendiquons de reprendre la construction du prix par le bas, en partant des coûts de revient de l’agriculteur, comme pour tout produit manufacturé ou service.

Après, la création de valeur est insuffisante dans certaines filières. Il faut les inciter à segmenter leurs productions, à aller vers des produits à plus haute valeur ajoutée, quitte à en faire moins…

Je pense aussi à la diminution des charges : fiscalité, charges sociales… Dans ce dernier cas, ce qui a été obtenu est plutôt bien : 10 points de baisse, c’est sans doute la plus grande victoire de la profession, et notamment du syndicalisme, en 2016. En matière fiscale ou de charge salariale, il reste des progrès à faire.

Ne peut-on pas aussi agir sur les coûts de production, notamment les charges de mécanisation ?

 C.C : Oui bien sûr. On peut imaginer aller vers un peu plus d’équipements collectifs. Dans nos analyses de systèmes, on s’aperçoit qu’à conditions quasiment égales, un agriculteur s’en sort moins bien qu’un autre à cause d’investissements déraisonnables (mécanisation, foncier…).

L’engouement pour l’agriculture biologique ne se dément pas, les conversions sont nombreuses, notamment en cette année de crise…

C.C : Ce qui serait bien, c’est que la crise ne soit pas la cause de la conversion. L’agriculture biologique, c’est plus ambitieux et plus compliqué que cela. Cela implique un changement de pratiques, un vrai engagement. Et surtout, il faut que cela corresponde à un marché. Ce qui est dramatique, c’est qu’on peut avoir des conversions où il n’y a pas eu d’analyse de marché précédemment. On risque de tomber sur du bio vendu au prix du conventionnel parce qu’il n’y a pas de marché en face.

La révision de la définition de l’agriculture biologique fait débat à l’échelle européenne. Quel est votre avis ? 

C.C : Pour être en partie en bio sur mon exploitation, je trouve que le réglementation actuelle est assez facile à appliquer. Plus on va l’alléger, plus on prend le risque de banaliser la production bio.

Le métier d’agriculture évolue très vite, avec l’apparition de nouvelles technologies, la dérégulation des marchés, le changement climatique… L’offre de conseil des chambres d’agriculture répond-elle à ces nouveaux besoins ?

C.C : C’est difficile d’accompagner en même temps les agriculteurs qui sont à la pointe de l’innovation et l’ensemble de l’agriculture, ce qui est quand même notre mission. Certaines de nos actions peuvent paraître un peu désuètes, un peu démodées, mais elles correspondent au besoin d’une partie des agriculteurs.

En matière de recherche et innovation, dans la mesure où l’État s’est désengagé, nous sommes obligés de trouver d’autres solutions en interne, au niveau des chambres, des instituts, ou ensemble. Nous travaillons actuellement sur des partenariats, une mise en réseau de nos fermes expérimentales pour optimiser les moyens.

Est-ce que vous craignez la concurrence des entreprises privées qui proposent du conseil agricole ?

C.C : Les entreprises privées existent, je comprends qu’un agriculteur puisse être tenté. Attention de ne pas payer le service deux fois. Et attention aussi au service après-vente du conseil extérieur. Au sein des chambres d’agriculture, nous envisageons d’aller le plus loin possible dans le conseil de groupe, au meilleur rapport qualité prix possible.  Tout le monde n’a pas le même sens de la responsabilité. Moi le premier, mais les techniciens du réseau aussi, nous nous sentons engagés. Voir des jeunes en difficulté dans les premières années d’installation, cela pose un problème de conscience. C’est bien d’avoir cette réaction-là, cela montre le sérieux qu’il peut y avoir dans les chambres.

C’est vrai que dans cette crise, les jeunes n’ont pas été épargnés… Est-ce que vous envisagez de faire évoluer l’accompagnement ?

C.C : Il faudrait systématiser, dans les études économiques, des « crash test » pour simuler à froid une situation, comme celle vécue en 2016. Si un problème climatique, de marché ou de qualité survient, voire les trois en même temps, l’objectif est de savoir jusqu’où son exploitation peut résister. Cela permettrait peut-être de réviser la politique d’investissement afin d’avoir un peu moins d’amortissement les premières années.

Faut-il rendre obligatoire l’assurance récolte ?

 C.C : Tout ce qui peut sécuriser l’activité des agriculteurs est bienvenu. La question qui va rapidement se poser est de savoir comment ce genre de services sera financé. L’agriculteur peut en payer une partie mais si le prix est trop élevé, les gens ne rentreront pas dans la démarche.  

Faut-il rendre systématique l’assurance récolte ? C’est en débat. Pour prendre du recul, si l’assurance maladie n’avait pas été rendue obligatoire, qui se serait assuré ? Il faut se poser la question dans les mêmes termes. Mon intuition personnelle sur ce sujet, c’est qu’il faudrait rendre l’assurance récolte obligatoire par défaut. Nous devons être suffisamment pédagogue pour la généraliser par incitation. Et il faut convaincre les pouvoirs publics de mettre un peu la main à la poche. Il est important que l’État s’engage ou au moins cautionne les engagements qui pourraient être pris.

*organisations professionnelles agricoles

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Commentaires 5

jememare

Et pourquoi pas des réserves légales en haut de Bilan , il n'y a que l'assurance (l'administrateur GRAPAMOU qui est un agriculteur syndiqué va être content )et puis les réserves ne sont pas soumises aux cotisations MSA idem puis elles ne sont pas soumis à l'impôt .ah oui c'est vrai l'agriculture est un secteur à part il faut faire de la pédagogie parce que un agriculteur il faut tout lui expliquer car vraiment il comprend tout de travers.

PàgraT

Seuls des prix rémunérateurs obtenus par la préférence communautaire et la régulation des productions sauveront l'agriculture familiale. La fnsea elle veut sauver la technocratie. Nous paysans devons produire la tète dans le guidon,tout ce petit monde se chargeant de notre survie à nos dépens

breton

elle et ou ,la liberté de entreprendre,encore une étude supplémentaire ,et la simplification dans tous ca, a force de toutes contrôlée on contrôle plus rien,et on responsabilise plus person

DANIEL TRUILLET "LAVANDE905"

Bravo la Sarthe avec C C, une deuxième figure emblématique en moins d'une semaine, il ne manque plus que la future "Miss France" et ça fera un joli bouquet.
Au fait, combien ça peut gagner un président de l'APCA?

pietin 113

La question est donc:"comment obliger a payer une assurance ou autres CVO a des agriculteurs fauchés?"

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