Comment faire plus de blé ? selon le Dr Hélène Lucas de l’INRA

Comment faire plus de blé ? selon le Dr Hélène Lucas de l’INRA

Comment produire plus de blé sans augmenter les surfaces de la céréale la plus cultivée au monde? La science, mobilisée par le G20, se réunit mercredi à Paris pour lancer un programme international de travaux prioritaires.

"Il est temps d'augmenter la résistance et les rendements du blé pour espérer satisfaire la demande"

Dr Hélène Lucas de l'INRA

Avec 9 milliards d'individus d'ici 2050 dans le monde, de plus en plus citadins et consommateurs de pains, et les perturbations déjà sensibles du climat, il est temps d'augmenter la résistance et les rendements du blé pour espérer satisfaire la demande, insiste-t-elle.

"Les scénarios sont inquiétants. Plus on aura d'outils efficaces plus on aura de chance de répondre aux enjeux", affirme l'experte alors que cette grande culture occupe déjà plus de 215 millions d'hectares dans le monde.

Selon le Centre international pour l'amélioration des cultures du blé et du maïs (CIMMYT), la consommation de blé en Afrique est ainsi passée de 25 kilos/an et par personne dans les années 60 à plus de 50 aujourd'hui.

Approuvée en juin 2011, en marge du sommet des 20 principales économies de la planète, la "Wheat Initiative" rassemble les experts d'une quinzaine d'instituts publics et sept entreprises privées, et entend corriger "un véritable déficit de recherches sur le blé" estime le Dr Hélène Lucas de l'Inra (Institut national de la recherche agronomique), qui la préside.

L'urgence est de combler les grandes disparités de rendements pour les rapprocher de la moyenne mondiale (3 tonnes/hectares) dans les pays en développement - (la France ou le Royaume-Uni sont autour de 7 t/ha).

Hélène Lucas mise notamment sur l'agronomie: "par une bonne maîtrise des rotations, de la préparation des sols, l'apport de nutriment, en utilisant des variétés adaptées aux conditions pédoclimatiques : ce sont des progrès relativement faciles à faire" assure-t-elle.

"Un seul chromosome de blé séquencé"

Mais pour elle la priorité est une meilleure connaissance génétique de la plante qui permettrait d'avancer beaucoup plus rapidement dans la sélection de gènes résistants aux maladies et agressions climatiques.

A ce stade, indique la chercheuse, "on a un seul chromosome de blé séquencé sur 21 - le 3B identifié par l'INRA de Clermont-Ferrand en collaboration avec le Génoscope. C'est un premier pas".  Le génome du maïs est déjà séquencé, de même que celui du riz.

"Les progrès sur le séquençage du blé permettront d'être plus efficaces en sélection, si on veut augmenter de 60% la production mondiale d'ici 2050" affirme le Dr Lucas pour qui il faut mercredi "décider que d'ici 2016, on aura séquencé les 21 chromosomes du blé". Ce qui nécessitera d'y consacrer un financement global de 15,5 millions d'euros : "Il faut s'organiser pour", martèle-t-elle.

Quant au blé génétiquement modifié, les travaux de recherches avancent (en labo en France et plein champ au Royaume-Uni) mais pas la commercialisation, note-t-elle - sans douter qu'une entreprise ou une autre y viendra.

Le G20 agricole de 2011 a permis "une reprise de conscience que le blé est important", se félicite le Dr Lucas. La réunion du 15 mai doit maintenant permettre d'avancer dans l'organisation de la recherche, estime-t-elle en plaidant pour la création d'un "système d'information global dédié au blé" qui regrouperait les données aujourd'hui éparpillées afin de pouvoir les échanger et comparer.

L'Uruguay, l'Espagne et l'Irlande seront représentés et des contacts sont en cours avec l'Ukraine et le Kazakhstan, deux importants exportateurs de blé, pour élargir le projet aux pays hors du G20.

Source AFP

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Commentaires 1

MISTRAL

quelle est la part de blé utilisée directermernt pour l'alimentation humaine dans la production mondiale ?

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