[Comparateur de programmes] Qui soutiendra le mieux l’agriculture ?

Lise Monteillet

[Comparateur de programmes] Qui soutiendra le mieux l’agriculture ?

Pleinchamp a décortiqué les programmes officiels des quatre candidats en tête des sondages : Emmanuel Macron, François Fillon, Jean-Luc Mélenchon et Marine Le Pen.

Pour en savoir plus :  découvrez le programme détaillé des 11 candidats à l'élection présidentielle.

Quel modèle agricole encouragent-ils ?

paysage vert

Emmanuel Macron et François Fillon ne veulent pas prendre parti en faveur d’un modèle d’agriculture plutôt qu’un autre. Pour ces deux candidats, chaque chef d’exploitation est libre de choisir le circuit de distribution qui lui convient. Néanmoins, Emmanuel Macron propose un « plan de transformation agricole de 5 milliards d’euros sur 5 ans » qui sera réservé à « des projets de modernisation des exploitations ayant un impact positif sur l’environnement et le bien-être animal » et à « des projets de transformation privilégiant les circuits courts ». Il augmentera aussi le budget alloué aux mesures agroenvironnementales et climatiques (MAEC).

Quant à François Fillon, celui-ci souhaite « relancer des programmes de recherche et d’innovation pour l’agriculture de demain, notamment ceux concernant les nouvelles biotechnologies et l’agriculture 3.0 ». Le candidat des Républicains, comme les autres candidats, est favorable aux « circuits directs de vente du producteur au consommateur ». Il promet un crédit d’impôt et des prêts d’honneur sans intérêts ni garantie, dédiés à ces circuits de distribution.

Marine Le Pen et Jean-Luc Mélenchon refusent catégoriquement le modèle de l’agro-industrie et s’opposent à la célèbre ferme des 1000 vaches. La candidate d'extrême droite défend une agriculture familiale. Elle entend aussi promouvoir les exportations agricoles en soutenant les labels de qualité. Jean-Luc Mélenchon milite pour une « agriculture écologique et paysanne » : limitation de la surface par actif agricole, plus de bio, plus de circuits courts… 

Faut-il maintenir une politique agricole européenne ?

Drapeau européen2017

Emmanuel Macron et François Fillon veulent garder une politique agricole commune. Le candidat d’ « En Marche » insiste sur une Europe qui « protège » ses agriculteurs, par la mise en place d’outils de régulation adaptés à chaque filière. Il insiste aussi sur la nécessité de « favoriser la convergence sociale et fiscale au niveau européen » pour garantir la compétitivité des fermes françaises.

François Fillon annonce vouloir « fonder la PAC 2020 sur la gestion des risques et sur le soutien à l’investissement, en ne s'interdisant aucun mode d'intervention et en maintenant à l’euro près, le budget actuel ». Il veut que l’Europe défende ses producteurs en appliquant une « préférence communautaire ».

« Une négociation sera engagée avec nos partenaires européens suivie d’un référendum sur notre appartenance à l’Union européenne », annonce Marine Le Pen. Celle-ci promet de sortir de l’espace Schengen et de transformer la Politique agricole commune (PAC) en Politique agricole française (PAF). Elle garantit le maintien du montant de subventions, mais les critères seront fixés par la France.

Le programme de Jean-Luc Mélenchon précise qu’il faudra « sortir des traités européens » et exiger « la refondation de la politique agricole commune ». Il envisage, dans son plan A, de négocier une refondation de l’Union européenne et de soumettre au vote du peuple français la participation ou la sortie de l’UE. Dans un plan B, il propose de suspendre la contribution de la France au budget de l’Union européenne, de transformer l’euro en monnaie commune et non plus unique et de contrôler les capitaux et les marchandises aux frontières nationales. 

Quel soutien pour les Jeunes agriculteurs ? 

jeunes agriculteurs soutien

Les quatre candidats veulent soutenir l’installation en agriculture, chacun à sa manière. Emmanuel Macron a imaginé « un prêt d'honneur à la personne sans demande de garantie d’un montant de 50 000 euros maximum avec un différé de 2 ans ».

François Fillon veut instaurer « un sursis d’imposition lors de la transmission de la PME aux descendants ». Marine le Pen évoque aussi des « défiscalisations durant les premières années ».

Quant à Jean-Luc Mélenchon, il s’est fixé comme objectif de créer 300 000 nouveaux emplois à l’horizon de 10 ans, grâce à l’installation de nouveaux paysans et salariés agricoles. 

Pour ou contre les traités de libre-échange (Ceta et Tafta)?

traité libre échange

Emmanuel Macron s’est prononcé clairement en faveur du Ceta (accord de libre-échange avec le Canada) : « ce traité améliore objectivement les choses dans notre relation commerciale avec le Canada ». Concernant le Tafta (traité de libre-échange avec les États-Unis), il estime que les conditions ne sont pas remplies et que l’accord n’est pas mûr.

Dans son programme, François Fillon indique vouloir « négocier les accords d’échanges bilatéraux sur la base d’échanges équitables et sur l’équivalence des soutiens internes, tant des prix que des coûts ». Il a manifesté, à plusieurs reprises, son opposition au Tafta. Il a clarifié sa position sur le Ceta à l’occasion d’une interview sur Terre-Net : « Le Ceta est un bon accord si les règles du jeu sont identiques, et respectées par tous. Malheureusement ce n’est pas le cas, et certainement pas pour l’agriculture ».

Marine Le Pen et Jean-Luc Mélenchon refusent de manière catégorique la signature de traités de libre-échange comme le Ceta et le Tafta. Les deux candidats s’inscrivent à contre-courant en voulant instaurer des taxes à l’importation de produits étrangers.

Faut-il alléger les contrôles et les normes administratives ?

normes administratives

François Fillon est sans doute le plus revendicatif sur ce point. Il veut « simplifier drastiquement le droit des entreprises agricoles pour laisser les agriculteurs choisir librement la forme juridique de leur entreprise », « abroger par ordonnance toutes les normes ajoutées à la réglementation européenne », et encore « faire évoluer les relations entre l’administration et les agriculteurs vers une culture du conseil plutôt qu’une culture du contrôle et de la sanction ».

Emmanuel Macron évoque « un droit à l’erreur » pour les agriculteurs contrôlés. « Les contrôles opérés par les pouvoirs publics se feront non plus pour sanctionner mais pour orienter », insiste-t-il.

Marine Le Pen affirme également vouloir « simplifier le quotidien des agriculteurs en stoppant l’explosion des normes administratives ». Mais elle veut aussi défendre la qualité de l’agriculture française, grâce à des normes relatives à la sécurité sanitaire, au bien-être animal et à l’environnement.

Jean-Luc Mélenchon, en guerre contre l’agro-business, évoque un durcissement des normes concernant la production de biocarburants, les produits phytosanitaires, les OGM cachés, la souffrance animale… 

Qui veut diminuer les charges des entreprises agricoles ? 

budget

François Fillon propose un objectif ambitieux en réduisant de 35 milliards d’euros les charges et impôts pesant sur toutes les entreprises et donc les entreprises agricoles.

Emmanuel Macron annonce aussi un allègement des charges, en transformant le CICE en allègement de charges. Dans son programme, il précise : « pour les exploitations, c’est une économie de plus de 1800 euros par an et par salarié, lorsque celui-ci est payé au SMIC ».

Marine Le Pen souhaite aussi que que les petites et moyennes entreprises bénéficient d’un allègement des charges, subordonnée aux respects d’engagements en matière d’emplois, via la fusion du CICE et des autres dispositifs d'allégements de charges des entreprises.

Aucune mesure dans ce sens ne figure dans le programme agricole de Jean-Luc Mélenchon, qui s’est positionné en faveur d’une suppression du CICE.  

Fixation du prix : faut-il donner plus de poids aux producteurs lors des négociations ?

prix produits agricoles

Emmanuel Macron et François Fillon constituent les deux candidats les plus libéraux d’un point de vue économique. Néanmoins, tous deux veulent donner davantage de pouvoir aux agriculteurs lors des négociations avec les industriels de l’agroalimentaire, en les autorisant à se regrouper dans des organisations de producteurs fortes.

Emmanuel Macron annonce, par ailleurs, un Grenelle de l’alimentation qui réunira les représentants des agriculteurs, des industries de transformation, de la distribution et des consommateurs. L’objectif : définir un partage équilibré de la valeur. François Fillon propose d’encadrer par la loi la négociation des contrats entre les producteurs et les industriels.

Marine Le Pen et Jean-Luc Mélenchon évoquent tous les deux la fixation de prix minimums. Marine Le Pen lance un appel au « patriotisme économique », en faveur des produits agricoles français.  Elle prévoit, au bout de deux ans, de « fixer des prix minimums garantis par l’État, produit par produit, après négociation avec les syndicats, pour que les agriculteurs puissent vivre de leur agriculture et non pas des aides », selon son porte-parole Gilles Lebreton. Jean-Luc Mélenchon préfère le concept de « protectionnisme solidaire ». Il promet aux agriculteurs des « prix agricoles rémunérateurs, stables et protégés des aléas du marché mondial »

Pour en savoir plus :  découvrez le programme détaillé des 11 candidats à l'élection présidentielle.

Sur le même sujet

Commentaires 5

Bruno 02

Dans le programme de Macron figure le plan 0 pesticide...
Avec zéro pesticide, je fais faillite demain matin.
Vous aussi, d'ailleurs....

mulet

Le Bien être des Agriculteurs mérite un positionnement des candidats.Nous souffrons de trop de contraintes,de paperasses et de critiques.Le rapprochement entre Marine Le Pen et Brigitte Bardot doit être pris au sérieux.Les agriculteurs soignent bien leurs annimaux.Derrière les idées de bien être annimal attention aux nouvelles dérives dont nous serons encore victimes

DIGUE3942

le 25/04, il est possible de dire sans se tromper que ce sera pas macron qui défendra les paysans...

Bazilou

Superbe analyse. A lire avant d'aller voter. Bravo Pleinchamp !

1584

les promesses n'engagent que ceux qui les écoutent

Pour réagir à cet article, merci de vous identifier

Publicité

Articles les + lus

Lettre d'info

Derniers commentaires