Conduite de troupeau : Privilégier la méthode douce

Patricia Olivieri

Les travaux de Xavier Boivin, chercheur à l'Inra de Theix, l'ont conduit à une conviction : les interactions positives éleveur-troupeau sont bénéfiques à tous points de vue.

“On n'est pas du même monde, on n'a pas la même histoire mais il y a des éléments de signification et de contacts que l'animal comprend” : c'est un peu l'enseignement qu'a tiré Xavier Boivin, éthologiste à l'Inra de Theix, de ces années de recherche pour essayer de mieux cerner les relations homme-animal avec l'objectif de contribuer à transmettre aux éleveurs les moyens de travailler au quotidien avec leur troupeau en sécurité et avec efficacité. “Courir et crier pour trier les animaux, franchement c'est con, ça fait peur aux vaches et aux veaux”, illustre le chargé de recherche qui rappelle que le stress est synonyme chez l'animal de perte de production et de difficultés de manipulation et de temps d'effort accrus pour l'éleveur.

Des comportements contre-productifs

Et pour décrypter ce qui se joue entre ce dernier et son troupeau, l'Inra a d'abord tenté d'analyser comment l'animal perçoit l'homme. “Si l'homme est juste là pour donner à manger, alors on n'est pas loin d'un simple distributeur, analyse Xavier Boivin qui a passé pas mal de temps aux côtés des éleveurs. S'il est présent régulièrement sans interactions particulières, l'animal le voit de façon indifférente ou comme un élément de jeu. Enfin, si l'éleveur a un contact physique régulier avec ses vaches, alors on peut considérer qu'une relation positive d'attachement se met en place”. Ainsi, en reproduisant par brossage - notamment sous le cou - le léchage naturel des animaux entre eux, l'éleveur instaure une sensation apaisante visible à travers une position particulière des oreilles mais aussi mesurée par un abaissement de leur fréquence cardiaque. “Il ne s'agit pas de sensiblerie”, corrige le chercheur, mais bien de tordre le cou à des pratiques stéréotypées mais stériles pour l'élevage et le bien-être animal. Xavier Boivin recommande ainsi de chercher à comprendre pourquoi un animal donne un coup de pied avant de le punir d'un coup de bâton : “Si c'est un animal vicieux, c'est normal de réagir, mais si l'animal a été surpris ou qu'il a eu peur, il risque de mémoriser ce contact aversif”. Autre préconisation de l'éthologiste : éviter les gestes amples et rapides. “Les bovins regardent beaucoup plus ce que l'on fait avec notre corps qu'avec notre voix. Si l'éleveur est énervé, pas sûr de lui, qu'il multiplie les gestes, l'animal se demande ce qu'il veut”, indique X. Boivin. Lui conseille en la matière de s'inspirer, une fois n'est pas coutume, du modèle féminin. “Les filles manipulent mieux que les hommes, elle ne sont pas sur la puissance ni sur la force”.
Plus d'infos à lire cette semaine dans L'Union du Cantal.
Droits de reproduction et de diffusion réservés.

Source L'Union du Cantal

Sur le même sujet

Articles publiés par ce partenaire

Commentaires 0

Pour réagir à cet article, merci de vous identifier