Congrès de la Confédération paysanne: le "revenu paysan" au coeur des débats

Congrès de la Confédération paysanne: le "revenu paysan" au coeur des débats

La Confédération paysanne, troisième syndicat agricole français, réclame "des lois-cadres permettant de redonner un revenu aux paysans par des systèmes de fixation des prix" et préconise de "produire moins mais mieux", a déclaré son porte-parole Laurent Pinatel à l'AFP à la veille de son congrès national.

Ce congrès bisannuel réunit mercredi et jeudi 400 délégués à Muzillac (Morbihan) sur le thème du revenu paysan. La CP est la troisième syndicat représentatif chez les agriculteurs avec 18,5% des voix aux dernières élections professionnelles en 2013, derrière la FNSEA (53,4%) et la Coordination rurale (20,5%). A treize jours de l'élection présidentielle, son porte-parole a appelé de ses voeux une agriculture tournée vers la qualité plutôt que la quantité, dans un entretien accordé à l'AFP:   

Q/ Dans quel état d'esprit abordez-vous ce congrès?   

R/ C'est le dernier congrès avant les élections professionnelles de 2019. Nous sommes déterminés à peser dans le débat politique pour réfléchir à des solutions, alors que la crise frappe tous les secteurs depuis maintenant deux ans.   

Q: Que proposez-vous comme solution?   

La solution, c'est de changer de politique agricole, puisque l'agriculture est extrêmement administrée. Je pense à des systèmes un peu plus protégés; par exemple sur le lait, nous pourrions aller vers plus de régulation au niveau européen, vers une organisation plus forte des marchés pour garantir une non surproduction, donc un revenu correct.   Au niveau national, je pense à des lois-cadres permettant de redonner un revenu aux paysans par des systèmes de fixation des prix. On pourrait indexer les prix agricoles sur le prix de la main d'oeuvre, de l'énergie, de la matière première, bref sur les coûts de revient des paysans.   

Q: voit-on enfin arriver une sortie de crise dans certains secteurs?   

R: Non, sur le porc, les débouchés se sont refermés. On ne voit pas d'amélioration sur le lait car il y a des stocks monstrueux de poudre de lait, donc une surproduction. Il y a plein de fruits et légumes à des prix très bas venant d'Espagne, où des gens travaillent dans des conditions sociales inacceptables. Sur les céréales, il y a eu une très mauvaise récolte avec un marché mondial saturé, etc. Produire beaucoup et exporter sur le marché mondial ne rémunère pas les paysans français. Mais l'agriculture de qualité, elle, se porte bien. Est-ce qu'il ne faudrait donc pas faire en sorte de produire moins mais mieux ?   

Q: Que pensez-vous des programmes agricoles des candidats à la présidentielle ?   

R: Il faut désintensifier l'agriculture, passer d'un modèle ultra-intensif vers un modèle plus respectueux des rythmes des saisons, des potentialités climatiques et agronomiques. Mais il faut aussi un plan d'urgence immédiat pour ramener de l'argent dans les fermes. Nous devrions taxer l'agroalimentaire pour financer ce plan d'urgence. Les programmes qui préconisent une politique agricole commune favorisant la qualité, l'accompagnement public pour une transition vers l'agriculture biologique, l'organisation de l'agriculture autour de la question de l'alimentation sont proches des idées que nous portons. Il faut aussi retravailler sur les contrats qui régissent les relations commerciales entre producteurs et grands transformateurs.   Il y a 400.000 paysans en France. Il nous semble qu'on peut se fixer à très court terme l'objectif de 500.000 voire 600.000 pour produire une agriculture de qualité.   

Q: donner un revenu aux paysans, est-ce la priorité du congrès?   

R: Oui, comment on peut arriver à redonner un revenu aux paysans, à leur redonner de la reconnaissance. (...) Les paysans ont perdu peu à peu leurs revenus. Mais ils en viennent à s'imaginer que c'est une situation normale compte-tenu de la crise.

Source AFP

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