Contraintes : plus de 30 millions d’euros de charges pour le Cantal

P.Olivieri

Contraintes : plus de 30 millions d’euros de charges pour le Cantal
Pour Jérôme Volle, viticulteur en Ardèche et administrateur de la FNSEA, il faut tout faire pour qu’on ne “parle pas de l’agriculture dans 30 ans comme du textile français aujourd’hui”. - P.O

Le syndicat agricole cantalien a chiffré l’impact du carcan réglementaire franco- français pour les agriculteurs cantaliens. Impossible dans ces conditions de rester compétitifs.

Près de 15 millions d’euros d’investissements improductifs et 16,5 millions de coûts annuels : c’est selon les estimations de la FDSEA du Cantal le poids de six contraintes administratives, réglementaires ou environnementales qui pèsent sur la compétitivité de l’élevage cantalien. Aux grands discours, la fédération syndicale a préféré une démonstration chiffrée pour dénoncer le carcan qui freine la production agricole et plombe le moral des agriculteurs. Loi sur l’eau, directive nitrates, régulation insuffisante des prédateurs et nuisibles, compte pénibilité pour les employeurs, plafonnement du chargement de l’ICHN(1), non respect des modes d’élevage traditionnel avec la fin des dérogations pour la non attache des animaux en agriculture biologique... : pour les neuf membres du groupe rapport d’orientation, ce ne sont que quelques exemples d’une longue liste qui appelle un “choc de simplification” qui se fait plus que désirer. Avant d’exposer leurs propositions d’allègement, ils ont souhaité donner la parole à Jérôme Volle, administrateur de la FNSEA, Jacques Mézard, sénateur, et Bruno Dufayet, membre du groupe d’éleveurs témoins à Interbev sur les chances de voir aboutir leur revendication : “Basta les contraintes”.
 
La France championne du monde ès normes

“En termes de production de textes, nous devons être les champions du monde que ce soit au niveau législatif ou réglementaire”, a reconnu Jacques Mézard. “On entend qu’il faut simplifier, alléger, mais concrètement, tous les jours, on ne voit aucune éclaircie. Dans un monde de plus en plus concurrentiel, on ne peut pas courir un 100 mètre avec les pieds entravés, c’est aujourd’hui un sentiment très fort partagé même si ce ne sera pas facile de changer de cap”, a relevé le parlementaire, reconnaissant avoir eu un seul regret au cours de son mandat : avoir voté la loi sur le Grenelle de l’environnement. Une simplification qui pour l’élu doit aussi s’accompagner d’une certaine flexibilité dans l’application locale des textes. Dont acte, mais comment se faire entendre des pouvoirs publics alors que c’est “la démocratie participative ou plutôt l’anarchie organisée qui marche le mieux aujourd’hui”, a interrogé Joël Piganiol, secrétaire général de la FDSEA en référence, entre autres, au barrage de Sivens. “Sivens, c’est un recul parfaitement symptomatique et inacceptable de la République. Il faut avoir le courage politique de lutter contre ces groupuscules qui se permettent tout et n’importe quoi. (...) C’est aussi un combat local : combien de projets sont bloqués dans ce département par quelques individus ?”

Nostalgie décroissante

Des propos largement applaudis par les 250 paysans présents tandis que l’Ardéchois Jérôme Volle dénonçait “un certain nombre de citoyens, pas nombreux, qui veulent faire reculer la France et faire revenir les paysans aux boeufs avec la charrue derrière”. Car le débat est bien là aujourd’hui, entre une activité économique prise dans l’étau des contraintes et une société urbaine nourrie au discours de mouvements écologistes et welfaristes militant pour les circuits courts et le végétarisme tout en contribuant à cale, comme l’a dénoncé Patrick Bénézit. “Je ne voudrais pas que dans 30 ans on parle de l’agriculture française comme on parle du textile français”, a abondé Jérôme Volle. Ce dernier a appelé par ailleurs sur le dossier de l’emploi à ne plus faire peser l’effort de financement du modèle de sécurité sociale sur  les employeurs mais à transférer cette charge par une taxe sur les produits importés (TVA sociale). Quant au manger français revendiqué le 5 novembre partout à travers l’Hexagone par les agriculteurs, la cause ne semble pas un voeu définitivement pieux, malgré les relais tendancieux d’une certaine presse parisienne, a estimé Bruno Dufayet citant le fait que les trois quarts des Français souhaitent acheter des produits hexagonaux, quitte à les payer plus chers.

 

(1) Indemnité compensatoire de handicaps naturels.

 

Droits de reproduction et de diffusion réservés.

Sur le même sujet

Articles publiés par ce partenaire

Commentaires 0

Pour réagir à cet article, merci de vous identifier