Contrats Lactalis : le temps travaille pour les producteurs

UAR (L'Union Agricole et Rurale) 15

Claude Bonnet
P. Olivieri

Les groupements de producteurs Lactalis appellent à ne pas signer la nouvelle version de contrat proposée par l’industriel.

Signer ou ne pas signer, that is the question. Si on estloin du dilemme shakespearien, les producteurs de lait livrant à Lactaliss’interrogent depuis le courrier que leur a adressé le groupe industriel le 7octobre. Une lettre dans laquelle le leader mondial du marché laitier (13,6milliards de litres de lait collectés en 2010) annonce posément l’arrivéeprochaine dans leur boîte aux lettres d’une proposition de contrat individuelintégrant “les éléments positifs qui ont fait l’objet d’un consensus (NDLR :avec les groupements de producteurs)”. Un courrier dont Claude Bonnet,président du syndicat des producteurs de lait de la Châtaigneraie livrant àValmont (Lactalis) et représentant des groupements du bassin laitierAuvergne-Limousin, a toujours du mal à digérer comme ses collègues de lacentaine de groupements fédérant les “producteurs Lactalis” qui se sontstructurés dans l’Hexagone. “Au début, les négociations qui ont commencé avecLactalis début juillet se sont relativement bien passées tant qu’on est restésur des points très techniques et tant que n’a pas été abordé le pointessentiel d’achoppement : la signature tripartite des futurs contrats (NDLR :entreprise/ producteur/groupement), explique Claude Bonnet. Mais lors des deuxdernières réunions, les positions de Lactalis se sont durcies et le 27septembre, on a clairement compris qu’ils voulaient en finir le soir même sansrien lâcher sur le caractère tripartite des contrats.”

Surtout, “ne pas signer”

Face à cette position tranchée,la délégation de groupements a choisi d’ajourner les négociations sans se douter que ses interlocuteurs allaient quelques jours plus tard prendre la plume pour annoncer aux producteurs que “le chantier de la contractualisation est désormais finalisé”, s’engageant clairement dans une partie de poker menteur et une course contre la montre. “L’objectif de Lactalis est de boucler au plus tôt ce dossier avant que ne paraisse le décret reconnaissant les organisations de producteurs (OP) promis d’ici la fin d’année”, analyse Claude Bonnet. Si ce décret n’imposerait pas aux entreprises d’associer à la signature des contrats les groupements de producteurs ainsi reconnus OP, il conforterait ces derniers en leur confiant un mandat de facturation et déplacerait le rapport de force. Impensable pour le groupe Lactalis qui, selon le président du syndicat de Châtaigneraie, n’a jamais reconnu aux producteurs ni à leurs groupements le droit de négocier : “Ça transpire dans le courrier, à aucun moment le mot négociation n’apparaît, Lactalis ne parle toujours que de discussions.” Du côté des groupements, pas question de renoncer à cette signature tripartite : “C’est la garantie que tous les contrats proposés seront les mêmes, quelle que soit la localisation des producteurs. C’est particulièrement important dans nos zones difficiles”, souligne Claude Bonnet qui fait remarquer que les producteurs qui se sentent aujourd’hui le plus en danger sont ceux des fonds de vallée et/ou disposant de petits quotas. “C’est eux qui auront le plus besoin du poids des OP”, fait valoir le responsable cantalien. Aussi, ce dernier appelle les producteurs du département à ne rien signer : “Il n’y a aucune urgence, ni date butoir légale à signer, la seule échéance qui nous est finalement imposée c’est celle de la fin des quotas...”,expose C. Bonnet pour qui la balle est dans le camp de Lactalis, aujourd’hui isolé dans sa position, Danone, Bongrain et Senoble ayant eux accepté un contrat à trois parties. “Seule la non signature des contrats ramènera Lactalis à la table de négociations”, assure-il.

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Commentaires 1

ESCLAVE

Pourquoi le ministre LEMAIRE a souhaité une telle précipitation à vouloir faire signer des contrats en l'absence de décret ; quel accord ou promesse a t-il fait avec les entreprises?

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