Crise agricole: la grande distribution reste dans le viseur à l'issue des négociations avec l'agro-industrie

Crise agricole: la grande distribution reste dans le viseur à l'issue des négociations avec l'agro-industrie

Intimidations, défilé de gros bras, exigences de rabais, l'industrie agro-alimentaire et les coopératives agricoles ont mal vécu les négociations 2016 avec la grande distribution, dont elles dénoncent les méthodes, "pires qu'en 2015", à part peut-être dans le lait.

Mardi, le secteur laitier, traversé par une grave crise, estimait en effet s'en être sorti sans trop de dégâts. "On comptera les sous", prévenait toutefois la Fédération des producteurs (FNPL). Huit heures après la clôture lundi soir des négociations tarifaires annuelles entre les distributeurs et leurs fournisseurs, le ministre de l'Agriculture se montrait plutôt rassurant, en annonçant qu'il n'y avait pas eu de nouvelles baisses des tarifs sur le lait, alors que, selon les éleveurs, les distributeurs réclamaient encore début février des baisses de 10% à 15%. "On arrête cette spirale à la baisse", a affirmé Stéphane Le Foll.

La FCD, fédération représentant les principales enseignes de grande distribution, a confirmé ces propos, indiquant que les négociations avaient débouché "sur une stabilité moyenne des prix de base du lait". "On savait que ça se passait correctement", explique-t-on à la FNPL, en citant la "Charte de bonnes pratiques", signée récemment par les enseignes. "Maintenant on attend du concret". Car du côté des Coopératives laitières (près de la moitié de la production française), la réaction était nettement plus nuancée : leur président Dominique Chargé craint un retour de bâton sur les marques distributeurs (MDD), exclues des négociations.

"On nous a fait savoir au milieu des discussions que si on obtempérait pas, on allait nous matraquer sur les MDD", indique-t-il. Selon lui, les distributeurs menacent "d'aller s'approvisionner en Europe du Nord", où le lait est moins cher et d'où les importations ont bondi de 16% en 2015. Au Salon de l'Agriculture, les éleveurs laitiers ont tendu une banderole noire, informant les visiteurs que la brique de lait vendue 1 euro leur est payée 28 centimes.      

les exigences de "minuit moins cinq"

"Jusqu'à minuit moins cinq, on a eu des exigences de baisse de moins 6%!" s'insurge le président de l'Association nationale des industries alimentaires (ANIA) Jean-Philippe Girard. "Déflation des prix et inflation de promotions, c'est terrible et ça va laisser des traces", prévient-il.   "On a recensé plus de 300 signalements de demandes abusives", assure-t-il en dénonçant les "intimidations, violences verbales, les acheteurs qui arrivent à cinq face à un ou deux commerciaux". "Ce matin, une entreprise m'a indiqué qu'elle avait deux commerciaux sur le flanc et une démission", poursuit-il.

"Dans une négociation, on a l'habitude des pressions au début, mais cette année, la tension ne s'est jamais relâchée". "Ce sont des propos outranciers, sans fondement et totalement déconnectés de la réalité", a réagi la FCD. M. Girard a dénoncé aussi l'extrême concentration des centrales d'achat qui à elles quatre représentent 93% de la grande distribution. "On ne peut pas continuer comme ça, on ne va quand même pas mettre un flic derrière chaque négociation", juge-t-il. "Ce n'est pas une guerre des prix, mais une guerre pour les parts de marché entre les enseignes".

La révision de la Loi de modernisation agricole (LME), qui a libéralisé le cadre des négociations commerciales, n'est pas forcément une solution, estime l'industriel. "Aujourd'hui on est sur du sable, faire une loi sur du sable ne sert à rien". Il plaide plutôt pour un "état des lieux d'urgence", ce qu'a prévu Emmanuel Macron, ministre de l'Économie, en commandant un audit sur la LME dont les résultats sont attendus avant l'été.

Samedi, François Hollande avait prévenu les distributeurs que leur comportement "conditionnerait une révision de la LME avant l'été". Lundi, le Premier ministre Manuel Valls avait aussi appelé les enseignes à "faire preuve de responsabilité". "Les transformateurs disent que ça ne se passe pas bien, ça peut aussi leur permettre de payer moins cher leurs fournisseurs", remarque la FNPL.   Et pour Stéphane Le Foll, c'est aussi là le problème: "Aujourd'hui il n'y a personne pour assumer une part de responsabilité: tout le monde considère sa petite opportunité, ses petits intérêts avant l'intérêt général", a-t-il dit sur France Culture.

Source AFP

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