Crise agricole : « ne plus payer la TVA »

Crise agricole : « ne plus payer la TVA »

Tel est le mot d’ordre lancé le 3 août par des responsables syndicaux de la Haute-Saône. La crise est sans précédent : "au mois de septembre, deux tiers des exploitations seront en cessation de paiement dans le département", selon la FDSEA.

« La valeur ajoutée n’existe plus chez les producteurs, donc ils ne paieront plus la TVA, cette taxe sur une valeur ajoutée virtuelle », explique Sylvain Crucerey, le président de la FDSEA de Haute-Saône. « Depuis plus d’un an, les agriculteurs ne vivent plus de leur métier », poursuit-il. Dans ce département, les trois productions majoritaires sont le lait, la viande et les céréales. Toutes subissent une crise « sans précédent », selon le président. Celui-ci prévient: « au mois de septembre, deux tiers des exploitations seront en cessation de paiement ».

50 millions d’euros de perte

Selon le communiqué cosigné par la FDSEA, JA et la FDPL*, « les producteurs de lait ne couvrent plus leurs coûts de production et perdent sur chaque litre de lait produit 8 centimes d’euro ». Même constat en viande, où « les prix à la production ont baissé de 15 % en un an ». Les récoltes de céréales, catastrophiques, ont fini de noircir le tableau, « avec des rendements les plus faibles depuis l’après-guerre ». En une année, la ferme haut-saônoise aurait perdu 50 millions d’euros. 

Plus possible d’investir

Deux évolutions réglementaires inquiètent particulièrement les agriculteurs du département : la révision des zones défavorisées simples et des zones vulnérables de la directive nitrates. Les agriculteurs pourraient perdre l’accès à certaines aides, comme l’ICHN ou les prêts bonifiés JA. Ils seraient aussi contraints à réaliser de nouvelles mises aux normes, notamment d'augmenter leur capacité de stockage d'effluents. « Au total, l’incidence serait de 50 000 à 70 000 € par exploitation », estime Sylvain Crucerey. Il s’interroge : « dans ce contexte, comment obliger les agriculteurs à reconstruire leur fosse à lisier ? ».

Des explications pour les fournisseurs

Le président de la FDSEA lance aussi un appel aux entreprises agricoles : « Il faut qu’elles se rassemblent avec les agriculteurs pour demander à l’État de faire quelque chose ». Pour Jean-François Bassinet, éleveur à Beaumotte-Aubertans, si l'idée se tient, elle pose le problème de la relation avec les fournisseurs: "Ils sont conciliants aujourd'hui, alors qu'on n'arrive déjà plus à payer les factures, même hors taxes, et c'est eux qui vont devoir être intermédiaires." "On l'expliquera à nos fournisseurs", réagit Julien di San Antonio, du Groupement agricole d'exploitation en commun (Gaec) qui accueille la réunion. "Mais on va le faire pour faire réagir l'État".

A l'échelle nationale, le président des Jeunes Agriculteurs a déjà prévenu que son organisation soutiendrait le mot d'ordre. "Nous en voulons beaucoup aux industriels (...) mais l'État doit aussi montrer la voie. Tout n'a pas été fait pour rééquilibrer les tarifs", estime Jérémy Decerle.

*fédération départementale des producteurs de lait 

   

Source Lise Monteillet, avec AFP

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Commentaires 21

marteau123

Ne transmettez pas vos exploitations à l'agrandissement. Dans l'avenir les repreneurs seront dans la meme situation.Plantez des arbres,la diminution des MINERAIS ne fera pas rire l'agroalimentaire et la grande distribution .Si les conditions météo défavorables s'en mêlent au niveau national,européen ou mondial ,bonjour les dégâts.

@benzatte

oui c'est vrai tout le monde peut changer de profession , et meme les 6 millions de chomeurs peuvent retrouver un emploi....
ineluctablement certains quitteront le metier , le tout c'est de ne pas le faire quand la maison est saisie , femme et enfant partis

fairytales

@ geo
c 'est une evidence en France la consommation de lait baisse de 3% par an , on peut faire les fiers a bras a l'export on le voit on ne sera jamais conccurentiel
il est raisonnable en lait comme en cereales de proposer un quota de production avec un prix de marché interieur, la surproduction serait penalisé
il faut juste sortir du mythe de l'agriculture entrepreneur qui doit nourrir le monde , commencons donc par gagner notre vie , il faut faire prevaloir en echange d'engagement environnementaux que prevalent les prix d'un marché interieur pour des raisons environnementales

benzatte

Après si ca prend trop la tête...rien n'est interdit !

tout le monde peux changer de professions et hop ! plus de soucis ! ^^

geo

Excusez moi mais je ne vois pas en quoi ne plus payer la TVA débit résoudra le problème. Vous allez tous vous retrouver avec des débits TVA en fin d'année et là où l'Etat vous reversait un crédit, vous devrez désormais lui verser de l'argent, donc prévoyez des réserves de trésorerie au moment de vos déclarations TVA...A mon sens, mesure inutile voire dangereuse.
Aussi, avant de trouver aux coop un rôle de coupable exclusif, mobilisez-vous de manière solidaire. En 2009, on protestait car le prix du lait était à 320€. Aujourd'hui, il est à 260€, toutes les productions souffrent... et rien ne bouge. Pourquoi? N'existerait-il plus aucune cohésion dans le monde paysan?
La piste de la surproduction avancée par certains est loin d'être déconnectée. Même si on n'atteint pas notre quota au niveau national, rappelons que le quota était déjà calculé sur des bases de surporduction et que la consommation de lait est sans cesse en déclin.

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