Crise financière : Quelles conséquences sur les cours des matières premières agricoles ?

Michel Portier, fondateur d'Agritel

Crise financière : Quelles conséquences sur les cours des matières premières agricoles ?

La crise financière revient sur le devant de la scène, le mois de septembre est d'ores et déjà le mois de tous les dangers... Michel Portier, directeur d'Agritel analyse les conséquences pour les marchés de matières premières agricoles.

La crise financière revient sur le devant de la scène, entre difficultés politiques à résorber définitivement la crise des dettes publiques et dégradation de l'environnement macroéconomique, notamment aux États-Unis.

Le mois de septembre est d'ores et déjà le mois de tous les dangers avec son lot de turbulences : sur les indices boursiers d'une part (- 8.6 % sur l'Eurostoxx 50 entre le 31 août et le 5 septembre), sur lesquels pèsent lourdement les incertitudes du secteur bancaire, sur les marchés obligataires d'autre part. Quelles conséquences pour les marchés de matières premières agricoles ?

Première hypothèse : les commodities en tant que valeurs refuges

Première hypothèse, les acteurs financiers se tournent vers le secteur des commodities en tant que valeurs refuges et on assiste à une dé corrélation entre ces deux compartiments. Cela a été constaté au cours du mois d'août qui a vu le CAC 40 céder plus de 11 % alors que le GSCI ( Goldman Sachs Commodities Index ) ne cédait que 1.7 %. Parmi les cours des matières premières, les produits agricoles ont surperformé durant août à l'image du soja, du maïs et du blé qui progressaient chacun de plus de 10 %. L'explication de cette progression tient dans l‘analyse des fondamentaux avec une situation climatique très pénalisante, notamment sur le maïs aux Etats unis, où la sécheresse du mois de juillet conduit à constater un bilan très tendu sur ce produit.

Deuxième hypothèse : la crise impacte la demande, les cours chutent

Deuxième hypothèse, la crise financière est très violente au point d'impacter la demande, y compris sur des biens de première nécessité tels que les matières premières agricoles. Dans ce contexte on assisterait alors à terme à un repli des cours. Pour mesurer l'ampleur de ce repli il faut estimer l'élasticité prix demande et analyser séparément les 3 débouchés essentiels, que sont l'alimentaire, l'alimentation animale et l'industrie (y compris les biocarburants). Si sur le premier secteur la demande est quasiment incompressible, sur l'alimentation animale et l'industrie l'impact d'une crise mondiale se ferait largement ressentir.

Dans le cas du blé, 70 % environ de la consommation est à destination humaine au niveau mondial, 17 % étant pour la filière animale et seulement 3 % pour l'industrie. Il en est tout autrement sur le maïs puisqu'aux Etats-Unis par exemple, premier producteur mondial, ce sont plus de 40 % qui vont dans la filière biocarburants. Les conséquences d'une crise financière majeure auraient de ce fait un impact beaucoup plus important sur les cours du maïs que sur ceux du blé. Toujours est-il qu'il faille surveiller dans ce contexte l'attitude des fonds sur ce secteur. Cela se mesure par la position ouverte qu'ils détiennent produit par produit. Cela est possible grâce aux données fournies par la CFTC (Commodities Futures Trade Commission). Ainsi on peut constater sur le mois d'août qu'ils ont globalement augmenté leurs positions longues (c.à.d. aux achats) en moyenne de + 35 % sur le maïs, sur le soja de + 300 % alors qu'ils ont réduit ces mêmes positions de 50 % en blé.

La réduction de l'offre a été l'élément clé.

En conclusion, on peut estimer que sur le mois d'août les fondamentaux ont été directeurs dans la structure d'évolution des cours à la hausse des matières premières agricoles et que les fonds n'ont fait qu'accompagner un mouvement naturel. La réduction de l'offre a été l'élément clé. De là à conclure que la crise financière du mois d'août n'a été qu'un épi phénomène, il n'y a qu'un pas.

Une crise majeure sur l'économie mondiale conduisant à une récession impacterait cette fois-ci la demande avec pour conséquence immédiate un repli des cours des commodities. La convergence entre baisse des cours des commodities et baisse des marchés actions ou obligataires serait alors un signe probant que nous entrons dans une crise durable. A l'inverse une divergence des cours ne pourrait qu'être momentanée et les arbitragistes trouveraient en cela une bonne occasion pour gérer le risque de leur portefeuille.

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