Crise ou pas : « continuer à encourager les jeunes à s’installer » (Jeunes agriculteurs)

Lise Monteillet

Crise ou pas : « continuer à encourager les jeunes à s’installer » (Jeunes agriculteurs)

Nouvellement élu à la tête du syndicat Jeunes agriculteurs, Jérémy Decerle s’exprime sur sa vision de l’agriculture.

Le parcours à l'installation est parfois comparé à celui du combattant. Comment s'est passé le vôtre?

Jérémy Decerle : Je n'ai jamais pris ça pour un parcours du combattant ! Chez Jeunes agriculteurs, nous essayons d’ailleurs de bannir le mot « parcours » de notre vocabulaire pour parler de « dispositif d'accompagnement à l'installation ». Quand j'ai fait le choix de m'installer, après un bac professionnel, je suis parti faire un stage de six mois à l'étranger, au Brésil sur une exploitation laitière, ainsi qu’un stage préparatoire à l'installation qui était de 40 heures. Je me suis installé en 2008, j'ai repris l'exploitation de mon père qui est décédé la même année. J'élève une cinquantaine de vaches allaitantes et leurs suites, sur une centaine d'hectares. Je travaille en individuel, avec un salarié.

Administrativement, cela peut être complexe de s’installer. Mais il nous paraît normal de demander au porteur de projets d’acquérir des compétences, s’il souhaite obtenir, en échange, des aides publiques.

Beaucoup d’agriculteurs traversent une crise profonde des revenus. Est-ce que vous encouragez toujours les jeunes à s'installer et sur quels types de projets ? 

J.D : Nous allons continuer à encourager les jeunes à s'installer, dans la mesure où l’élaboration d’une étude économique, qui fait partie du dispositif d’accompagnement, leur permet d'avoir un minimum de visibilité.  Mais nous ne sommes pas naïfs, la fluctuation des prix, trop souvent à la baisse, peut dénaturer l’étude.  Le syndicat JA veut des exploitations viables, vivables et transmissibles. Nous ne défendons pas un type d’installation plutôt qu’un autre.

Vous comptez sur le projet de loi Sapin 2 pour améliorer les conditions de contractualisation ? 

J.D : Les filières doivent s’engager auprès de la profession de manière plus poussée pour donner de la visibilité aux jeunes, notamment au travers des contrats. Nous sommes favorables au fait que les contrats puissent être aussi gérés aussi par les organisations de producteurs. Nous sommes convaincus que la contractualisation doit aller de la production à la distribution. Les contrats doivent mettre en avant des indicateurs de coûts de production. Aucune entreprise ne peut survivre sans répercuter son coût de production. Le malaise paysan part un peu là. Le projet de loi Sapin 2 doit aussi nous permettre de retrouver un peu plus de poids dans les négociations commerciales.

Le foncier est aussi un frein majeur à l’installation…

J.D : Dans la gestion du foncier, nous avons laissé faire des montages sociétaires scabreux qui échappent au contrôle des structures. Tous les sept ans, nous perdons l’équivalent de plus d'un département en terres agricoles. Si, en plus, nous devons faire face à des investisseurs étrangers, qui contournent le contrôle des structures... Nous avons besoin de retrouver de la cohérence dans la législation. Il faut redonner du poids à la Safer, qui n'est pas au courant de tout ce qui se passe, pas plus qu’elle n'a la possibilité d'intervenir. Nous voulons aussi renforcer les commissions départementales qui donnent les autorisations d'exploiter (CDOA structure). Cela fait partie des sujets que nous avons récemment évoqués avec Stéphane Le Foll.

Vous travaillez également, avec le ministère de l’Agriculture, sur l’évolution des prêts bonifiés réservés aux JA?

J.D : Les prêts bonifiés ont du plomb dans l’aile, car les taux d’intérêt actuels sont bas et leur durée a été réduite à cinq ans. Nous travaillons sur un dispositif alternatif. Cela pourrait consister en une modulation supplémentaire de la Dotation jeunes agricoles (DJA), toujours conditionnée à un minimum de coût de reprise de l’exploitation. Les régions de France sont autorités de gestion mais nous voulons que l’argent reste cadré nationalement, pour une équité de traitement entre chaque jeune.

Vous êtes éleveur de bovins. Comment percevez-vous les projets d’accords de libre-échange avec les Etats-Unis, le Canada et l’Amérique latine ?

J.D : Nous nous sentons vraiment mis à l’écart de ces négociations. Cela laisse la place à toutes les craintes du monde. En termes de compétitivité, les agriculteurs de ces pays ne sont pas soumis aux mêmes contraintes que nous. En outre, on ne vend pas des avions de chasse contre de la viande bovine, quand un milliard de personnes ne mangent pas à leur faim. 

Autre sujet d’actualité : faut-il interdire les néonicotinoïdes et le glyphosate?

J.D : Il faut gérer cela de manière pragmatique et ne pas interdire tel ou tel produit du jour au lendemain, sans concertation. Analysons l’impact économique sur les exploitations et mettons de l’énergie dans la recherche d’alternatives.

Ségolène Royal tweete sur la mortalité des abeilles ces vingt dernières années à cause du glyphosate. On a perdu aussi plus de 500 000 paysans, cela a l’air de lui poser moins de problème. Un paysan pendu au bout d’une corde, ce n’est pas joli non plus. Nous ne sommes pas résignés pour autant, nous allons continuer à nous battre pour notre métier.

 

 

 

 

 

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Commentaires 1

marin 347

sa sert a rien de les envoyer au casse pipe travailler pour crever et travailler pour gagner moins laissons le france se dermerder toute seule puisque ons est dirigée par une bande de bon a rien de rond de cuir qui savent tout laissons les faire

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