Cuniculiculteur : Un projet bien mijoté

Thierry Guillemot

Cuniculiculteur : Un projet bien mijoté

Dominique Massart a mijoté son projet d'installation en lapin pendant 5 ans. Cuniculiculteur depuis avril 2007, il ne regrette pas son choix malgré une conjoncture délicate.

Normandie Lapin tient son assemblée générale, demain 23 avril, à Bagnoles de l'Orne. Christophe Pajot, directeur de SNV (principal client du groupement) fera un point de situation du marché. En attendant, rencontre avec Dominique Massart, 448 cages-mères à Foulognes (14).

320 000 e d'investissement hors foncier

Après 17 années passées
au service comptabilité de la FD Cuma du Calvados, Dominique Massart s'est installé jeune agriculteur à 40 ans moins 10 jours. C'était en avril 2007. “J'ai toujours aimé les lapins. Petit, j'en vendais même,” se souvient ce natif du Pas de Calais qui a mijoté son projet pendant 5 ans.Les travaux démarrés en décembre se sont achevés en avril : 320 000 e d'investissement hors foncier pour un outil de 448 cages-mères. “Dominique fait partie des derniers installés du groupement”, explique Philippe Poret, président de Normandie Lapin. Un sacré challenge puisqu'en 6 ans, et avec l'envolée du prix des matériaux, le prix de revient d'un tel outil a grimpé de 30 %. Autre envolée : celle des matières premières agricoles et donc du coût de l'aliment lapin (qui représente 50 % du total des charges). Pour Dominique, en 2008, la facture a grimpé de 55 e/t soit 13 750 e à la fin de l'exercice. Conséquence, l'EBE (Excédent Brut d'Exploitation) oscille entre 48 000 e et 44 000 e. En 2009, il a baissé de 12 %.

1 500 e à 1 600 e de revenu mensuel

Mais Dominique Massart ne se plaint pas. Son EPI (Etude Prévisionnelle d'Installation) tablait sur un revenu mensuel de 1 000 e. En 2009, il a dégagé de 1 500 à 1600 e. “Je n'ai pas perdu de pouvoir d'achat par rapport à mon statut de salarié”, se satisfait-il. Il faut chercher les explications du côté des bons résultats technico-économiques. Une combinaison entre un outil plus onéreux mais aussi plus performant (système “tout plein/tout vide”) et le savoir faire de l'éleveur. A Foulognes, on produit 16,74 kg/IA (Insémination Artificielle), la moyenne du groupement est à 15,45 kg. La marge brute sort à 12,80 e/IA (10,11 pour le groupement), l'IC (Indice de Consommation) à 3,28 (contre 3,66). “Si j'étais dans la moyenne, j'aurais des difficultés de remboursement d'annuités”, reconnaît-il. Un groupement à qui il doit aussi ses performances. “Que ce soit sur des questions d'alimentation, de génétique, des questions sanitaires (...), les techniciens et vétérinaires conseils de Normandie Lapin sont très pointus et réactifs”, insiste-il. Normandie Lapin gère également le calendrier des enlèvements et la facturation. Le groupement a par ailleurs mis en place un système de lissage saisonnier des prix afin d'éviter les soubresauts dans la trésorerie. “On sert un peu de banquier”, s'amuse son président.

De l'automatisation mais une astreinte quotidienne

Installé individuellement, Dominique Massart fait appel aux bonnes volontés familiales à l'occasion des pointes de travail. Notamment au moment des enlèvements. “Une bande de 6 semaines, c'est 3 semaines intenses suivies de 3 semaines plus calmes. Il faut s'organiser”, recommande-t-il. Faire faire même, puisqu'il s'attache les services d'une entreprise de nettoyage. Il est aussi équipé d'un automate de distribution des aliments qui gère aussi ventilation et température. Il a également investi l'an dernier dans un groupe électrogène et a en projet un système d'alarme. Question sécurité mais aussi une façon de soulager les astreintes quotidiennes (2 heures minimum). C'est un peu le point faible de son système. “Si c'était à refaire, je ferai plus grand pour pouvoir disposer d'un salarié saisonnier”.

Maîtriser la production

Mais la tendance n'est pas au développement de la production. “Notre politique, c'est mettre en phase l'offre avec le marché, insiste Philippe Poret, depuis 2007, ni création ni agrandissement à notre échelon”. La consigne est d'ailleurs nationale : 10 % de production en moins pour rééquilibrer une baisse de la consommation de 12 %.
Pas de quoi pour autant redonner un coup de fouet au prix payé au producteur. Pour autant, Normandie Lapin se satisfait de la bonne relation contractuelle qu'elle entretient avec son principal client SNV (Groupe LDC). Comme quoi la contractualisation peut aussi avoir du bon...
La question du renouvellement des générations n'est cependant pas résolue. “Ça fait partie de notre réflexion”, martèle Philippe Poret. Avec 1/3 des éleveurs confrontés à des difficultés de trésorerie, un prudence bien paysanne s'impose. Reste que le cas de Dominique Massart est riche d'enseignements. Même avec son statut de niche, la cuniculiculture est un vrai métier d'éleveur qui demande beaucoup de professionnalisme mais dont on peut vivre. Un prélable cependant ; “nous ne sommes plus dans la diversification”, concluent nos deux défenseurs du lapin.

Source Réussir l'Agriculteur Normand

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