Des paysans sur les nerfs face aux vols dans les campagnes

Emmy VARLEY, AFP

Des paysans sur les nerfs face aux vols dans les campagnes
Le cuivre, contenu dans les cables, est de plus en plus prisé des voleurs du fait de la montée des cours. (DR)

Victimes de vols d'animaux, de gasoil ou de cuivre, les agriculteurs ne savent pas à quel saint se vouer. Certains font des rondes pour tenter de surprendre les malfaiteurs mais beaucoup se sentent impuissants face à un fléau difficile à éradiquer.

"On est désemparés" face à ces vols souvent nocturnes qui se déroulent par nature dans des endroits isolés, dit Hervé Peloffi, président de la Fédération régionale des syndicats d'exploitants agricoles (FRSEA) de Midi-Pyrénées.  Éleveur en Ariège, lui-même s'est fait voler une génisse ainsi que des postes de clôture.

Brebis, agneaux et autres poulets disparaissent quand les animaux ne sont pas carrément "dépecés sur place", ajoute-t-il. Récemment, un habitant des Pyrénées-Orientales a retrouvé les restes mutilés de son âne dans son champ.  Un éleveur du Tarn-et-Garonne n'a retrouvé lui que les viscères de son taureau.

Mais, d'après les responsables agricoles, les vols d'animaux sont la "partie émergée de l'iceberg". Le plus gros préjudice provient des vols de matériel : siphonnage de gasoil dans les cuves ou dans les réservoirs des tracteurs, disparition des engins eux-mêmes ou encore vols de câbles d'alimentation des systèmes d'irrigation. Ces câbles contiennent du cuivre, prisé du fait de la montée des cours mondiaux par des voleurs semble-t-il très bien organisés.

"On a un sentiment d'impuissance", dit Alain Iches, président de la FDSEA du Tarn-et-Garonne. "Vous vous levez le matin et vous ne savez pas ce qui vous attend. Ça fait trois ou quatre ans qu'il y a des vols mais aujourd'hui, c'est l'horreur, c'est tous les jours".  Une situation qui pousse parfois les agriculteurs à effectuer des rondes nocturnes.

Des vols répétés de câbles

Pierre-Jean L'Hote, céréalier à Saverdun, dans l'Ariège, où les agriculteurs en avaient assez de subir des vols répétés de câbles pour un préjudice tournant chaque fois autour de 3.000 euros, a participé à de telles équipées. C'était en février. "On se lève en pleine nuit et on essaye de faire attention aux voitures bizarres. Chacun tournait autour de chez lui et était en contact téléphonique avec les autres", raconte-t-il. Ils ont fini par repérer une voiture suspecte. Les gendarmes, alertés, ont trouvé le coffre rempli de câbles et ont interpellé deux personnes, condamnées depuis en correctionnelle.

Les vols ont cessé dans ce petit coin de l'Ariège mais beaucoup d'agriculteurs estiment que les rondes ne sont pas la solution. D'abord parce que "ça peut mal se terminer", comme le dit Philippe de Vergnette, céréalier, ancien président de la chambre d'agriculture, victime lui-même d'une dizaine de vols. "On y va tous plus ou moins la nuit et il peut y avoir un coup de fusil malheureux", dit-il.

"Est-ce que c'est le rôle des agriculteurs après 12 heures de travail, d'aller la nuit encore faire des milices pour se rendre justice?", demande aussi Rémi Toulis. Céréalier au Vernet d'Ariège, il a subi des vols de gasoil mais aussi d'une tondeuse auto-portée, un gros engin de 15.000 euros embarqué en camion par des malfaiteurs.

Les gendarmes l'ont incité à installer des barrières, à utiliser des cadenas plus solides pour ses cuves. Mais il se désole: "ce qui m'exaspère, c'est de devoir s'enfermer alors qu'on est à la campagne". Non loin de sa ferme, les Dassié, des retraités avec quelques hectares en polyculture, se sont fait voler leur dizaine de brebis en plusieurs fois. "J'ai mis du barbelé puis j'ai dit stop". Pas question de transformer les lieux en camp retranché: "Les brebis c'est fini", dit leur fils Serge.

Si les auteurs de tels vols sont difficiles à appréhender, les autorités se défendent de prendre le problème à la légère. Dans le Lot par exemple, les services de l'État "ne cessent de promouvoir la vigilance, les précautions à prendre", explique Christophe Saint-Sulpice, directeur de cabinet du préfet. "C'est ce que répètent les gendarmes qui sillonnent le territoire".

 La justice peut montrer elle par ses "réponses" qu'elle "est sensible" au fléau, dit le procureur de Foix, Olivier Caracotch. En Ariège, "compte tenu de l'importance de la culture agricole mais aussi du préjudice que ça peut générer, j'exerce assez volontiers des poursuites pour ce type de faits", ajoute-t-il. "Il faut être réactif car c'est un phénomène qui se développe et si on le laisse se développer, il deviendra très vite incontrôlable".

Publié par Emmy VARLEY, AFP

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