Des pistes pour améliorer le revenu des éleveurs

P.Olivieri

Des pistes pour améliorer le revenu des éleveurs
Malgré l’inertie des systèmes rustiques, des marges de manœuvre existent - F.D'Alteroche

La Chambre d’agriculture a étudié les leviers accessibles pour gagner en rémunération.

En 2012, année jugée correcte en  termes  de conjoncture, les deux tiers des  44 exploitations  en bovins viande du réseau “rustique” suivies par les chambres d’agriculture du Cantal, de la Haute-Loire, de l’Aveyron et de la Lozère ont dégagé moins d’un Smic (1 445 euros mensuel en 2014) par unité de main d’œuvre (UMO). Ce constat a interpellé les élus de la chambre d’agriculture du Cantal, qui ont demandé aux ingénieurs du service Références  d’identifier les leviers susceptibles de relever cette rémunération(1) des éleveurs allaitants. Une étude dont les résultats ont été présentés vendredi 12 septembre en session par Mathilde Bonestebe et Yannick Péchuzal. Ces derniers ont ainsi examiné l’évolution de plusieurs curseurs, avant de proposer des pistes stratégiques.

Une productivité à la traîne

Premier curseur : le prix de vente des animaux. Entre 2010 et 2012, le prix de vente du kilo vif a certes augmenté, mais dans le même temps, le prix de revient(2) a  lui  aussi  progressé.  Certes, l’écart   entre   les   deux   s’est resserré, “mais il reste encore un différentiel”, a indiqué Mathilde Bonestebe. Seconde variable étudiée : les soutiens publics. À système constant, 70 % des fermes suivies sortiront gagnantes de la nouvelle Pac. Les 30 % restant (souvent à fort niveau de DPU) perdront moins de 10 % du total de leurs aides 2013. Le service Références a ensuite étudié deux facteurs endogènes : la productivité de la main d’œuvre et la maîtrise technique. En termes de productivité, les données confirment un déficit de productivité par UMOf des systèmes allaitants du Massif central, déficit lié aux spécificités de ces élevages. Ainsi, seuls 6 des 44 élevages suivis arrivent à rémunérer la main-d’œuvre à hauteur de 1,5 Smic. Ces élevages  produisent  28 tonnes  de viande   vive   par   UMO   (soit l’équivalent de 60 vaches/UMO) mais, pour la plupart, font appel à de la main-d’œuvre bénévole. En  matière  de  maîtrise  technique, l’objectif d’un veau par vache et par an reste un objectif à  atteindre,  sachant  que  cinq points  supplémentaires  de productivité numérique génèrent + 2 640 euros d’EBE.  Outre  cette   productivité  numérique et l’intervalle vêlage-vêlage, la maîtrise des charges est un autre facteur de variabilité important. Au vu de ces éléments, quelle doit être la stratégie des éleveurs allaitants ? Première option : accroître son cheptel à SAU constante, donc avec des achats de fourrages. Qu’on ait recours ou non à de la main d’œuvre supplémentaire et à des investissements (bâtiment), cette option se solde par une baisse de revenu (sur la base de + 15 UGB).

Plus d’UGB sans perdre en autonomie

L’option inverse - effectif constant et meilleure gestion de l’herbe pour gagner en autonomie (- 15 ares de pâture par UGB) - s’avère plus porteuse avec un gain de revenu de l’ordre de 10 %. Le choix intermédiaire - “j’accrois le cheptel en restant autonome via une intensification de la SFP (fertilisation azotée et coupes précoces)”  -  conduit également à une hausse de revenu, sauf si cela s’accompagne d’investissements (bâtiment, matériel, main d’œuvre). Enfin, un gain de revenu du même ordre (environ 4 %) peut être obtenu en augmentant la productivité du troupeau par un rajeunissement de l’âge au vêlage (deux tiers des génisses en vêlage à 24 mois), même si des précautions sont à prendre en termes de conduite. Accroître la productivité permet donc une amélioration du revenu, en restant vigilant au maintien de l’autonomie fourragère - voire alimentaire -, aux limites de l’intensification fourragère et de la main d’œuvre, à la maîtrise des charges et investissements. “Cela ne ramènera pas des fortunes, du fait notamment de l’inertie des systèmes allaitants, mais on peut actionner plusieurs leviers”, a souligné Yannick  Péchuzal. Dernière piste explorée : celle de l’engraissement, de babynettes (génisses croisées) ou de TJB salers, les deux présentant des cycles courts. Les résultats sont positifs en termes de revenu (autour de + 3, + 4 %) à condition de ne pas investir dans le logement, d’avoir un minimum de main-d’œuvre déjà disponible, de maîtriser techniquement cette production, et d’un différentiel entre prix du maigre et du gras que garantissent aujourd’hui les contrats en Salers primeurs du Cantal. Autant d’éléments qui doivent être portés à la connaissance des éleveurs, ont estimé les  élus. “À eux ensuite de faire leur choix en fonction de leurs capacités et de leurs possibilités”, a conclu Patrick Escure, président.

(1) Après rémunération du foncier et du capital.
(2) Prix de vente au kilo vif nécessaire pour rémunérer le capital, le foncier et la main-d’œuvre familiale (UMOf) à hauteur de 1,5 Smic par UMOf.

 

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