Directive nitrates : les élus de la Chambre d'agriculture dénoncent un zonage "idéologique".

P.Olivieri

Directive nitrates : les élus de la Chambre d'agriculture dénoncent un zonage "idéologique".
Des cartes faisant état de la bonne qualité des eaux présentées en session comme autant de preuves à la décharge du monde agricole.

La session de rentrée a largement été occupée par le projet de zonage au titre de la directive Nitrates, qui commence à faire sérieusement gronder dans la campagne.

Près de 86 000 euros HT pour cette exploitation de Labesserette. Pour Jérôme  Bonnet, qui a investi il y a tout juste cinq ans dans un bâtiment avec deux fosses à lisier couvertes (500 000 euros pour un total de 825 m3) et une fumière de 200 m2  pour être aux normes,  le montant des investissements nécessaires pour répondre à la directive Nitrates donne le tournis. “Au début, je pensais que j’aurais juste à agrandir un peu les installations existantes, mais  là..." se désole ce jeune éleveur de 29 ans. Investir est une chose,  mais pour mettre où les effluents ?” Avec l’appui de la Chambre d’agriculture, il a recensé une à une les surfaces encore épandables si la commune vient à intégrer une zone vulnérable, et le verdict est effrayant : entre les parcelles non mécanisables, celles trop pentues donc interdites par la directive, celles trop proches des maisons, ruisseaux, forages, la surface épandable se réduit à peau de chagrin, soit une quinzaine d’hectares sur les 75 de SAU de l’exploitation. Et pas question de s’arranger avec les voisins, eux aussi forcément contraints. La solution ? “Il n’y en a pas !”, alerte Jérôme Bonnet, qui a accueilli vendredi après-midi le député Calmette convié par les JA à évaluer concrètement l’aberration du projet de zonage envisagé.

Les pouvoirs publics “muets”

“Et chez nous, cette exploitation est quasiment  une  exploitation  de plaine”, a relevé dans la matinée Clément Raymond, lors de la session de la Chambre d’agriculture qui a largement abordé le sujet. Avec, dans l’assemblée, la même incompréhension face à des pouvoirs publics et une administration qui, un mois et demi après la sortie du projet de zonage, jouent toujours les grandes muettes(1) sur les critères et prélèvements à l’origine du choix des nouvelles communes à classer. “Si ce n’était pas si grave, ce serait risible”, a attaqué Gilles Amat, évoquant la situation d’Allanche et un captage abandonné de longue date pour l’alimentation  humaine. Pour Louis-François Fontant, il n’y a rien à comprendre : “On n’est pas dans un débat scientifique raisonné, mais dans un débat idéologique, dogmatique. En face de nous, on a des gens qui pensent que le modèle agricole d’aujourd’hui n’est pas bon, qu’il est polluant par essence. Nous, nous sommes dans la démonstration inverse, l’agriculture est le seul modèle économique encore débout. Il ne faut pas se laisser enfermer dans  ces questions. Ça va se jouer au plus fort, et il faut des réactions virulentes”, a lâché l’ancien président de la Chambre d’agriculture.

Injustice et insulte

Comme en écho, Patrick Bénézit (FDSEA) a parlé de “zones d’extermination de l’élevage” : “On a des éleveurs qui ne gagnent pas bien leur vie, dans une zone où toutes les cartes issues des sources de l’administration française montrent que la qualité des eaux est préservée, excellente, c’est une injustice flagrante et une insulte majeure, surtout quand on a écho que dans d’autres pays, les choses se passent différemment ! Il faut que Ségolène Royal se débrouille pour faire sortir l’intégralité du Massif central !” Et si la profession a accueilli favorablement l’engagement du Premier ministre en faveur d’une nécessaire remise à plat de cette directive, elle reste vigilante, expetisant d’ores et déjà les recours juridiques possibles. En attendant, la FDSEA a déposé en session une motion s’opposant fermement à ce projet d’extension, et refusant que des “familles d’agriculteurs soient sacrifiées au nom du dogmatisme environnemental”. Une motion sur laquelle les membres de la Confédération paysanne (eux aussi émetteurs d’une motion) se sont abstenus, considérant notamment que “l’extension des zones vulnérables nitrates dans notre département pose le problème de la dégradation de la qualité de l’eau liée à l’intensification des pratiques agricoles”, et prônant d’autres solutions que celles prévues dans la directive Nitrates, en l’occurrence le recours aux haies et zones humides, et leur inclusion dans les surfaces éligibles à la Pac. Stéphane  Malroux  estimant  par ailleurs nécessaire de préserver la ressource en eau, et d’exclure l’usage de l’irrigation qui consiste selon lui à stocker de “l’eau propre pour faire de l’eau sale...”Une position très mal vécue dans les rangs majoritaires de la FDSEA et des JA : “Il faut être vigilants entre nous, et ne pas ouvrir de brèche au sein de la profession”, a exhorté Joël Piganiol, secrétaire général de la FDSEA. Tandis qu’Éric Février, au nom du Conseil général, assurait dans sa conclusion du soutien des élus et de la collectivité : “On sera derrière vous, à vos côtés, et si à des moments il faut être devant, on le sera aussi.”

(1) Ce 12 septembre, le préfet était absent pour cause de devoir de réserve en amont des sénatoriales.

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