Diversification : Vers la création d'une filière jus de raisin

Claudine Galbrun

Créer une filière dédiée à la production de jus de raisin : tel est l'objectif du programme Fijus-R@isol, initié par l'Inra et la société Foulon-Sopagly.

Si le programme Fijus-R@isol (1) arrive à son terme, prévu en 2015, quelque 3 000 ha de vignoble destinés uniquement à produire du jus de raisin pourraient s'implanter en Languedoc, 500 autres ha en Charentes et un millier dans le Maconnais. L'objectif de ce programme de recherche est clair et précis : en finir avec les cépages double fin et proposer aux viticulteurs de nouveaux cépages issus d'un travail de sélection, résistants aux maladies, à hauts voire à très hauts rendements et spécifiquement dédiés à la production de jus de raisin. “ Un peu sur le modèle de ce qui a été fait en arboriculture avec la pomme Pink Lady ”, indique Jacques Rousseau de l'ICV, structure partenaire également de ce programme. Cette proposition de diversification pourrait constituer pour les viticulteurs une alternative à la politique d'arrachage mais elle représente aussi pour la Société Foulon-Sopagly, fournisseur de jus de raisin avec une production annuelle de près d'un million d'hectolitres, une nécessité. En effet, si historiquement le statut du jus de raisin était lié à celui du vin avec pour vocation de contribuer à la résorption des excédents moyennant une aide communautaire versée aux transformateurs, avec la nouvelle OCM (Organisation commune de marché), cette aide européenne a disparu. Ce qui oblige Foulon-Sopagly à revoir sa politique d'approvisionnement en matière première. “ A partir de ce constat, nous nous sommes demandé ce que serait pour nous la matière première idéale puisque jusqu'ici nous devions nous contenter d'une ressource initialement destinée à produire du vin.

Elle devrait donc présenter une acidité forte, de petits degrés, être capable de répondre aux attentes du consommateur en matière d'allégations santé par exemple, proposer de nouveaux arômes, être produite avec peu ou pas de pesticides en ayant recours à des cépages résistants pour la production de jus biologiques notamment et surtout être issue de vignobles gros porteurs afin de faire vivre le viticulteur, en lui assurant une marge brute moyenne de 1500 euros/ha. Ce sont autant d'objectifs assignés au programme Fijus-R@isol ”, indique Pierre Guyot, directeur industriel chez Foulon-Sopagly. La contractualisation entre fournisseur de matière première et transformateur serait donc la règle. “ Quand on crée un vignoble qui ne sert qu'à produire du jus, on se doit d'en assurer le suivi. Ce qui implique un partenariat avec les viticulteurs, garant de la fiabilité des approvisionnements des industriels. Ce partenariat devrait être décennal et renouvelable, courant ainsi sur les dix années de vie de la parcelle conduite sur le mode d'un verger. Notre but est bien de laisser au producteur une marge nette confortable. En terme de prix, on sait ce que le marché peut offrir. Le challenge est donc d'augmenter les rendements. ”

 

La production de jus de raisin va effectivement impliquer un changement de logique ou de métier par rapport à la production de raisins de cuve, indique Jacques Rousseau. “ Il sera davantage arboriculteur que vigneron. Ce qui induit des plantations amorties en 15 ou 17 ans pour un renouvellement du matériel végétal si des innovations variétales sont disponibles. Les techniques de production devront également être revues. Sur des vignes à 2,5 ou 3 mètres, il faudra jouer sur la longueur des cordons, optimiser les stratégies d'irrigation et de fertilisation pour arriver à des rendements de 400 ou 500 hl/ha. ”
Le travail de présélection des futurs cépages producteurs de jus a d'ores et déjà commencé. “ Nous avons sélectionné une série de cépages de différentes origines : des vinifera, des hybrides et des variétés issues de croisements avec muscadinia, ces deux dernières présentant des résistances aux maladies ”, annonce Hernan Oreja, de l'Inra de Pech Rouge. “ Vingt cépages sont actuellement à l'étude, l'objectif étant de terminer le programme avec seulement dix cépages. Ce qui devrait être effectif en 2015-2016, compte tenu de l'avancée des recherches. ”

(1) Ce programme rassemble Foulon-Sopagly, l'Inra de Montpellier, l'ICV, l'Inserm, l'Université de Bourgogne, les caves coopératives SAS Roquecourbe et Vignoble de la voie d'Héraclès. Il a été labellisé par les pôles de compétitivité Q@limed et Vitagora.

Source Réussir Vigne Mai 2010

Sur le même sujet

Articles publiés par ce partenaire

Commentaires 0

Pour réagir à cet article, merci de vous identifier