DPU herbe : Un bol d'air vital mais pas suffisant

Propos recueillis par P. Olivieri

Pour Patrick Escure, le nouveau soutien à l'herbe ne suffira pas à redonner un revenu aux éleveurs.

Voilà plus d'un an, Michel Barnier annonçait la réorientation des aides agricoles européennes. Les éleveurs viennent de recevoir des notifications de DPU, à quoi correpondent-elles ?
P. Escure : “Pour la première fois, les éleveurs voient les effets sur leur exploitation de cette réorientation des soutiens, résultat d'un combat syndical engagé par les responsables du Massif central en juillet 2007 et marqué par une étape décisive, le rassemblement de 20 000 éleveurs à Clermont-Ferrand. L'administration vient en effet d'adresser à chaque éleveur une proposition de DPU supplémentaires qui viennent en complément des DPU détenus jusqu'alors par les exploitants cantaliens. Ce nouveau soutien porte sur tous les hectares d'herbe et, pour les producteurs allaitants, comprend aussi les 12,5 % de la part communautaire de la prime à la vache allaitante. À l'inverse, ne sont pas intégrés les soutiens aux production laitière de montagne, ovine, veaux sous la mère, à l'agriculture biologique au maïs, l'assurance récolte. Autant de nouvelles mesures pour lesquelles une demande doit être déposée en même tant que la déclaration de surfaces 2010. De même, ne sont pas comptabilisés les 600 euros d'augmentation moyenne de l'ICHN par exploitation”.

Concrètement, que doivent faire les éleveurs de cette notification ?
P. E. : “Ce qui est très important, c'est de vérifier la conformité des chiffres portés pour les UGB et les hectares de 2008, l'année 2008 servant de base pour le calcul du chargement de référence de ce nouveau soutien à l'herbe. Les exploitants ont jusqu'au 16 mai pour faire leur éventuelle demande de modification auprès de la DDT. Faute de quoi, en cas d'erreur, leur exploitation se retrouvera pénalisée durablement”.

De quoi donner une vraie bouffée d'oxygène au monde agricole...
P. E. : “Ces 18 à 20 millions d'euros supplémentaires que vont percevoir les agriculteurs cantaliens sont évidemment nécessaires mais malheureusement pas suffisants pour maintenir et développer leurs revenus. C'est pourquoi nous continuons à nous battre pour obtenir l'augmentation du prix des produits agricoles, et ce, autour de trois axes. Nous défendons d'abord au niveau national un prix du lait à la française supérieur à celui pratiqué par nos voisins, et notamment l'Allemagne. Le respect de l'accord du 3 juin 2009 va permettre une augmentation du prix du lait au second trimestre de 15 euros / 1 000 litres minimum. Soit un prix du lait de 280 euros, à comparer aux 210 euros d'avril 2009”.

 

Quid de la valorisation des AOP ?
P. E. : “C'est un combat long et difficile mais les négociations continuent et le versement des troisième et quatrième trimestres de la plus-value 2009 devrait intervenir en avril et mai. Nous devons être tous convaincus que c'est un combat d'avenir. Demain; nous aurons deux types d'exploitations laitières : celles qui valoriseront leur lait via l'AOP et celles qui suivront un prix du lait au mieux national, au pire allemand. À chacun de choisir en connaissance de cause et en fonction de son exploitation. En viande bovine, l'enjeu est également de faire remonter le prix du gras en France. C'est un enjeu capital, car du prix de la viande finie dépendent ceux des vaches de réforme et du broutard. De nombreuses actions conduites actuellement en ce sens seront exposées par la section bovine de la FDSEA lors de prochaines réunions de terrain”.

En attendant, comment répondre à des situations financières de plus en plus délicates ?
P. E. : “L'agriculture cantalienne subit en effet une quatrième année de crise. Des familles sont en train de vivre des moments très très difficiles. Nous comptons aujourd'hui sur les banques pour accompagner les agricultrices et agriculteurs qui souffrent en engageant une restructuration et un étalement de leurs dettes. Jusqu'à présent seuls des courts termes d'un an ou des prêts à cinq ans sont proposés, il faut du plus long terme pour que ces exploitations reprennent de l'oxygène.”
Plus d'infos à lire cette semaine dans L'Union du Cantal.
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Source L'Union du Cantal

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