Éleveurs du réseau lait : ce qui les interroge en 2013 et au delà

Catherine Perrot

Réunion du réseau lait : on échange aussi bien sur les grandes orientations du marché mondial, que sur les stratégies individuelles.
Réunion du réseau lait : on échange aussi bien sur les grandes orientations du marché mondial, que sur les stratégies individuelles.

La vingtaine d’éleveurs membres du réseau de fermes laitières de références s’est retrouvée fin décembre à la chambre d’agriculture. Durant la matinée, ils ont fait le point sur leurs résultats économiques. L’ après-midi a permis d’échanger sur les sujets qui les interpellent à moyen terme et sur la façon de les anticiper.

Le réseau départemental « lait » sert à l’établissement de références techniques et économiques et à la mise à disposition d’outils et de démarches permettant aux éleveurs de faire des choix d’adaptation ou d’évolution de leurs exploitations.
En adhérant au réseau, les éleveurs s’engagent à communiquer leurs chiffres en toute transparence, mais également à se réunir régulièrement pour échanger et anticiper ensemble les virages à venir. La dernière réunion de 2012 s’est tenue le 18 décembre, à la chambre d’agriculture.
Parmi les différentes questions que se posent les membres du réseau à l’aube de 2013, certaines sont transversales : « Quel sera le cours des matières premières ? » ; « Comment se présente le marché de la viande ? » ; « Quelle sera l’évolution de la PAC et des paiements à l’hectare ? » ; « Dois-je me préparer à produire plus de lait demain, à quel prix ? »

« Des crises que l’on ne voit toujours pas venir »

Pour recueillir leurs questionnements : Gilles Le Maignan et Jean-Claude Huchon, respectivement chargés de mission « économie » et « lait » à la chambre d’agriculture. Ils annoncent tout de go : « Nous n’avons pas réponses à toutes vos questions ! Il y a des tendances que l’on voit venir, d’autres que l’on ne voit pas. » « C’est à nous tous, ensemble, de trouver les solutions permettant de faire face à ces incertitudes. »
Sur le prix des céréales et du maïs, la tendance actuelle est à la hausse, car la production est en légère baisse. La spéculation amplifie les effets de déficits et les utilisations énergétiques perturbent la donne : « Mais nous n’avons aucune visibilité sur ce dernier marché ». Sur le soja, c’est aussi un peu « la Loi de la jungle ». Les rumeurs sur l’abondance de la prochaine récolte sont contradictoires (fondées ou non, propagées pour faire monter les cours ?). Selon les éleveurs du groupe, la contractualisation d’une partie des achats semble une des solutions à mettre en œuvre pour se garantir un coût alimentaire raisonnable.
Sur la viande bovine, il est difficile de savoir si la tendance actuelle va se poursuivre. Pour expliquer pourquoi les prix ont augmenté de 25 % depuis 2011, Gilles Le Maignan évoque le tarissement récent de la source brésilienne, mais aussi la baisse de production en France (moins d’engraissement depuis trois ans), et dans toute l’Europe (ailleurs qu’en France, la viande est produite par le troupeau laitier, et là aussi, l’offre est en baisse). Mais dans le même temps, la consommation est elle aussi en baisse. Les éleveurs du groupe voient néanmoins les cours se maintenir à moyen terme. Bien valoriser ses réformes est toujours d’actualité.

Paiement PAC : se préparer à la baisse

Les futurs paiements PAC à l’hectare pour l’après 2013 inquiètent aussi certains éleveurs. Des chiffres circulent actuellement. Pour Gilles Le Maignan, ceux-ci sont forcément « faux », dans la mesure où le budget de l’Europe n’est même pas encore voté ! Ce que l’on sait en revanche, c’est que « le budget européen sera en baisse » et donc « le budget PAC sera en baisse ». En toute logique, l’économiste prévient « attendez-vous à une baisse des paiements à l’hectare ! ». Chacun des membres du groupe fait ses comptes. Avec des aides qui varient de 250 à 450 €/ha, tous ne sont pas à la même enseigne.
Selon l’économiste, le principe des deux piliers restera acquis, ainsi que la transparence pour les Gaec. Sur le verdissement, il n’est pas inquiet : « Ce verdissement est surtout destiné à communiquer vis-à-vis de la société et est favorable aux éleveurs. L’objectif est que vous ayez tous droit à ces aides. »
En revanche, l’incertitude est totale sur l’acceptation ou non de la proposition française de doubler la prime des 50 premiers hectares, qui, changerait énormément la donne pour beaucoup d’exploitations de polyculture-élevage de l’Ouest. Pour Gilles Le Maignan, cette PAC nouvelle pourrait être mise en place en 2015 ; l’année 2014 se faisant avec le nouveau budget, mais probablement selon l’ancien règlement.
Et de relativiser l’importance de ces aides à l’hectare : « Ce qui compte vraiment pour l’avenir, c’est la structuration des filières. »

Mesurer « la robustesse » d’une exploitation

Enfin, sur le sujet central de la conjoncture lait, les conseillers rappellent que les prix sont en hausse depuis cet été, tout comme ceux des matières premières. Fait intéressant : dans tous les bassins de production (Allemagne, Ouest de la France..), la rentabilité de la production laitière est la même ! Sur 6 mois, les perspectives sont plutôt bonnes : « On est sur des bases rémunératrices ». Pour la suite, impossible de faire des prévisions de marché. Selon les éleveurs et les laiteries, la situation pourra offrir des opportunités. À chacun, en fonction de ses capacités et sa rentabilité, de saisir ou non ces opportunités.
Pour aider les éleveurs à définir leurs futurs possibles, à structurer leurs choix, la chambre d’agriculture va mettre à disposition, en 2013, une démarche et des outils de réflexions. « Ils sont le fruit d’un travail mené dans le cadre du projet « flexisécurité » conduit avec l’Institut de l’élevage » explique Jean-Claude Huchon. Cette démarche a été testée dans trois fermes du réseau lait de Loire-Atlantique (qui ont pu en témoigner), et dans 101 fermes au niveau national.
Dans une première étape, la méthode mesure les effets des changements de contexte sur l’exploitation (volumes de lait possibles demain, variabilité des prix possibles en fonction des débouchés de la laiterie, prix des matières premières, aides PAC, …). La deuxième étape aide à préciser les capacités de production actuelles en fonction de différents facteurs : bâtiments, salle de traite, force de travail, mais aussi « maîtrise technique du système ». Enfin dernière étape : estimer l’impact de différents volumes de lait produits sur l'exploitation (sécurité fourragère, travail, revenu, trésorerie disponible…). Dans les mois qui viennent, cette méthode sera disponible à tous. Elle permet de situer le degré d’opportunité et de robustesse de l’exploitation face à un contexte incertain.

Contact Réseau lait chambre agriculture : Jean-Claude Huchon : 02 53 46 63 85.


    

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Commentaires 1

jm 03

prix du lait teralacta usine auzance dans creuse 280 moins 4.6 de flexibilite je ment sort avec des batiments amortit mais les jeunes creve moi j ai 55ans

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