Embargo russe : risques d’engorgement en Europe - chapitre I

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Embargo russe : risques d’engorgement en Europe - chapitre I

La Russie est la première destination des exportations européennes pour la viande de porc, les fromages et les fruits et légumes. L’embargo russe, déclaré le 7 août, expose le marché intérieur européen à un risque d’engorgement pour les filières fruits et légumes et lait. La France, quant à elle, exporte des volumes limités de produits agricoles vers la Russie, mais risque d’être impactée par un retour des marchandises sur le marché intérieur.

Le 7 août, en réponse aux sanctions occidentales, Moscou a publié une liste des produits interdits d’importation sur son territoire en provenance des États-Unis, de l’Union européenne, de l’Australie, du Canada et de la Norvège. Cet embargo touche de grands pans de la production agricole et agroalimentaire (boeuf, porc, volaille, poisson, fromage, lait, produits laitiers, légumes et fruits) et s’applique pour une durée d’un an. L’impact est significatif en Europe. A titre d’exemple, la Russie est la première destination des exportations
européennes pour la viande de porc, les fromages et les fruits et légumes. Mais ces sanctions n’auront pas toujours le même impact, suivant les secteurs concernés

Embargo russe : risques d’engorgement en Europe - chapitre I

Lait : risque de trop-plein....

Pour la filière laitière, l’embargo impactera principalement la production de fromage. La Russie est le premier importateur mondial de fromage. Elle achète également de la crème et du lait liquide, mais très majoritairement à la Biélorussie. Au premier abord, la situation semble donc peu préoccupante pour la France ; les volumes exportés par la France vers la Russie sont assez faibles : 12 000 tonnes sur 697 000 exportées au total (dont 110 000 tonnes vers les pays tiers). Cependant, en 2013, l’UE a exporté 726 000 tonnes de fromages vers les pays tiers dont 237 816 vers la Russie. Les volumes proviennent principalement de l’Allemagne, des Pays-Bas et du Danemark. 

graphique fromage

Il y a donc un risque d’engorgement du marché européen : les volumes de lait qui ne pourront pas être commercialisés vers la Russie seront probablement transformés en poudre, pour être dirigés sur le marché mondial, mais également en lait liquide. En effet, il est facile et peu coûteux pour un industriel de réorienter des volumes de lait vers des lignes de fabrication de lait conditionné.

.... sur un marché déjà baissier

Cet embargo intervient dans une phase de baisse importante des cours des produits laitiers sur le marché mondial : les prix des poudres de lait ont diminué de 45 % depuis le début de  l’année 2014. La production laitière européenne est actuellement très dynamique : depuis janvier, la collecte laitière européenne progresse de 6 %. Cela représente un volume de lait supplémentaire de 3,5 Mt qui doit être presque intégralement exporté sur le marché mondial, le marché européen étant saturé. La production laitière européenne devrait continuer à être dynamique pour les prochains mois : le cheptel laitier européen est étoffé (+ 2 %) et les conditions climatiques actuelles permettent aux éleveurs de produire facilement du lait à base d’herbe. L’afflux de lait supplémentaire dû à la fermeture du marché russe risque de peser sur le marché et de contribuer à la tendance baissière.

Embargo russe : risques d’engorgement en Europe - chapitre I

Porc : pas d'incidence immédiate

Cet embargo ne change pas la situation immédiate de la filière porcine européenne. Le marché russe lui est déjà fermé depuis le 29 janvier pour des raisons sanitaires, suite à la découverte d’animaux touchés par la peste porcine africaine (PPA) en Pologne et dans les Pays Baltes. Les cours du porc sont déjà en baisse de 20 % en août par rapport à l’année précédente, à 1,51 €/kg de carcasse (mi-septembre). 

import russe

Quatrième importateur mondial de viande de porc (derrière l’Allemagne, l’Italie et le Japon), la Russie est un partenaire important de l’Europe (et de la France) sur le marché du porc. La Russie est la première destination extra-européenne et des exportations européennes (et françaises) avec 1,3 Mds € en 2013 (27 000 tonnes pour la France). Et à l’inverse, les États-Membres de l’UE représentent 43 % des approvisionnements extérieurs de la Russie. 

imprt russe

Le marché du porc devrait donc poursuivre une tendance baissière dans les prochaines semaines si le contexte n’évolue pas. Une procédure est en cours à l’Organisation mondiale du commerce (OMC) sur le dossier sanitaire mais ne devrait pas aboutir avant plusieurs semaines. Toutefois, les États-Unis sont actuellement touchés par une autre maladie, la Diarrhée épidémique porcine (DEP), et ne peuvent plus exporter leur production. Cela devrait permettre de réorienter des volumes vers certains marchés et notamment l’Asie.

Embargo russe : risques d’engorgement en Europe - chapitre I

Impact limité en viande bovine

Les conséquences de cet embargo pour la filière bovin viande en Europe devraient être limitées. Certes, la Russie est le deuxième importateur mondial de viande bovine avec 16 % des volumes, juste derrière les États-Unis. Mais l’Europe est peu présente sur le marché russe. En effet, 83 % des volumes sont fournis par le Brésil, l’Uruguay et le Paraguay. Le premier fournisseur européen de la Russie est la Pologne qui a exporté seulement 4 000 tonnes de viande fraîche en 2013.

viande

En France, les exportations de viande bovine vers la Russie sont très faibles (moins de 500 tonnes en 2013). Les cours de la viande bovine sont actuellement en forte baisse en France (- 9 % pour les vaches et - 5 % pour les jeunes bovins en septembre 2013 par rapport à août 2012), mais cela résulte principalement d’une contraction de la demande intérieure et d’une hausse des volumes d’importation à bas prix qui concurrencent la production française.

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Les prix de la viande bovine pourraient continuer de baisser dans les prochaines semaines car les disponibilités françaises et européennes en bovins sont importantes : le cheptel de bovin français est en hausse de 2 % pour les animaux laitiers et de 1 % pour les races allaitantes 

Embargo russe : risques d’engorgement en Europe - chapitre I

.... et en volaille

Comme la viande bovine, la filière volaille européenne devrait être peu impactée par l’embargo russe. La Russie n’est que la cinquième destination des exportations de viande de volaille européenne (vers pays tiers). La Russie dépend peu de l’UE pour ses approvisionnements en volaille (9 %). 

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La France est le premier partenaire européen de la Russie sur ce marché, mais avec des volumes limités (18 000 tonnes en 2013). Par comparaison, l’Arabie Saoudite, le Yémen et le Bénin ont absorbé 210 000 tonnes de volailles françaises en 2013.

volaille2

En revanche, l’embargo pénalise fortement les États-Unis qui fournissent 51 % des importations de volailles achetées par la Russie.

Lire aussi :

Embargo russe : risques d’engorgement en Europe - chapitre II

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