Embargo russe : risques d’engorgement en Europe - chapitre II

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Embargo russe : risques d’engorgement en Europe  - chapitre II

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Embargo russe : risques d’engorgement en Europe  - chapitre II

Porc et lait : des exportations dynamiques

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Les exportations des deux produits animaux les plus impactés par l’embargo russe, la viande de porc et les fromages, étaient en croissance en 2013 : + 30 % pour la viande de porc et + 13 % pour les produits laitiers.

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Au total, l’UE exportait 3,95 Mds $ de viandes et de produits laitiers vers la Russie en 2013 dont 2,15 M ds pour les viandes et 1,8 Mds pour les produits laitiers.

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Fruits et légumes : un impact indirect

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La France est très peu présente sur le marché russe des légumes : 18 millions de dollars en 2013, soit 1 % des exportations de l’UE 28 vers la Russie. Mais l’impact sur les marchés français sera indirect. Les principaux partenaires de la Russie sont la Lituanie, la Pologne et les Pays-Bas. 

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Du fait de la durée de conservation très courte des légumes, les volumes touchés par l’embargo russe seront très probablement redirigés vers le marché communautaire. Les exportations de légumes européens vers la Russie s’élèvent à 1,25 Mds $ en 2013 (en progression de 23 %). Les principaux légumes exportés vers la Russie sont les tomates, les aubergines et les olives.

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En fruits, la situation est identique à celle des légumes : la France est très peu présente sur le marché russe, mais le marché intérieur risque d’être engorgé par une réorientation des volumes initialement destinés à la Russie. En outre, la pression sur les prix va être accentuée du fait de récoltes importantes (pomme notamment) dans la plupart des pays européens.

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En 2013, les importations russes de fruits européens se sont élevées à 2,26 Mds $. Les pommes, poires, pêches/nectarines et abricots sont les plus touchés par cet embargo.

Les pays qui vont en bénéficier...

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S’il fait le malheur des agriculteurs européens, l’embargo déclaré par Moscou offre des opportunités commerciales à de nombreux pays. Concernant les viandes, et particulièrement le porc et la viande bovine, cela pourrait profiter au Brésil. Il s’agit déjà du premier fournisseur de la Russie pour ces deux productions et cela va contribuer à renforcer l’emprise de ce pays sur le marché russe. La production brésilienne est en forte hausse pour la viande bovine en 2014 et approvisionner le marché russe ne devrait pas poser de problèmes. Le marché de la viande de porc vers la Russie étant déjà fermé depuis le début de l’année pour l’Union Européenne, le Brésil a déjà mis en place les circuits commerciaux pour répondre à cette demande supplémentaire. 

 

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Le Brésil et la Thaïlande se positionnent pour prendre une partie des volumes auparavant détenus par les États-Unis sur les échanges de volailles. La production avicole ayant un cycle de production très court (40 jours) la réponse des pays exportateurs à cette situation peut donc être très rapide. 

 

Les fromages suisses et néozélandais

Concernant la production laitière, la situation est plus délicate. La Biélorussie ne devrait avoir aucun problème à suppléer l’offre européenne et américaine concernant le lait liquide, le beurre et la crème. En revanche, pour les fromages cela va être plus difficile. Les achats de fromages de la Russie concernent des produits dits « ingrédients » de type Cheddar, Gouda ou Édam, qui sont ensuite utilisés dans l’industrie agroalimentaire (pizza, fast-food). Les principaux fabricants et fournisseurs de ce type de formages sont l’UE et les États-Unis et peu de pays peuvent répondre à cette demande supplémentaire. La Biélorussie, si elle dispose d’une production laitière importante, ne possède pas les usines de transformation nécessaires pour fabriquer ces types de fromages. Seule la Nouvelle-Zélande devrait être capable de répondre à cette demande, dans une certaine mesure. En effet, si l’Australie est impactée par l’embargo russe, la Nouvelle-Zélande ne l’est pas. La Suisse, autre pays de tradition fromagère, pourrait également tirer son épingle du jeu. Toutefois, les produits suisses visent un segment de marché clairement haut de gamme et les volumes supplémentaires devraient être réduits. 

 

Les fruits et légumes chinois et turcs

Pour les fruits et légumes, les grands gagnants de l’embargo devraient être la Chine et la Turquie. Sur les marchés de la pomme tout d’abord, même si ces pays connaissent une régression de leur production en 2014. De même, les pays de l’hémisphère sud (hors Australie, concernée par l’embargo) devraient y voir un axe de développement. Ils pourraient même détourner une partie des flux destinés à l’Union européenne, soit plus de 400 000 t annuelles en moyenne, vers la Russie si ce marché, comme on peut s’y attendre, est rémunérateur. Dans le contexte d’engorgement prévisible du marché de la pomme en Europe, avec une récolte supérieure de 13 % à la moyenne décennale, ce serait un (mince) effet positif de l’embargo. 

 

Les pays limitrophes bien placés

Les pays limitrophes de la Russie voient également poindre des opportunités : la Biélorussie pour les pommes de terre, les choux, les carottes et les pommes, la Géorgie pour les tomates, concombres, choux et fruits divers. Quelques pays de l’UE ont développé un fort courant exportateur vers la Russie, comme la Pologne pour la pomme (400 000 t en 2013-14), la Belgique pour la poire (120 000 t), les Pays-Bas pour la tomate, l’Italie pour le raisin de table, la Roumanie et la Bulgarie pour tomate et concombre. Pour eux, les circuits vont devoir s’orienter vers d’autres marchés : le risque de déstabilisation globale du marché européen est majeur. 

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Les solutions envisagées par l’UE

L’Europe a plusieurs moyens de faire face aux sanctions annoncées par Moscou. Une des premières actions envisagée par l’Union Européenne pourrait être de saisir l’Organisation Mondiale du Commerce (OMC ) afin de démontrer que la Russie, adhérent à l’OMC, ne respecte pas les règles du commerce international, en décrétant unilatéralement un embargo pour des raisons politiques. En effet,dans
leurs prises de sanctions, l’UE et les États-Unis ont toujours veillé à respecter les règles internationales et n’ont jamais visé la Russie en tant que telle. Les sanctions désignent des personnes, des entreprises ou organisations suspectées de soutenir les rebelles pro-russes. Dans un tel cas, des mesures pourraient être prises : gels des avoirs, interdiction d’accès au marché européen et américain… Toutefois, la constitution d’un panel à l’OMC peut prendre du temps pour aboutir.

Faire appel au consommateur européen

Dans l’intervalle, des mesures peuvent être prises pour inciter les citoyens à consommer en priorité les produits visés par l’embargo et à faire preuve de solidarité avec les filières visées. Ainsi pour les fruits et légumes frais, l’interprofession française Interfel a annoncé le lancement d’une campagne de communication générique. Cependant, cette solution ne peut fonctionner que sur une courte période : une fois passée l’actualité, l’effet risque de s’estomper rapidement. 

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Trouver des marchés de dégagement ET FinancerTrouver des actions de promotions

Les filières doivent donc trouver des marchés de dégagement, et si possible à l’international pour ne pas engorger le marché communautaire. Cela devrait être possible pour une partie de la production porcine et laitière, vers le marché asiatique notamment, mais cela risque de peser fortement sur les prix. La Commission a annoncé le 3 septembre une enveloppe supplémentaire de 30 M€ pour la promotion des produits agricoles en 2015 (pays tiers et marché intérieur), soit 60 M€ après cofinancement par les organisations de producteurs, interprofessions ou États-membres. Le budget récurrent de l’UE pour la promotion des produits agricoles est de  60 M€ avant cofinancement.

Pour plus d'informations voir le PDF joint : 

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