Emission de gaz à effet de serre : Tout est réuni pour faire grossir le boeuf émissaire”

P. OLIVIERI

Les organisations de l'élevage partent en guerre contre les méfaits supposés de l'élevage en matière d'émission de gaz à effet de serre.

“Quand les vaches pètent, le climat trinque” (site intelligenceverte.org), “l'élevage pollue plus que les voitures” (terresacree.org),... On ne compte plus les affirmations de ce type sur des blogs et autres sites en ligne de certaines organisations écologistes ou adeptes du végétarisme voire du végétalisme(1). Des détracteurs de l'élevage bovins, entre autres, qui se sont engouffrés il y a plusieurs années déjà dans la brèche ouverte par des publications officielles, dont celle en 2006 de la FAO parue sous le titre accrocheur : “L'ombre de l'élevage sur la planète”. L'Organisation mondiale pour l'agriculture et l'alimentation pointait alors du doigt un secteur de l'élevage émetteur “de gaz à effet de serre (Ges) qui, mesurés en équivalent CO2, sont plus élevés que ceux produits par les transports”.

Toujours selon la FAO, l'élevage représenterait ainsi 9 % du CO2 dérivant des activités humaines, mais serait la cause d'une grande part des Ges les plus nocifs pour le climat : 72 % des émissions de protoxyde d'azote lui seraient ainsi imputables. Un gaz au fort potentiel de réchauffement.

Des prairies oubliées

Ce rapport largement médiatisé qui a dans un premier temps laissé le monde de l'élevage sans voix. “Ne laissez pas le champ libre à vos détracteurs”, avait lui lancé Jean-Marc Bèche de l'Institut de l'élevage aux adhérents du GVA de Lafeuillade-Montsalvy en février dernier. Un conseil qu'ont suivi “à la lettre” deux éleveurs, Denis Sibille, président d'Interbev (interprofession nationale bovine, ovine et équine) et son homologue Pierre Chevalier, président de la Fédération nationale bovine (FNB) qui viennent de publier une tribune intitulée : “Boeuf durable ou boeuf émissaire ?”

Dans un long plaidoyer, ils contre-attaquent, point par point et chiffres à l'appui, sur les différents maux dont est aujourd'hui accusé l'élevage. À commencer donc par la question du réchauffement climatique. Les vaches rotent ? “Certes, en agriculture, l'élevage de ruminants serait responsable de 60 % des émissions de gaz, principalement du méthane, émis lors de la digestion des fourrages par les animaux, reconnaissent les deux responsables professionnels. C'est ainsi depuis la nuit des temps.” Un constat qu'ils tempèrent cependant, en expliquant qu'il faut soustraire le stockage de CO2 dans le sol des prairies, ce qui réduirait de moitié les émissions attribuées aux ruminants, une donnée que “semblent avoir oublier les scientifiques”.

Pour sa part, l'Institut de l'élevage regrette un diagnostic de la FAO “d'autant plus sévère que les systèmes d'élevage sont plus extensifs” et qui met en exergue “la faible efficacité des systèmes pastoraux qui utilisent plusieurs milliards d'hectares pour une production de viande ou de lait très limitée”.

 

Sortir du mutisme

Pour Denis Sibille et Pierre Chevalier, “tout est réuni pour faire grossir le boeuf émissaire” : la transformation de céréales en viande est contestée, mais on omet selon eux de rappeler que les “ruminants mangent d'abord des fourrages” et que le niveau nécessaire pour produire un kilo de boeuf est calculé à partir d'une méthode qui comptabilise toute l'eau de pluie tombée sur les prairies de l'exploitation. “20 % de la surface totale française étant consacrée à la prairie..., de pseudo-scientifiques en concluent que 20 % de l'eau de pluie est attribuée au boeuf”, fustigent les responsables agricoles.

“C'est le droit de chacun d'être végétarien, éleveur, welfariste(2), écologiste... Mais c'est le devoir de tous de contribuer à trouver des solutions à l'énorme défi environnemental”, poursuivent-ils, condamnant les porte-voix du “boeuf émissaire” qui auraient à leur goût un peu trop tendance à confondre le bon vieux boeuf français et européen valorisant - dans l'Hexagone - 13 millions d'hectares de prairies “pièges à carbone” avec la “pampa des gauchos” outre-Atlantique et ses feed-lots concentrant des milliers de bovins.

Et sur ce point, une alliance des plus improbables pourrait, qui sait, voir le jour : “Notre dernière rencontre avec Oxfam (NDLR : ONG internationale luttant contre la pauvreté) a permis de vérifier que la Politique agricole commune bovine ne suscitait aucune désapprobation”, relatent ainsi les deux professionnels. Une position selon eux suffisamment rare pour être soulignée mais qui pourrait ne pas suffire à infléchir la vague ultralibérale à l'oeuvre au sein du cycle de négociations internationales à l'OMC (Organisation mondiale du commerce), qui laisserait le champ libre aux importations de viande bovine sud-américaine.

(1) Pratique alimentaire qui exclut toute chair animale, mais aussi la consommation produit de tout ces animaux (oeufs, lait, miel, etc.).
(2) Welfaristes : tenants du bien-être animal.

Source union du cantal

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