En Auvergne : Les éleveurs vendent leurs bêtes devenues trop chères à nourrir

J'ai déjà fait abattre douze de mes 44 vaches mais si la sécheresse dure, je vais devoir tout vendre », lance Olivier Compte, éleveur auvergnat, qui comme beaucoup d'autres victimes de la pénurie de fourrage ne peut plus s'endetter pour nourrir ses bêtes.

En dépit des 30 millimètres de pluie tombés ces dix derniers jours en Auvergne, les bovins ne trouvent plus d'herbe à brouter dans les prés et les stocks de foins sont maigres dans les granges, après de premières coupes marquées par 50 à 70% de pertes.

Installés à Marsac-en-Livradois, avec un cheptel de vaches charolaises, Joël Pommeyrol, 48 ans, et son fils sont bien décidés à ne garder de leurs 150 bêtes que celles qu'ils pourront nourrir eux-mêmes.

Si la situation perdure, ces bêtes censées assurer le renouvellement du troupeau seront vendues, après les broutards dont les éleveurs ont déjà commencé à se séparer. Ces derniers sont exportés vers l'Italie, l'Espagne ou les pays du Maghreb.

« Hors de question d'acheter du fourrage, c'est devenu beaucoup trop cher et j'ai déjà assez d'emprunts sur le dos », souligne Adrien, en jetant un regard dépité sur la quinzaine de génisses ramenées à l'étable faute de pâtures dignes de ce nom.

Le cheptel d'Auvergne amputé de 10 à 30%

« Les éleveurs commençaient à peine à remonter la pente après quatre ans de crise, et là, patatras ! Une sécheresse », se désole Jean-Paul Thénot, responsable de la section bovine de la Fdsea du Puy-de-Dôme.

Malgré la solidarité qui s'organise au sein de la filière agricole et les aides annoncées par le gouvernement, la sécheresse précoce qui touche l'Europe et en particulier la France « laissera un paquet d'éleveurs en bord de route », prédit-il.

A 57 ans, cet éleveur d'Ambert qui a vécu la grande sécheresse de 1976 a déjà vendu 30 vaches et 50 veaux sur son troupeau de 300 têtes. « J'espère que tous les éleveurs ne feront pas comme moi. Mais il vaut mieux se séparer de quelques bêtes que d'être étranglé par les dettes », confie M. Thénot.

Le cheptel d'Auvergne, un des plus importants en France, risque selon lui d'être amputé « de 10 à 30% ». Alors que l'abattage de bovins a bondi en France depuis fin mai, l'abattoir municipal d'Ambert a augmenté son activité d'environ 20% sans pouvoir répondre au surcroît d'offre en provenance des éleveurs locaux.

Quant au plan d'aide aux éleveurs dévoilé jeudi par Nicolas Sarkozy, avec étalement des remboursements de certains prêts et exonération fiscale, les éleveurs auvergnats estiment que « ça ne résout pas tous les problèmes ». Pour M. Thénot, « le report des prêts devrait s'appliquer à tous les éleveurs ». « La situation est plus qu'alarmante », insiste-t-il, rappelant qu'en Auvergne, le taux de suicide chez les agriculteurs est l'un des plus élevés de France.

Source d'après AFP

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