En Russie, « un réel potentiel d’export pour l’excellence française »

Sophie Chatenet

En Russie, « un réel potentiel d’export pour l’excellence française »

Habitués du Sommet, les Russes sont encore présents cette année, malgré l’embargo sur les produits alimentaires imposé par leur pays aux états de l’Union européenne. Le point avec Marie-Christine Le Gal, conseillère agricole adjointe de l’Ambassade de France en Russie.

Avant l’embargo, la Russie importait 30% de sa consommation de porc, de poissons ou encore de fruits. On imagine que le rétrécissement de l’offre a fait augmenter les prix là-bas. Ce phénomène est-il de nature à peser dans la réouverture éventuelle des importations ?

MC.L : La Russie importe effectivement une grande partie de son alimentation. Les prix alimentaires ont augmenté, notamment les prix de la viande, mais cette augmentation se poursuit depuis l’embargo sur la viande de porc européenne, c’est-à-dire depuis février dernier. A titre d’exemple, la viande de porc a augmenté de près de 20%, tout comme celle de volaille (certaines régions ont vu leurs prix s’envoler de façon encore plus nette, comme les régions d’Extrême-Orient).  Le prix des produits laitiers a déjà augmenté et la hausse attendue d’ici la fin de l’année est de l’ordre de 15% par rapport à la période précédant l’embargo. Néanmoins, bien que les pouvoirs publics russes annoncent vouloir lutter contre la hausse des prix, force est de constater que leurs efforts ne portent pas leurs fruits. Il est difficile de savoir à ce stade combien de temps le pays pourra soutenir de tels niveaux de prix pour sa population.

Au-delà du problème politique conjoncturel, quelles sont les perspectives d’export de bovins français vers la Russie et les pays limitrophes, (thème de la conférence qui sera proposée dans le cadre du Sommet de l’élevage, le vendredi 3 octobre, à 10 heures) ?     

MC.L : L’agriculture en Russie se développe et le kremlin affiche un objectif d’autosuffisance d’ici 2020. Dans les pays limitrophes comme la Biélorussie, le Kazakhstan et l’Ouzbékistan, le discours politique est le même. Tous ces pays ont vu leur production agricole s’effondrer dans les années 90. Ils ont des besoins importants en matériel et en génétique de qualité. L’offre française, connue et saluée par les professionnels de ces pays, peut répondre à leurs attentes. Bien qu’à l’heure actuelle, l’exportation de bovins, ovins et caprins ne soient pas possible en Russie et au Kazakhstan, des négociations sont en cours et on peut espérer une levée prochaine de ces restrictions. Certains pays comme le Kazakhstan ou l’Ouzbékistan peuvent sembler loin de chez nous, mais ils s’intéressent à notre matériel génétique, qui peut s’exporter par avion beaucoup plus facilement que des animaux vivants. Le Kazakhstan et la Russie couvrent des territoires énormes, beaucoup reste encore à faire, il y a un réel potentiel d’export pour l’excellence française, en matière d’équipement, de génétique ou de conseil.  

A l’échelle de l’ambassade quelles actions sont conduites pour favoriser les échanges entre la France et la Russie ?

MC.L : Le dialogue technique se poursuit entre l’ambassade et les services officiels russes. Nous continuons nos échanges, d’ailleurs des experts russes sont invités en France afin de maintenir un dialogue entre nos scientifiques. Nous avons organisé en mai dernier la troisième édition des rencontres universitaires agricoles franco-russes, qui a permis à des universités russes et françaises de tisser des liens, et à des entreprises françaises de venir s’informer sur les formations proposées et les viviers de jeunes professionnels qu’ils pourraient embaucher. Nous allons organiser avec l’aide d’Ubifrance une manifestation autour des produits français à l’ambassade de France, dès que l’embargo sera levé, afin de sensibiliser les professionnels moscovites de la distribution et de l’agroalimentaire à la qualité de nos produits. De plus, comme chaque année, une rencontre aura lieu à Paris entre les directions des ministères de l’agriculture français et russe, autour des questions agricoles et sanitaires, afin d’évoquer les différents sujets de coopération entre nos pays. Enfin, au quotidien, nous continuons à soutenir les entreprises qui souhaitent exporter en Russie, car ce pays offre toujours des opportunités aux français, dont l’expertise et le professionnalisme sont unanimement reconnus.

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Commentaires 1

pascalanne

il ne faut pas trop leur en apprendre car nous aurons le revers de la médaille un jour.

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