Energies renouvelables : Quand les agriculteurs se prennent en main

Eva DZ

Energies renouvelables : Quand les agriculteurs se prennent en main

Monter des projets photovoltaïques de façon mutualisée c'est ce qu'a initié la SARL Davenir. Aujourd'hui 77 sites chez des éleveurs actionnaires de la SA 4R à l'initiative de cette démarche, sont en fonctionnement, 150 projets sont en cours d'installation et une cinquantaine d'autres sont en attente de la publication du nouvel arrêté. Le bois énergie via la fabrication de copeaux est la prochaine étape.

«Les éleveurs de la SA 4R porteurs de projet ont créé une société, la SAS ADDER dont l'objectif est de proposer des projets photovoltaïques de façon mutualisée et clé en main», explique d'entrée Dominique Pradels. Pour les accompagner, la SARL Davenir (développement amélioration valorisation des énergies naturelles innovantes et renouvelables), assure les suivis logistique et administratif comme l'explique sa responsable, Elodie Bastide. «Via le groupe, les éleveurs mutualisent les risques, minimisent les coûts pour partager les résultats.
Chaque porteur de projet investit dans le capital social de la société à hauteur de 20%». La SAS est propriétaire des panneaux photovoltaïques et perçoit les revenus électriques, le porteur du projet est quant à lui propriétaire du bâtiment et du sol. «Via un bail emphythéotique de 22 ans, la société verse un loyer au porteur de projet qui couvre ainsi ses annuités d'emprunt», détaille Elodie Bastide.

La cohésion de groupe

Sur le même modèle, des éleveurs ont créé trois autres sociétés sur la base d'«Innovation Mutualisme Organisation Développement Durable» la première IMODDER pour énergie renouvelable, IMODDES pour énergie solaire et IMODDEV pour énergie verte. Chacune porte une cinquantaine de projets photovoltaïques. Un tiers des installations sont réalisées et une vingtaine de sites sont mis en service.
Une quatrième société Imessclat pour énergie solaire et solidaire rassemble environ 55 porteurs de projet dont certains dossiers attendent la parution du complément du décret sur le photovoltaïque pour être recevables. Enfin la SA 4R, que préside Pierre Bastide, président de la SA 4R, éleveur actionnaire de la SAS ADDER, projette de réaliser trois bâtiments dont son centre d'allotement sur la zone artisanale
La Croix de Mille dans le Tarn, bâtiments qui devraient être recouverts de panneaux photovoltaïques si le nouvel arrêté les valide. «C'est bien les porteurs de projets, en grande majorité des agriculteurs de l'Aveyron, du Tarn, du Cantal et du Lot, qui suivent les chantiers et l'organisation», explique Elodie Bastide, qui s'est dit agréablement surprise par la cohésion de groupe des porteurs de projet.
«Dans la réalisation de ce type de dossiers, il y a beaucoup d'inconnues pour les porteurs de projet (frais juridiques, délai de raccordement, frais annexes comme le démontage de toitures amiantées, le renforcement des charpentes, ... le mutualisme permet de sécuriser tant financièrement que psychologiquement, les porteurs de projet dans cet investissement important, de les aider à se lancer», poursuit Dominique Pradels.

«Nouvel entrepreneur»

La force d'un groupe est aussi un argument d'efficacité face aux interlocuteurs. ADDER, IMODDER, IMODDES, IMODDEV et Imessclat travaillent avec les mêmes interlocuteurs, le Crédit agricole, Groupama et Photowatt, fabricant français de panneaux photovoltaïques.
La SAS ADDER dont les premiers projets ont démarré en 2007/2008 et qui sont tous en fonctionnement depuis fin 2009, apporte déjà satisfaction aux porteurs de projet. En effet, grâce à une trésorerie positive encouragée par le soutien du FEDER, chaque actionnaire s'est vu recevoir un montant de loyer supérieur à la prévision, pour rembourser ses annuités et ce dès la première année de fonctionnement. C'est donc un esprit de «nouvel entrepreneur» qui anime les agriculteurs porteurs de projet : «Il est important que les éleveurs redorent leur blason écologique. En plus d'élever des veaux, de faire du lait, ils participent à l'aménagement de leur territoire et doivent le faire savoir auprès des consommateurs», renchérit Dominique Pradels.

Bois de chauffage et label vert

C'est toujours animée de ce même état d'esprit que la SA 4R a démarré une activité autour du bois. «Nous avons acheté 400 tonnes de bois résineux à broyer, suite à des dégâts de tempêtes, pour alimenter dix chaudières à plaquettes que dix éleveurs ont achetées ensemble», explique Dominique Pradels.
«Nous avons de même un projet de partenariat avec la commune de Rieupeyroux pour alimenter une chaudière avec un réseau de chaleur (maison de retraite, HLM, gymnase) ainsi que l'expérimentation de mettre des plaquettes sous la litière des animaux. L'objectif est bien sûr d'utiliser le bois issu de l'entretien forestier des éleveurs sur leur exploitation, dans l'optique d'une gestion cohérente des forêts», poursuit l'éleveur.
C'est le «bon sens» qui guide ces éleveurs à travailler leur autonomie, à augmenter leur rémunération via des projets d'aménagement du territoire. «Pour ce qui est des éleveurs de Veau d'Aveyron et du Ségala, nous aimerions apposer un label «vert» à notre label rouge, en présentant aux consommateurs, nos actions qui s'inscrivent dans la durée», explique Pierre Bastide.
«Nous devons leur apporter des arguments, des faits pour inverser la tendance à la mode de non consommation de viande. La cohérence de nos actions autour de nos produits et de notre territoire sont sources de valeur ajoutée, c'est indéniable», concluent les deux éleveurs, des projets encore plein la tête !

Source La Volonté Paysanne

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