Entreprendre : Des oeufs qui ont la santé

Arnaud Carpon

Installé dans le Loir-et-Cher, Nicolas Garnier produit des oeufs fécondés pour les laboratoires pharmaceutiques et destinés à la fabrication de vaccins. Un marché de niche porteur.

On connaît déjà l'essor des biocarburants pour les céréales et les oléagineux. Ou les bioplastiques pour le maïs. Les nouveaux débouchés pour les productions agricoles ne manquent pas. Installé dans le Loir-et-Cher, Nicolas Garnier n'est ni céréalier ni maïsiculteur, mais aviculteur. Les oeufs qu'il produit sur son exploitation ne se retrouvent ni dans les rayons des grandes surfaces ni dans la composition de spécialités pâtissières. Car lui aussi a trouvé un débouché non alimentaire à sa production. Fécondés, ses oeufs sont utilisés par les laboratoires pharmaceutiques pour la production de vaccins. Un marché de niche.

Jean-Noël Thébaud, responsable de production pondeuse de la société CAIF

Jean-Noël Thébaud, responsable de production pondeuse de la société CAIF

Un nouveau débouché pour conforter l'exploitation

Le jeune agriculteur s'est installé il y a onze ans en production avicole. « J'ai commencé par produire des canards reproducteurs et des futurs reproducteurs, explique Nicolas. Je travaillais avec un couvoir. Mais suite à la fusion de ce dernier avec sa société-mère, les projets dans lesquels je m'étais impliqués avec lui ont été abandonnés. » N'adhérant plus tout à fait à la nouvelle stratégie du groupe, le jeune agriculteur cogite sur le devenir de son activité. « Le bail concernant l'un de mes bâtiments arrivait à échéance. C'était l'occasion de se poser des questions et réfléchir à long terme. » Par connaissance, Nicolas est invité par un constructeur pour visiter un bâtiment avicole récemment construit non loin de chez lui. « C'est lui qui m'a parlé de l'essor de la production d'oeufs pour les laboratoires pharmaceutiques.» Sur ces conseils, le JA intéressé se renseigne auprès de la société CAIF, spécialisée dans la fourniture d'oeufs embryonnaires pour les laboratoires. Les échanges sont rapidement fructueux et Nicolas décide de se lancer dans une production avicole qui, selon lui, « n'a pas grand-chose à voir avec la production de canards ». Depuis début février 2010, 20 000 poules pondeuses et environ 1 600 coqs ont pris place dans le nouveau bâtiment de l'agriculteur. Sur de nombreux plans, la nouvelle activité de notre jeune agriculteur n'a effectivement rien à voir avec une production avicole traditionnelle. A commencer par les normes sanitaires drastiques.

Nicolas Garnier, produira, avec ses 20 000 poules, environ 5,4 millions d'oeufs fécondés par an

Nicolas Garnier, produira, avec ses 20 000 poules, environ 5,4 millions d'oeufs fécondés par an

 

« Nicolas doit nous fournir des oeufs les plus sains possibles », explique Jean-Noël Thébaud. Ce responsable de la production pondeuse de la société CAIF est également le technicien qui conseille l'agriculteur et suit de très près son élevage. « Le cahier des charges imposé par nos clients est très strict. Pour le respecter et mettre tout en oeuvre pour que la conduite de l'élevage soit irréprochable d'un point de vue sanitaire, nous privilégions une relation partenariale avec Nicolas comme avec tous nos éleveurs fournisseurs. » Pour le technicien comme pour l'éleveur, la prévention des risques sanitaires est une préoccupation de tous les instants et les rencontres régulières entre les deux hommes sont destinées à améliorer sans cesse la qualité des oeufs.

A la pointe du bien-être et des normes d'hygiène

Réduire au maximum ces risques sanitaires, ce fut d'abord une question de conception du bâtiment. Ce dernier est le plus obscur possible avec un système de ventilation contrôlé très régulièrement. Il est constitué en deux parties, ce qui permet de séparer le cheptel en deux lots. Afin de produire des oeufs les plus propres possibles, les poules évoluent sur un caillebotis intégral. Le chargement n'excède pas les 9 poules au mètre carré, correspondant aux normes du bien-être des animaux. Les eaux de lavage et l'eau de pluie sont récupérées totalement et séparément. Situées aux deux extrémités du bâtiment, les grandes portes qui ont permis la livraison des volailles ont été plâtrées pour éviter toute introduction de rongeurs ou de nuisibles. A l'extérieur, le pied des murs est bétonné. Au centre du bâtiment ont été aménagées une salle de triage et de conditionnement ainsi qu'une salle de désinfection de 216 m². Un lot d'exigences sanitaires qui a un coût : « l'investissement est de l'ordre de 42 € par poule, soit un total dépassant les 800000€.» Depuis le démarrage de la production début février 2010 et jusqu'au prochain vide sanitaire en décembre prochain, le bâtiment fermé à clé est un véritable bunker. Seuls Nicolas et son technicien CAIF sont autorisés à y entrer. Et si le jeune agriculteur tombe malade ? «Mon technicien prendra le relais », assure-t-il. Par ailleurs, la surveillance sanitaire des
poules est évidemment plus importante qu'en élevage traditionnel. A chaque entrée, la douche est obligatoire et la tenue que l'agriculteur enfile pour travailler ne sort pas du bâtiment.

 

Tout objet entrant doit être désinfecté. Les poules font l'objet d'une analyse par mois, contre une moyenne de trois par an en élevage classique. Même les camions de livraison des aliments doivent voir leur bas de caisse désinfecté avant de venir sur l'exploitation. Lors du triage des oeufs, c'est sur la propreté des coquilles que Nicolas se focalise. « Avec la moindre salissure, l'oeuf est déclassé. » Tous les deux jours, un camion vient récupérer les palettes d'oeufs. Direction le centre d'incubation de la société CAIF.

Contractualisation et prix rémunérateur

Le cahier des charges sanitaires qu'impose le laboratoire pharmaceutique engendre des coûts et une charge de travail supplémentaires non négligeables. En contrepartie, l'éleveur dispose d'un contrat reconductible de trois ans avec la société CAIF. Restant confidentiel au regard de l'enjeu stratégique de ce débouché, le prix de l'oeuf payé à Nicolas est stable et garanti pour toute la durée du contrat. De quoi limiter les fluctuations de prix. « Grâce à ce débouché, je me dégage un revenu correct », assure Nicolas.

Industrie pharmaceutique cherche jeunes aviculteurs…

Pour produire en très grande quantité des doses vaccinales, il faut cultiver des milliards de cellules virales. Ces virus vaccinaux sont essentiellement cultivés sur des oeufs fécondés, l'oeuf étant un milieu propice à la multiplication. « Avec la population qui augmente et vieillit, la production de vaccins, et donc celle d'oeufs fécondés, est un marché en pleine expansion », explique Jean-Noël Thébaud, responsable de production pondeuse chez CAIF, une société spécialisée dans l'incubation d'oeufs fécondés à destination des laboratoires pharmaceutiques. « L'installation de Nicolas Garnier est la troisième que nous avons suivie en trois ans dans la région Centre. Un autre jeune s'installera d'ici fin 2010. » Pour conforter son activité et satisfaire la demande de ces laboratoires, cette société cherche cinq ou six jeunes agriculteurs souhaitant se lancer dans une production d'oeufs fertilisés. Elle recherche également des jeunes installés qui souhaitent développer, en diversification, un atelier d'élevage de coqs et poulettes, avec des normes sanitaires comparables. Pour plus de renseignements, contactez la société CAIF au 06 70 99 46 11.

 

Source Ja Mag

Publié par Arnaud Carpon

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