Entreprises - producteurs : l'heure n'est pas encore à l'accord

Patricia Olivieri

Le Contrôle laitier avait pris l'initiative pour son assemblée générale mercredi d'organiser une table ronde sur les débouchés et la valorisation du lait produit dans le Cantal.

En dépit des conditions de circulation particulièrement délicates mercredi, ils étaient plus d'une centaine à avoir bravé la neige pour assister au Lioran à l'assemblée générale du Contrôle laitier. Il faut dire que l'affiche était alléchante avec une table ronde sur les débouchés et la valorisation du lait produit dans le Cantal réunissant les principaux acteurs de la filière laitière cantalienne : le tout nouveau tandem Sicolait - 3 A, la société Dischamp, le leader national du marché laitier, Lactalis, et les représentants des producteurs cantaliens.
Un débat des plus judicieux alors que les négociations interprofessionnelles nationales ont conduit lundi à un accord sur une baisse du prix du lait pour la fin 2008 et le premier trimestre 2009 ; et tandis que se profile, dans quatre semaines, la date à laquelle seuls les laits produits et transformés par des opérateurs identifiés - producteurs et entreprises - pourront servir à la fabrication de l'AOC cantal.

Réguler les marchés

Et les sujets de discussions, mais aussi de tensions, n'ont pas manqué entre ces acteurs de la filière. Si l'objectif de conserver une production laitière dans le Massif central fait consensus, de même que la nécessité de conserver des outils de régulation face à la fin programmée des quotas laitiers, la méthode pour y parvenir est loin de faire l'unanimité. Jean-Luc Dischamp : “Si on doit réduire la production pour réguler les marchés, cela ne doit pas se faire par la suppression des allocations provisoires, qui handicaperait un peu plus nos régions sous-réalisatrices”, plaide le PDG de Dischamp, qui milite aussi pour un retour à un “quota laiterie”. Un sentiment que ne partagent pas vraiment Michel Lacoste, administrateur de la Fédération nationale des producteurs de lait, et Chantal Cor, présidente de la section laitière de la FDSEA, qui préconisent de d'abord “durcir” les prêts de quotas traditionnellement alloués en fin de campagne. Tout comme Christophe Barayré, responsable de la partie amont du groupe Lactalis pour le Grand Sud-Ouest, les représentants du maillon de la production ont surtout martelé la nécessité de trouver des systèmes permettant une meilleure adéquation entre l'offre et la demande. “Ce que nous vivons depuis un an traduit bien la logique libérale qui prévaut sur les marchés, encouragée par les pouvoirs publics, et qui conduit à la concentration des entreprises qui n'ont plus guère d'attache locale”, analyse Michel Lacoste. Pour celui qui préside également le Comité interprofessionnel des fromages, seule une politique territorialisée peut garantir un avenir plus porteur aux producteurs cantaliens. Une politique qu'il décline en deux axes : d'abord des soutiens financiers (via la Pac), indispensables pour redonner de la compétitivité aux exploitations laitières de ces territoires, ensuite une démarcation des produits via les AOC fromagères notamment.

27 jours pour s'accorder

“Dans la conjoncture actuelle de baisse de consommation des produits laitiers, il faut au plus vite se tirer d'affaire en trouvant un positionnement, une démarcation sur les AOC”. Par la voix de Jean-Louis Lousteau, président du groupe 3 A, la coopération s'est rapprochée des positions des producteurs. Mais il aura fallu attendre le terme du débat et la parole laissée à la salle pour que la question essentielle du moment sur l'AOC soit abordée : “Quel prix êtes-vous prêts à donner pour l'AOC ?” Le premier à réagir est Jean-Louis Lousteau qui annonce la décision de son groupe d'instaurer une prime AOC au 1er janvier prochain, de 30 euros / 1 000 litres (avec une perspective de 50 euros à cinq ans), dans l'hypothèse d'un non accord interprofessionnel. L'annonce a du mal à passer chez son voisin Dischamp, qui appelle à tenir compte des situations très différentes des entreprises, dont certaines ne transforment qu'un faible pourcentage du lait de leurs producteurs en AOC. “S'il n'y a pas d'accord, nous aurons aussi une position”, avance à son tour C. Barayré. “Vous n'avez plus qu'un mois pour y arriver”, leur crient des producteurs dans la salle. Du côté de la FDSEA, on veut rester optimiste : “Le point positif est que les entreprises semblent bien conscientes de la nécessité d'un différentiel sur le prix du lait pour l'AOC, conclue Chantal Cor. Reste à acquérir les 70 euros / 1 000 litres et le système juridique. En 27 jours, on devrait pouvoir y arriver...”
Plus d'infos à lire cette semaine dans L'Union du Cantal.
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Source union du cantal

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