Environnement-agriculture : du consensus à la tension

AGRA PRESSE

Revirement de situation : après une Conférence environnementale où les sujets qui fâchent ont été soigneusement évités, la publication d’une étude sur les effets des OGM a ravivé les débats.

Après le calme, la tempête. Le week-end du 15 septembre était placé sous le signe de l’apaisement : gouvernement et partenaires de la Conférence environnementale ont su habilement éviter que les sujets brûlants comme les pesticides, les OGM et l’eau ne soient posés sur les tables rondes qui ont rythmé la Conférence environnementale des 14 et 15 septembre. Le 19 septembre, l’annonce de la parution d’une étude “alarmante” sur les effets à long terme d’un maïs OGM (NK603 commercialisé par Monsanto), et son relais dans la presse, ont eu des conséquences immédiates. Avant même que l’étude, réalisée sous la houlette de Gilles-Éric Séralini, professeur à l’université de Caen et président du Criigen (Comité de recherche et d’information indépendantes sur le génie génétique), connu pour sa position anti-OGM, ne soit publiée par la revue scientifique Food and Chemical Toxicology, les ministères de l’Agriculture, de l’Écologie et de la Santé ont annoncé avoir saisi l’Anses, l’Agence nationale de sécurité sanitaire et des aliments, pour vérifier notamment le protocole de l’étude.

Environnement-agriculture : du consensus à la tension

Réactions immédiates

Les conclusions de cette étude seront aussi soumises au Haut conseil des biotechnologies et l’Autorité européenne de sécurité des aliments, l’Efsa, a été saisie par la Commission européenne. Les trois ministères n’ont pourtant pas attendu pour conclure : “Cette étude semble confirmer l’insuffisance des études ­toxicologiques exigées (par l’Europe)” pour la délivrance d’autorisations de mise sur le marché d’OGM. Et d’ajouter, d’emblée : elle “valide la position de précaution prise par le gouvernement français sur le moratoire des cultures OGM. Le gouvernement demande aux autorités européennes de renforcer dans les meilleurs délais et de façon significative l’évaluation des risques sanitaires et environnementaux”. “J’ai demandé une procédure rapide, de l’ordre de quelques semaines, qui permette de vérifier la validité scientifique de cette étude”, a expliqué Jean-Marc Ayrault, le 20 septembre. “Si les résultats sont concluants, Stéphane Le Foll défendra au niveau européen l’interdiction de ces OGM”, a-t-il assuré. Le maintien du moratoire “sur les semences OGM autorisées au niveau communautaire” avait certes déjà été confirmé par Jean-Marc Ayrault lors de la clôture de la Conférence environnementale. Mais le ton de ce rendez-vous national des anciens du Grenelle de l’environnement, auxquels se sont ajoutés quelques invités éparpillés dans les tables rondes, était plutôt au consensus. D’où des avancées concrètes minces, en particulier sur les questions agricoles. En fait d’annonce, ce sont surtout des rappels qui ont été faits à cette occasion. ­L’agriculture avait même des raisons de se féliciter de cette rencontre : “L’agriculture est reconnue comme un acteur de l’environnement et un secteur de solution”, affirmait même Christiane Lambert, vice-présidente de la FNSEA. Se félicitant également de la lutte annoncée contre ­l’artificialisation des sols.

La Conférence environnementale arrondit les angles

 

Le Premier ministre confirmait la pause de la France sur les biocarburants et le plafonnement du taux ­d’incorporation à 7 % de ces derniers. Il précisait le calendrier : “La baisse progressive des taux de défiscalisation des biocarburants interviendra à compter de 2014 jusqu’à leur extinction, au 31 décembre 2015.” Enfin, la France demandait à l’Europe de généraliser cette pause. En citant “le lancement d’un nouveau plan en faveur du développement de l’agriculture biologique”, Jean-Marc Ayrault rappelait un travail déjà engagé : la première réunion de préparation du plan bio 2013-2017 s’est tenue le 4 septembre. En outre, le Premier ministre mentionnait “l’interdiction de l’épandage aérien de produits phytosanitaires (…) sauf en l’absence de solutions alternatives”. Un principe qui ne va donc guère plus loin que les textes en vigueur. “Et d’une façon générale l’effort de réduction de l’utilisation de ces produits sera poursuivi”, assurait Jean-Marc Ayrault, sans réaffirmer ni infirmer l’objectif du plan Écophyto de réduire de 50 % si possible l’usage des pesticides. Il y aura eu tout de même deux annonces vraiment nouvelles. D’abord un objectif fort : celui de stopper l’artificialisation nette des surfaces agricoles ou naturelles, grâce à “tous les moyens juridiques nécessaires”, a précisé François Hollande. La lutte contre l’artificialisation des sols est un point de convergence des environnementalistes et du monde agricole. Le président de la République, reprenant une proposition des associations environnementalistes, annonçait aussi la création d’une agence nationale de la biodiversité, cousine de l’Ademe pour l’énergie, sans toutefois que les missions ou l’organisation n’en soient précisées.

Plus d'infos à lire cette semaine dans L'Union du Cantal.

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