… Et maintenant les colzas !

Avenir agricole et rural de la Haute Marne 52

Dominique BARRAU, Secrétaire Général de la FNSEA et Philippe PINTA Président d’ORAMA, sont venus se rendre compte de l’ampleur des dégâts du gel. Après les céréales d’hiver, les colzas dépérissent de jour en jour. L’inquiétude des agriculteurs tourne au désespoir.

Gel

Les départements du Grand Est sont intervenus à plusieurs reprises lors du dernier congrès de la FNSEA pour signaler l’étendue des dégâts causés par le gel. Le message a été reçu 5/5, mais le Secrétaire Général de la FNSEA a souhaité venir constater les pertes et le ressenti des agriculteurs locaux pour étayer les revendications qui vont être formulées auprès du Ministère de l’Agriculture voire des Instances Européennes.
700 000 ha… dans un premier temps

La délégation nationale a commencé sa visite chez un agriculteur du Barrois aubois à Longchamp sur Aujon. Elle a pu vérifier, au milieu d’un champ de colza, la gravité de la situation. En effet, la densité des pieds est non seulement très faible, mais, en plus, la maladie s’installe quand ce n’est pas la colonisation des trous de culture par des mauvaises herbes. Dans une autre parcelle, ensemencée en blé d’hiver, l’agriculteur, Xavier BRESSON, a commencé par retourner une partie de la surface pour la ressemer en céréales de printemps et il s’est rendu compte, récemment, qu’il devait remplacer la partie restante qui continuait de dépérir. Il a aujourd’hui, un damier de cultures sur une grande parcelle dont il craint le pire pour la récolte à venir car ce sont des terres argilo-calcaires, froides et sensibles à la sécheresse. Philippe PINTA a rappelé qu’ORAMA avait déjà rencontré le Ministre, fin mars, pour l’alerter sur l’étendue de ce gel qui ne touche pas que le Grand Est, même si ce dernier est le plus durement frappé. Le Centre de la France est aussi concerné, de même que d’autres régions, sporadiquement. Une première évaluation faisait état de 700 000 hectares de céréales détruites au plan national « mais les agriculteurs continuent de retourner les blés, encore aujourd’hui » précise Philippe PINTA qui considère que le sujet doit être aussi appréhendé en terme d’approvisionnement de filière, d’autant plus que la Pologne et d’autres Etats Membres subissent le même fléau climatique.

Désespoir sur le colza

Si les avis étaient partagés sur les céréales d’hiver, les techniciens étaient plutôt rassurants à propos du colza qui réserve généralement de bonnes surprises de récupération malgré une faible densité à l’hectare. Certes, le feuillage était fané mais le pivot semblait encore vivant. Le réveil attendu de la végétation n’est malheureusement pas au rendez-vous et chaque jour les parcelles se transforment en champ de désolation. Le manque d’eau accélère probablement la spirale du dépérissement. Le botrytis gagne les pieds fragilisés pour le gel et d’autres maladies ou attaques de pucerons viennent pour achever le sinistre de cultures sur lesquelles les agriculteurs ont pourtant mis tous les intrants nécessaires. Certains ont même fait le deuxième apport d’azote, ce qui rend quasiment impossible la réimplantation en tournesol.
Le colza, qui est la tête d’assolement privilégiée des zones intermédiaires, est aussi la locomotive économique des exploitations surtout avec les cours actuels qui restent à un haut niveau. Avec des rendements prévisibles de 5 à 10 quintaux, les agriculteurs font vite leurs comptes ! Quand le gel succède à une année de calamités, comme c’est le cas dans plusieurs cantons du Barrois, le moral est forcément atteint. Les responsables nationaux ont bien ressenti le désespoir des agriculteurs qui ne sont malheureusement pas tous garantis par une assurance « risques climatiques », laquelle reste au demeurant limitée dans ses couvertures.

Casser la glace de la réglementation

A ces difficultés économiques s’ajoutent des contraintes réglementaires dans le cadre de la PAC. La FNSEA doit rencontrer le Ministre de l’Agriculture, le 12 avril, dans le cadre d’un groupe de travail « calamités ». Dominique BARRAU assure qu’il fera valoir le principe de l’événement exceptionnel qui permet d’exonérer les agriculteurs du non-respect de certaines exigences réglementaires. Pour le versement des DPU, les trous de cultures ne doivent pas engendrer de pénalité dès lors qu’ils ne sont pas colonisés par des adventices interdits, en général il s’agit du chardon. Lorsque la parcelle entière se retrouve en terre nue, l’Administration reste encore évasive mais la FNSEA entend bien obtenir les assouplissements nécessaires lorsque l’agriculteur n’aura pas eu d’autre choix technico-économique que d’opter pour cette solution. Laurent PAQUIN, qui représentait la Région Lorraine, a aussi évoqué le problème des prairies temporaires, voire des prairies permanentes, qui doivent être retournées entraînant ainsi le non-respect de la référence « herbe ». Il s’est d’autre part inquiété sur les capacités de séchage du maïs grain par les organismes stockeurs du Grand Est qui vont devoir gérer une récolte anormale. La plupart des départements du Grand Est, touchés par le gel, sont éligibles à la MAE Rotationnelle et la perturbation de l’assolement entraîne des complications inextricables. Le dispositif prévu par la circulaire actuelle qui consiste à maintenir la surface prévue dans la liste des « éléments engagés » n’est pas satisfaisant car elle fait perdre l’aide de 32€ y afférant. « Ce serait la double peine » répète Christophe FISCHER, le Président de la FDSEA 52. Les responsables nationaux ont assuré que le problème serait évoqué prochainement à Bruxelles car il s’agit d’une mesure cofinancée par l’Europe ; le Commissaire Européen ayant déjà entendu la demande lors du dernier congrès de la FNSEA. Le Président de la FDSEA du Haut Rhin, a aussi rappelé la nécessité de suspendre temporairement l’obligation de rotation (17 %) liée au plan de lutte contre la chrysomèle.

Des dégâts collatéraux qu’il faut anticiper

Sylvain FOURIER, polyculteur éleveur à Colombey les Deux Eglises, a témoigné de la perte de paille qui allait suivre cette calamité. Même si les cultures de printemps se développent normalement, le tonnage sera divisé par deux. En effet, il a dû retourner la totalité de ses 230 ha de blé et orge d’hiver pour les ressemer en 100 ha de blé de printemps et 50 ha d’orge de printemps supplémentaires ; le reste étant compensé par du maïs et du tournesol. La délégation Lorraine a confirmé cette préoccupation. Philippe PINTA se dit aussi inquiet de l’inflation galopante du prix de la paille et demande aux agriculteurs de faire preuve de raison sachant qu’aujourd’hui, il est extrêmement délicat de faire des recommandations de prix sans être rappelé à l’ordre pour entente illicite comme ce fut encore le cas dernièrement pour quelques filières agricoles (ex : endives). Cette épée de Damoclès ne doit cependant pas démobiliser le monde agricole qui continuera de faire preuve de solidarité et d’initiatives. Le problème de la paille est d’autant plus crucial que la plupart des granges sont vides après une année de sécheresse. L’approvisionnement en semences sera aussi problématique tant pour les organismes stockeurs que pour les agriculteurs qui avaient des contrats de multiplications.

… Et maintenant les colzas !

En chiffres

Premières estimations des surfaces sinistrées en Haute Marne
Blé d’hiver : (60 %) : 40 000 ha
Orge d’hiver : (75 %) : 26 000 ha
Colza : (25 %) : 11 000 ha ?
Coût de ressemis :
200 € x 77 000 ha = 15 M€
Paille : 2 tonnes en moins à l’hectare soit 132 000 tonnes
(66 000 ha x 2 tonnes) auxquels il convient d’ajouter les surfaces qui ne seront pas ressemées en céréales de printemps.
Autres pertes non chiffrées : ray-grass gelé, perte d’intrants sur cultures détruites et non réutilisables, surcoût de traitements, semis de printemps aléatoires, perte sur colzas restés en culture.

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